Catel, p
L^ÉGLISE SAINT-ÉTIENiNE. iGl
I ment du quatorzième siècle ^ La population de la paroisse s'était fort accrue, et les chanoines voulurent offrir un asile à la piété des habitants du vaste faubourg populaire qui s'étendait au midi du Château Narbonnais. Le cimetière des paroissiens de la Dalbade occupait, sur les confins de la paroisse Saint-Etienne, l'emplacement actuel de l'hôtel de la Gendarmerie. Au prin- , temps de l'année 1331, le chapitre y fit creuser des ( fondements pour ériger une chapelle dédiée à Saint- Michel, qui remplaça probablement l'oratoire ou la chapelle plus petite, élevée dans presque tous les cimetières en l'honneur de l'archange, protecteur de l'asile des morts, que l'on représentait aux portails des chathédrales ou dans les vitraux, pesant les âmes devant le souverain juge. Les fabriciens de la Dalbade formèrent opposition, en jetant trois pierres, selon la coutume, dans la crainte que les paroissiens fussent privés de leurs droits de sépulture, mais le chapitre leur donna toutes les garanties, et les fabriciens se désistèrent, le 30 juillet, de leur opposition^.
La nouvelle église se construisit. Philippe VI la prit sous sa sauvegarde dès l'année 1338 ^ Mais elle ne fut, pendant deux siècles, qu'un simple oratoire. En 1525,
1. Quod populus propte7^ incrementtnim fuit trigtnla millia personarum...
2. Arch. de la H.- G., fonds de Saint -Etienne, n ' XIV, liasse 2 t. 16.
HISTOIRE DE TOULOUSE CHRETlENiNÊ.
les habitants du quartier Saint-Michel demandèrent à l'archevêque qu'elle fût convertie en église paroissiale, qu'elle fût munie de fonts baptismaux et que l'on y pût recevoir les sacrements, Le chapitre consentit à l'érection de cette paroisse annexe, sous la réserve de l'intégrité de ses droits. Elle eut un vicaire perpétuel avec quatorze prêtres pour servir la table du purgatoire ^
La paroisse est aussi une patrie et la patrie c'est surtout le sol où reposent les aïeux. Les chrétiens du moyen âge ne voulaient pas s'éloigner après leur mort des sanctuaires où ils avaient prié, et le premier cimetière de Saint-Etienne s'ouvrit au devant de l'église. C'était le cimetière de Notre-Dame, et le chapitre continua à venir réciter des prières et donner une absoute sur ce sol vénéré, longtemps après que l'on eut cessé d'y déposer des morts 2.
Le cloître entre les églises de Saint-Etienne et de Saint-Jacques était réservé à la sépulture des membres
1 Arch. de la H. -G., fonds de Samt- Etienne, n" XIV, sur iiS, liasse 1. L'église Saint-Michel fut érigée en paroisse indépendante par une ordonnance de l'archevêque Loménie de Brienne, en date du 31 déceuibre 1779, confirmées par les lettres patentes du roi, du !" juillet 1780.
2. Catel, p. 161. La fontaine de la place Saint-Etienne fut érigée en 1545, l'eau venant du coteau au levant et l'on voit encore le petit monument abritant le captage à l'entrée du Caousou; les statuettes de ))ronze furent posées en 1649; la fontaine a été reprise et couronnée par un obélisque, en 1720. Le cimetière, pamc^ww^, placé en avant des églises, est l'origine du mot parvis.
I du chapitre et des personnages notables qui obtenaient ce privilège recherché.
Le cimetière Saint-Sauveur, qui s'étendait sur le ter-
j rain que la halle aux grains occupe aujourd'hui, était aussi très ancien et devint le seul cimetière de la paroisse, lorsqu'on cessa, au treizième siècle, d'ensevelir les morts dans le cimetière Notre-Dame. Il était entouré de murs, garni intérieurement d'arcatures sous lesquelles on voyait de beaux sarcophages de pierre et de marbre, ornés de chrismes et de diverses sculptures, de même qu'aux cimetières de la Daurade -et de Saint- Sernin. L'église Saint-Sauveur s'élevait à peu près au milieu du cimetière. La garde en était autrefois confiée à un ermite, comme celle des autres chapelles de cimetière Plus tard, elle fut administrée par un chapelain, assisté de prêtres auxiliaires, nommés par le chapitre. Sa construction était des plus modestes, et une simple charpente la couvrait. Mais deux chapelles, celle du Crucifix au sud, et celle de la Vierge au nord, attiraient la dévotion des fidèles. Un crucifix célèbre à Toulouse était entouré d'ex voto, et la confrérie de la Vierge reçut de plusieurs papes des privilèges et des indulgences 2.
1. Ere}nita7^ius scmti Salvatoris Tolose^ 7'ectpiens pro ipso el p?^o omnibus aliis e?^emila?'us ecclesie tolosane, testament de 1377, cité par Catel. p. 170.
2. Catel, p. 170; A. Manavit : Mémoi?^es de la Société archéologique du midi de la France, V, p. 341, avec plan et dessin du cruciûx.
164 HISTOIRK DE TOULOUSE CHRTIENNE.
Lorsque le chapitre eut fait construire l'église Saint- Michel, les habitants du quartier voisin de l'église furent enterrés dans ce cimetière.
Enfin, la cathédrale elle-même recevait sous ses voûtes les dépouilles des évêques et des archevêques, des dignitaires du chapitre, des personnages notables, quelquefois même des bourgeois ou de simples artisans.
Saint-Étienne sous les successeurs de Bertrand DE l'Isle.
Interruption des travaux de la cathédrale après la mort de Bertrand de risle. — Nouveaux diocèses créés aux dépens de celui de Toulouse. — La cathédrale de Toulouse érigée en métropole. — Fondations de chapellenies et de prébendes par les archevêques. — Jugements publics des hérétiques vaudois — Dons à la cathédrale par Jean de Cardaillac. — Le julé et le crucifix. — L'autel de paroisse. — Dons de Pierre de Saint-Martial. — Luttes pour la possession de l'archevêché. — Vital de Castelmaurc et Pierre Pavot. — Dominique de Florence. — Denis du Moulin. — Portail de Pierre du Moulin. — Chapelle des fonts baptismaux. — Bernard de Rousergue, ses ouvrages, ses travaux à la cathédrale, orgues, stalles, clôture de ch.œur, triforium, reliquaire, dernière chapelle du collatéral nord, chapelle de la nef au sud. — Pierre du Lion, premiers missels imprimés. — Nouvelle lutte pour la possession de l'archevêché et de la prévôté. — Pierre de Rousergue et Hector de Bourbon.
Bertrand de l'Isle avait accompli en quatorze années une œuvre immense dont il ne put poser le couronnement. Les travaux s'arrêtèrent après sa mort.
Ses successeurs, pendant trois siècles, se contentèrent de compléter les chapelles et de contribuer à l'ornementation de l'église, sans rien entreprendre de la construction qui restait à élever.
Hugues Mascaron exécuta simplement les legs de son
prédécesseur et, redoutant de poursuivre sa gigantesque entreprise, il jeta une charpente provisoire sur le chœur et les chapelles. De graves altérations survinrent bientôt pour le diocèse de Toulouse. Boniface YIII, comprenant combien il était difficile pour un évèque de régir ce vaste territoire, résolut de le diviser en érigeant en évêché l'abbaye de Saint-Antonin de Pamiers. La population des vallées de l'Ariège et de l'Hers s'était accrue. Il était juste de réserver à ces pauvres contrées des montagnes une part des revenus de l'opulent diocèse de Toulouse. Le testament de Bertrand de l'Isle, qui laissait de si prodigieuses richesses après sa grande construction, montrait le danger de maintenir tant de ressources dans une seule main. Le pape languedocien Clément IV avait déjà conçu ce dessein trente ans auparavant. L'hérésie albigeoise avait abrité ses dernières résistances dans les replis de montagne du pays de Foix et laissait un levain qu'il importait de surveiller de près. Le comte de Foix, allié du roi de France, qui paraissait disposé à ne reculer devant rien pour établir en face de l'Eglise un pouvoir illimité et sans contrôle, combattait l'abbaye de Saint-Antonin avec plus de violence et s'armait contre elle, non de la subtile procédure des légistes, mais de la rude épée féodale. Boniface VIII avait remarqué à Rome le caractère résolu de Bernard Saisset et, pour lui donner plus de force contre ses redoutables ennemis, il en fit le premier évèque de Pamiers.
La bulle d'érection du nouvel évêché fut lancée du
palais d'Anagni, le 23 juillet 1295 ; elle lui attribuait dix j mille livres de rente, sur lesquelles trois mille provei naient des revenus propres de l'église de Pamiers et sept ! mille devaient être prises sur les revenus de celle de Toulouse. Une nouvelle bulle du 16 septembre traça les limites entre les deux diocèses, du pont de Carbonne, sur la Garonne, à Grépiac sur l'Ariège, à Renneville sur THers, et jusqu'à la Pomarède sur l'Agoût^
Philippe le Bel ne vit pas sans inquiétude le pape créer directement un nouvel évêque et craignit qu'il n'affermît davantage l'entreprise du Saint-Siège sur les nominations épiscopales enlevées aux chapitres. Hugues Mascaron, affligé du démembrement de son diocèse, porta ses plaintes à Rome, où il mourut, le 6 décembre 1296, après avoir obtenu peut-être un sursis. Boniface VIII, en effet, prudent et ferme, selon les traditions de la cour romaine, ne voulant rien précipiter et pour tâcher de gagner le roi nomma, quelques jours après, évêque de Toulouse, Louis, fils du roi de Sicile, neveu de Philippe le Bel, et le chargea d'administrer le nouveau diocèse de Pamiers.
1. Annales de Pamiers, I, p. 467; limites du diocèse de Pamiers, d'après un titre des archives de Saint-Sernin. De nouvelles limites amoindrissant le nouveau diocèse de Pamiers furent tracées en 1308 par Raymond, évêque de Lectoure, Guillaume, abbé de Saint-Paul de Narbonne, et Bernard de Latour, abbé de Saint-Papoul, d'après la bulle de Clément V, lancée sur les plaintes de l'évêque de Toulouse (Archives de Saint-Etienne, archevêché). Les nouveaux diocèses créés par Jean XXII amoindrirent encore le diocèse de Pamiers.
Le jeune prince, petit neveu de saint Louis, et par sa mère de sainte Elisabeth de Hongrie, ne voulut pas accepter les honneurs de l'épiscopat sans avoir revêtu l'humble habit du Frère mineur, suivant le vœu qu'il en avait fait. Il le reçut dans l'église de l'^m cœli et fut sacré la veille de Noël par le Pape lui-même. Il entra à Toulouse au milieu des acclamations du peuple ; mais il s'y occupa surtout à distribuer aux pauvres les revenus de son évêché.
Le saint évêque, avide de se démettre de l'épiscopat et de rentrer dans sa solitude franciscaine, quitta Toulouse au bout de quelques mois pour se rendre à Rome et mourut à Brignoles, en Provence, le 19 août 1297, à l'âge de vingt-trois ans et demi. Le Pape nomma alors définitivement Bernard Saisset évêque de Pamiers.
Roger de Gomminges, élu par le chapitre pour succéder à Louis de Sicile, ne put même prendre possession de son siège ^ Pierre de la Gapelle, adversaire de Bernard Saisset, obtint du pape Clément V le retour à son diocèse de plusieurs paroisses données d'abord au nouvel évêque de Pamiers, mais il ne parait pas en avoir profité pour continuer le grand œuvre. Gaillard de Pressac, neveu de Clément V, se contenta de laisser une trace de son passage en faisant sculpter ses armoiries sur la clef de voûte de la première chapelle du rond-
I. Bulle (le Boniface VIII, en 1303, confirmant l'élection par le chapitre d'Arnaud Roger de Comminges. {Arch.de la H.-G.^ fonds de Saint-Etienne, archevêché.)
l'égijse saint-étiennr.
point au sud\ et vécut ensuite en prince féodal, le plus souvent loin de Toulouse. Il y reçut cependant son oncle, I accompagné de neuf cardinaux, aux fêtes de Noël de Fan 1308. Le Pape, qui était entré une première fois à Toulouse, dans les derniers jours de septembre 1305, fut accueilli magnifiquement dans la ville et il célébra la messe à Saint-Étienne le jour de NoëP. Il partit le jeudi de la Circoncision pour Saint- Bertrand de Gomminges et se dirigea ensuite vers Prouille, Carcassonne et Montpellier, irrésolu et inquiet, accablé par les liens de fer qui comprimaient sa volonté et pesaient peut-être sur sa conscience, semblant retarder le moment où il entrerait dans Avignon, comme s'il pressentait qu'il ne serait plus libre d'en sortir.
Tandis que les vicaires généraux de Gaillard de Pressac excitaient les recteurs des paroisses à demander des aumônes aux fidèles pour l'achèvement de la cathédrale, et que le pape lui-même accordait des indulgences aux do-
1. Chapelle nctuelle dos reliqn.es. Tarti d'wn lion passant, et de trois fasees. l.os armes dos i'ressae de (Guyenne se conipliqnèrent plus tard, à la sniie d'alliances, en conservant ces deux pièces principales : d'ar^zent au lion passant de gueules, armé, lampassé et couronné d'azur, et d'azur à trois fasces d'argent. Joufl'roy d Echavannes, Armoriai unive}^sel, in i. Presi-ac. Ces armes sont les seuh^s qui soient sculptées dans les constructions de Bertrand de Tlsle.
2. Histoire de Languedoc, IX, pp. 28o et 310. Lafaille a donné un récit fort brillant, mais sans preuves à l'appui, de cette seconde entrée de Clément V, qu'il confond avec la première.
nateurs, le fastueux prélat dissipait les revenus de son église et aliénait plusieurs de ses biens pour payer les dettes qu'il avait contractées ^ Le Pape Jean XXII annula ces aliénations, mais poursuivant la pensée de Boniface VIII, il amoindrit de nouveau les richesses de l'évêque de Toulouse qui devenaient une source de scandales et créa les nouveaux diocèses de Montauban, de Saint-Papoul, de Rieux et de Lombez, bientôt après ceux de Lavaur et de Mirepoix.
Pour consoler l'église de Toulouse de ces amoindrissements, il sépara son siège de celui de Narbonne et l'érigea en archevêché en lui donnant ces évêchés nouveaux avec celui de Pamiers pour suffragants.
Le pape annonça au chapitre ces fondations dès l'année 1316. La bulle d'érection fut lancée le 20 juin 1317 et publiée dans l'église Saint -Etienne le 5 août. Une nouvelle bulle, des calendes d'octobre 1321, rassurait le chapitre sur le maintien de ses droits et privilèges auxquels la création de ces évêchés ne devait porter aucune atteinte ^. En 1327, une autre bulle, répondant sans doute aux prétentions des nouveaux évêques, déclarait exempts de toute autre juridiction que de celle de l'archevêque de Toulouse les biens et revenus des églises possédées par le chapitre dans leurs diocèses 3.
\. Gallia ch7'istiar)a, XllI, p. 38.
2. A7'ch. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne, n» III, liasse 1, t 3.
;.{. Id., n° XI, liasse 1, t. 10.
Les évêques, successeurs de Bertrand de l'Isle, terminèrent cependant les voûtes des chapelles et posèrent les meneaux des fenêtres sans modifier les plans du maître des œuvres.
Deux chapelles de la petite nef septentrionale, celles de Saint-Pierre et de Saint-Etienne^, montrent des meneaux absolument semblables à ceux de la petite nef opposée; deux ogives géminées ornées de trilobés que surmontent deux triangles curvilignes ornés de même, et que couronne un oculus à quatres lobes. Les deux qui sont le plus rapprochées du rond-point ne diffèrent qu'en faisant surmonter leurs ogives géminées par une rose à neuf divisions inégales, enfermée dans un grand triangle curviligne.
La première chapelle, dédiée à Saint-Jacques, n'est éclairée que par une fenêtre très étroite, parce qu'un escalier montant aux galeries est pris dans un de ses angles. On voit aussi du dehors, d'après les constructions ébauchées, que le constructeur avait eu le dessein d'élever à cette place une voûte destinée, sans doute, à couvrir le porche d'une entrée latérale, exactement visà-vis l'entrée correspondante du cloître.
Cet escalier nécessaire d'ailleurs ^ pour atteindre les