Catel, p. 148, Percin, p
France. C'est la croix triomphale qui planait toujours au-dessus du jubé ou de la trabes et attirait les regards de tous ceux qui entraient dans la maison de Dieu. Cette croix, de grande dimension, qui dominait l'église et paraissait la remplir, était ordinairement de bois « moult, estoffée d'or et d'azur, élabourée d'honnestes moulures », et elle était accompagnée souvent sur les jubés des statues de la Vierge et de saint Jean, comme on le voit encore au-dessus de l'admirable jubé de sainte Cécile d'Albi.
La croix de Saint-Étienne est de bois, couverte d'une toile empâtée de blanc, sur laquelle une peinture à la détrempe est apposée sur les deux faces, et s'apercevait ainsi de la grande nef et de l'intérieur du chœur. Différentes espèces de bois sont figurées sur les diverses parties , suivant le sentiment de plusieurs pères de l'Église, qui disaient que le pied était de cyprès, le tronc de cèdre, la tête d'olivier, les bras de palmier. Le Christ s'affaisse sous la douleur, mais son visage exprime la résignation avec la bonté, et s'il ne conserve plus la couronne royale, la tête haute et droite, l'attitude souveraine de la vie triomphant de la mort, comme sur les crucifix du douzième siècle, il ne présente pas encore l'aspect du supplicié épuisé par la souffrance, qu'on représentera plus tard afin d'émouvoir les âmes devenues plus indifférentes. Le peintre ou le tailleur d'images, s'ingénie encore à cette époque à rendre moins les altérations du visage du divin crucifié que son amour pour
les hommes. Si la tête est ceinte de la couronne d'épines, elle est entourée aussi d'une auréole ornée de feuillages d'or sur un nimbe d'azur cerclé d'or, L'inscription Jésus Nazarenus rex Jiideorum, en gothique anguleuse surmonte la tête ; un large voile relevé en draperie retombe jusqu'au dessous des genoux et les pieds s'appuient sur le suppédaneum de forme carrée.
Au pied de la croix, un religieux à genoux, les mains jointes et élevées dans l'attitude de la prière, est revêtu de l'habit des chanoines de Saint-Augustin, robe blanche et cape noire avec capuchon. Mais il porte au doigt un anneau auquel était attaché une pierre précieuse disparue, et il représente très probablement le prévôt sous lequel le crucifix fut élevé, dans le cours du quatorzième siècle ^
L'hérésie albigeoise s'éteignait cependant peu <à peu; les informations contre les vaudois et les bégars étaient abandonnées, sur la demande de Rome qui ne trouvait pas les témoignages suffisants, et les actes publics de l'Inquisition devinrent très rares dans la seconde moitié du quatorzième siècle. La cathédrale de Toulouse vit l'un des derniers en juillet 1374 2.
\. Belliomme, Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, V, p. 95. Belliomme croyait que le prélat représenté était Jean de Comminges, premier archevêque de Toulouse, mais le Christ est plus récent. L. do Farcy, Crucifix de l'arc triomphal des églises; Revue de fart chrétien^ nouvelle série V, p. 450.