Histoire de Languedoc^ IX, p
Le limousin Pierre de Saint-Martial, transféré de Carcassonne à Toulouse en 1391, déposa l'année suivante le Saint-Suaire, que la crainte des Anglais fit arriver de Cadouin, en Périgord, dans l'église du Taur récemment reconstruite 1. Il fit ciseler une châsse pour les reliques de saint Exupère conservées à Saint-Sernin, et il fonda dans sa cathédrale quatre prébendes attachées à la chapelle de sainte Catherine, deux en l'honneur de cette sainte et deux en l'honneur de saint Martial son patron. Il donna aussi le vitrail de cette chapelle, le plus ancien que la cathédrale possède et où l'on voit son image avec celle du cardinal de saint Martial son frère 2.
Il mourut le 3 novembre 1401 et fut inhumé devant le maître-autel, h côté de Jean de Cardaillac, sous une dalle gravée au trait, d'un travail peu digne de sa munificence et des goûts artistiques qu'il avait manifestés par ses largesses.
Le schisme d'Occident déchirait l'Église et les nominations épiscopales devenaient un sujet de luttes entre
{ Le 16 mars 1431, Yi bbé de Saint-Seriiin appela de la permission doiinéo par rarclievêqne, sans sa participation et son consentemeni, de bâtir une église dans la paroisse du Taur pour y recevoir le Saint-Suaire. Archives de Saint-Etienne, luvenlaire de (resty, titres concernant diverses églises de Toulouse. Cet acte donne probablement la date de la reconstruction du sanctuaire et de l'abside du Taur.
2. Gallia chrisliana, XIII, col. 4". — Baluze, Hist. des papes d'Avignon, p. 1076. — Voir pour les vitraux de Saint-Etienne le chapitre xiv.
les pouvoirs royaux. Après la mort de Pierre de Saint- Martial, les chanoines élurent unanimement leur prévôt, Vital de Gastelmaure, docteur et professeur en décrets dans l'Université de Toulouse, sa ville natale. L'antipape Benoit XIII s'autorisant des atteintes qui avaient été déjà portées en quelques circonstances au droit d'élection des chapitres, s'empressa de nommer Pierre Ravot, évêque de Saint-Pons, son protégé.
Les divisions ne s'introduisaient pas seulement dans le clergé, et les populations méridionales, promptes à prendre parti, se passionnaient pour ces luttes locales ; elles saisissaient ces conflits pour entrer en révolte contre l'autorité royale, comme pour ranimer les antiques résistances de la nationalité languedocienne. Le roi et son Parlement, qui devaient quelques années plus tard s'appuyer sur le Saint-Siège pour enlever aux chapitres leur antique droit d'élection, soutenaient l'élu des chanoines. Charles YI multipliait les lettres de sauvegarde en leur faveur \ et ils avaient été en effet attaqués par les armes. Les membres de l'Université, professeurs et élèves, défendaient ardemment Pierre Ravot, et lorsqu'il vint prendre possession à Saint-Étienne, le 13 novembre 1406, une centaine de docteurs et d'écoliers rassemblés par le protonotaire apostolique Pierre de Cardone et le chancelier de l'Université Jean Corneille, ami in-
1. Arch. de la H -G., fonds de Saint-Etienne, ir I, 1. 1, titres 7, 8, 9, 10.
time de l'antipape et premier instigateur du soulèvement, envahirent la cathédrale à sa suite. Le juge mage, Philippe Bonne, accourut pour s'opposer à la publication des bulles pontificales. Il fut attaqué aussitôt par les écoliers, foulé aux pieds et maltraité si rudement qu'il en mourut quelques jours après. Jean Corneille trancha le nez d'un sergent royal ; plusieurs blessés rougirent de leur sang le pavé de l'église. Les écoliers coururent au dehors pour afficher les bulles d'excommunication lancées contre Vital de Gastelmaure et se réfugièrent ensuite dans les couvents des Jacobins et des Gordeliers. Le Parlement de Paris envoya le commissaire Pierre des Essars, avec un huissier, pour décréter de prise de corps les plus mutins, et Pierre Ravot qui s'obstinait dans ses prétentions fut banni de la province en 1408. Le Concile de Paris le condamna définitivement, ainsi que tous les partisans de Benoit XIII, et Vital de Castelmaure fut réintégré sur son siège par Alexandre V, qui le décora du pallium. Il mourut l'année suivante, le l^r août 1410, et fut aussi inhumé dans le chœur de sa cathédrale, sous une dalle pauvrement gravée à son effigie K
Dominique de Florence (1410-1422) donna très probablement le vitrail qui décore la chapelle de Saint-Dominique 2. Il avait été chargé par le pape Martin V de ren-
1. Hisl. de Languedoc., IX, p. 1000; Catalogue du Musée, p. 229.