‹ L'èglise Saint-ÉtienneChapitre 135 sur 193 · Canton de Saint-Lys (Haute-Garonne · texte numérisé non relu

Canton de Saint-Lys (Haute-Garonne

4. Arch. de la H.-G., pp. 81, 82, 86, 90. Le Parlement permit au chapitre en janvier 1610, de prendre 300 brasses de pierre, en août 400 brasses, en mars 1611 130 brasses, le mois suivant 48 brasses à retirer immédiatement parce que 60 tailleurs de pierre avaient été congédiés faute de matériaux, le reste plus tard, en tout H30 brasses.

5. « Les murailles de ce château par dehors étaient construites de grandes et longues pierres de taille apportées de la montagne avec que des radeaux sur la rivière de Garonne,

Tous les pouvoirs publics affligés, comme la population entière du navrant spectacle de ces ruines, rivalisèrent de zèle pour les relever. L'archevêque et le chapitre encouragés par l'unanimité de ces dévouements, résolurent de les utiliser pour transformer le désastre en embellissement et couvrir enfin d'une voûte le chœur de Bertrand de risle. Dès le 2 janvier, le chapitre examina ce que pouvait coûter la réparation de l'église et la construction des voûtes. Cet fut alors que le Parlement, enflammé

n'estant joinctes ny assemblées d'aucun mortier ny ciment, mais seulement cramponnées de fer l'une à l'autre et de toutes parts joinctes et rangées à la règle et niveau, de telle sorte qu'il n'y avait rien qui les pût ruiner, laquelle provision de pierre estoit réservée pour bastir le palais et la sale des procureurs à la forme et modelle de celle du palais de Paris. Mais le bruslement de l'église métropolitaine de sainct Etienne estant survenu l'an mil six cent dix [sic] à la prière du chapitre de la dite église, par délibération de la cour en la grande chambre, la dite pierre luy a esté prestée au préalable inventoriée et mesurée par contract public sur ce passé, à la charge d'en rendre autant sur le lieu, où ils l'ont prise, lorsqu'ils en seront requis pour le bastiment du dit palais et d'icelle ont rebasti et voûté leur dite église il n'y a que sept ou huit ans ce qu'autrement ils n'eussent pas peu faire de fort longtemps. » {Les antiquités^ singulajHtés et autres choses plus mémoi^ables de la ville de Tolose; in-12 attribué à Laroche Flavin, p. 8).

Plus tard le chapitre fut en procès avec le Parlement au sujet de ces pierres qu'il devait rendre. Louis XUI lui donna les onze cent trente brasses de pierre, appartenant au domaine royal, à la condition qu'il remettrait 4,000 livres au Parlement, qui les accepta par un arrêt du 3 avril 1631. Arch. de la H.- G., fonds de Saint-Etienne, n^ VI, sac B F, 1. 4, t. 3.

d'émulation devant cette magnifique entreprise , donna les pierres du palais. Le dimanche 21 mars, le prévôt Jean Daffis dit, que depuis trois mois divers modèles des réparations avaient été présentés par plusieurs maîtres maçons aux assemblées de la prévôté, du chapitre et du Faiblement, des capitouls et des bourgeois ainsi que des assistants de l'archevêché, mais qu'un seul osait entreprendre ce grand travail, Pierre Levesville\ maître maçon, d'Orléans, qui demandait quarante mille écus. Après débat, il fut conclu que le chapitre fournirait tous les matériaux nécessaires et que Levesville recevrait quinze mille écus pour son travail.

Jean Daffis, qui prit en main la direction des constructions nouvelles, fut aussi le bienfaiteur de la cathédrale restaurée et l'enrichit des marques de sa munificence.

Il était fils de Jean Daffis, président au Parlement, et de Catherine de Tornoër ; il avait été nommé prévôt après la mort de son frère Pierre, le 23 mai 1587, et il céda la prévôté lorsqu'il eut été promu à l'évêché de Lombez, à Antoine de Bruyères, grand archidiacre et abbé de Villeloup , qui fut confirmé par le chapitre le 7 juin 1588. Après la mort d'Antoine de Bruyères, en juin 1606, une partie du chapitre élut le chanoine Bernard Daffis, l'autre Bertrand de Bertier, et tous les deux cédèrent leurs droits entre les mains du pape en faveur

l. Levesville^ commune de rarrondissement de Chartres.

de Jean Daffis qui reprit la prévôté, pour le plus grand bien de la cathédrale.

Les prévôts donnèrent deux mille livres au chapitre à partir de cette époque pour leur droit d'entrée. Les héritiers d'Antoine de Bruyères qui n'avait pas encore payé son droit, furent obligés de remettre cinq cent cinquante écus, que l'on employa à acheter une étoffe de velours rouge cramoisi de Milan, à fond d'argent, pour un ornement complets

Le cardinal de Joyeuse ajouta cinq mille livres au droit de chapelle de onze mille livres que les archevêques donnaient à leur avènement.

Jean de Bertier, évèque de Rieux, voulut aussi faire une part de ses libéralités à la cathédrale toulousaine 2. Il prit à cœur de porter les doléances de la population et du clergé aux états de Languedoc, siégeant au Pont- Saint-Esprit, du 22 janvier au 6 mars 1610; il représenta le grand désastre qui avait détruit presque entièrement le chœur de la cathédrale « qui était un des plus beaux de France, le grand autel qui était fort riche et de grande valeur, où il y avait beaucoup de saintes et précieuses reliques, l'orgue, des plus beaux de la chrétienté, et tous les livres qui ne se peuvent estimer, bref, tout ce qui y

L .- rch, de la II. -G., fonds de Saint-Etienne, 143; délibération du chapitre du 16 juillet 1606.

2. Id., fonds de Saint-Etienne, registre 145; déhbération du chapitre du 16 avril 1610.

était sans y avoir rien laissé, qu'il serait impossible de remettre en état pour cinquante mille écus. »

Les États accordèrent neuf mille livres payables dans trois ans, à la condition que le chapitre ferait célébrer une grand'messe du Saint-Esprit à l'ouverture de la session annuelle des États, avec musique et sonnerie d'un quart d'heure de la cloche Gardailhac, et une messe basse tous les jours des États avec même sonnerie enfin que les chanoines prieraient Dieu de conserver pendant de longues années le roi Henri quatrième, qui devait succomber quelques semaines après sous le poignard de Ravaillac.

Les capitouls, les habitants de la paroisse et de la ville s'unirent dans cet élan généreux pour l'embellissement de l'antique église et les travaux purent avancer rapidement 2.

Pierre Levesville commença par élever solidement , mais avec économie, la partie supérieure des contreforts, robuste cube de briques couronné par un amortissement en anse de panier, celle aussi des pinacles intermédiaires de forme ronde dressés au-dessus des piles des chapelles,

1. Arch.de la H.-G , fonds de Saint-Etienne. Inventaire de Cresty ; article, réparations. Id. Procès-verbaux des séances des états du Languedoc; G 2292, inventaire sommaire, p. 179. Le servic3 pour le roi défunt fut célébré le jeudi 3 juin, à Saint-Jacques, par le prévôt.

2. Les quêtes produisirent 1027 Uvres 19 sous 9 deniers ; les dons des confrérie 1830 livres 11 sous 4 deniers; le cardinal de Joyeuse, le chapitre et les capitouls donnèrent 134,311 livres.

en pierre cette fois et couverte par une petite calotte surmontée d'un bouton, rappelant les ornementations analogues de cette époque. Il jeta ensuite les arc-boutants de briques, très simples encore, protégés par une crête de pierre, pleins dans la seconde volée, avec une arcade en quart de cercle pour le passage de la galerie.

La maçonnerie pleine s'appuie lourdement sur les fmes sculptures des piles de Jean d'Orléans, et les arcs-boutants ne portent plus de cheneaux pour l'écoulement des eaux comme dans les constructions si bien entendues du moyen âge. Levés ville put alors élever les murs très minces de la nef centrale du chœur, laissant en saillie, à l'extérieur comme à l'intérieur, les cylindres des gros piliers qui l'entourent. Il ouvrit, sous des arcs de décharge, de grandes fenêtres ogivales qui ne remplissent pas cependant tout l'espace entre les piliers, et dont les réseaux flamboyants présentent des lignes bâtardes et confuses, à l'exception de trois d'entr' elles en forme d'une lourde fleur de lys, analogue à celles que l'on voit dans les fenêtres de Saint-Eustache, antérieures de quelques années. Le mur se termine disgracieusement sous la saillie du toit, sans corniche et sans balustrade.

La construction avait été reprise au-dessus du triforium, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre à l'intérieur par la discontinuité des lignes.

L'architecte Orléanais, et tous les Toulousains sans doute autour de lui, avaient perdu de vue la ressemblance de la cathédrale Saint-Étienne avec Saint-Just de Nar-

bonne. Aussi, tout en construisant encore à ce moment un étage de fenêtres et une voûte en ogive, suivant les lignes générales jetées au treizième siècle, il fut loin de leur donner l'élancement que le maître des œuvres du moyen âge avait conçu. La voûte, oû la pointe ogivale est à peine sensible, demeure un peu lourde et n'atteint pas la hauteur proportionnelle des voûtes analogues bâties d'un seul jet dans la belle époque de l'art architectural. Elle n'atteint que vingt-huit mètres d'élévation, tandis que celle de Narbonne, qui s'appuie sur des nefs et des arcades de dimensions pareilles, dépasse quarante mètres. Ce n'en est pas moins un fort bel ensemble ^

La voûte fut posée avec une extrême rapidité. « Le quinzième d'octobre (1611), cette belle et grande voûte du chœur de l'église métropolitaine Saint-Étienne, qui avait été commencée le quatrième du mois de juin dernier, fut en grande diligence heureusement faite et parachevée par le grand architecte Pierre Levesville, Orléanais, au grand honneur de messieurs du chapitre, qui, avec leurs moyens, n'y ont point épargné leur peine et vigilance, et surtout de messire Jean Daffis, digne prévôt de cette église et très digne évêque de Lombez... L'architecte a

1. Amiens, hauteur des collatéraux, 19 mètres; de la grande voûte, 4"2™90 ; — Reims, 16™50 et 36'"50; - Narbonne, SO^oS et 40^" 10; — Saint-Étienne de Toulouse, 17'"50 et 28 mètres. Proportionnellement, la voûte de Saint- tienne devrait donc s'élever à 38 mètres environ, d'auuint que la largeur d'axe en axe des piles est la même à Saint-Just et à Saint- Étienne, 15 mètres.

eu pour sa main seule quarante-cinq mille livres et pour le reblanchiment en dedans de toute l'église quatre mille cinq cents livres ^ »

Levesville banda ensuite les petites voûtes transversales entre le chœur, le mur occidental et le premier doubleau de la grande nef. Le pilier d'Orléans devint le pivot de ces résistances opposées, et leur ensemble un peu incohérent, que l'architecte primitif n'aurait certes jamais prévu, n'a pas subi la moindre déviation. Les moulures et les matériaux de ces petites voûtes sont semblables à ceux de la voûte du chœur, mais leurs arcs doubleaux adoptent franchement la forme cintrée.

Quand les pierres cédées par le Parlement furent épuisées, on fit arriver par la Garonne le calcaire de Roquefort, pris dans la même carrière qui avait servi à élever les assises posées par Bertrand de l'Isle^.

\. A?'chives municipales^ registre des annales de Toulouse de 1602 à 1617, ^ 263.

2. Arc/i. de la H.-G., fonds de Saint-Étienne, registre 111, f'69. Compte de pierre achetée à Bernard Aldiguier, marchand du port Garaud, à raison de 7 livres 1p brasse; le charroi du port à la place Saint-Étienne sur palan était payé à raison de 12 sous la brasse; l'extraction et le charroi de la pierre cédée par le Parlement étaient payés à raison de 10 et 12 sous la journée. Peyrot la Bourgade et Jehan Barin taillaient la pierre. On trouve aussi le compte d'une plaque de marbre noir payée 60 hvres à Jehan Gleyze, marchand du port Garaud. C'était sans doute la plaque de marbre posée au-dessus de la porte du jubé, sur laquelle le chapitre fit placer l'inscription en l'honneur du cardinal de Joyeuse. La chaux était prise à raison de 6 hvres 10 sous la pipe; elle se vendait en effet en

La voûte de pierre est recouverte d'une chape de briques.

La charpente est constituée par une série de fermes en sapin, avec moises en chêne, dont les entraits reposent sur les piles. Ils sont soulagés par des pièces moins longues gue soutiennent des contrefiches venant s'appuyer au droit des arcs-boutants. Une charpente avec enrayures supporte le campanile d'ardoise que surmonte un élégant épi de plomb, souvenir des flèches centrales liturgiques, et où s'abrite la petite cloche que l'on faisait tinter du chœur afin d'avertir le carillonneur pour sonner Gardaillac au moment de l'élévation de la grand'messe. Ces belles pièces n'ont pas fléchi depuis près de trois siècles. Précisément, parce que la construction n'a pas été terminée, les extrémités des entraits sont posées à nu sur l'arasement des piles, sous un toit saillant ; elles

fûts. Le millier de tuiles coûtait 20 livres; le tombereau de sable apporté à l'église, 5 sous (f^^ 78, 85). Malheureusement, aucun des comptes de ce registre n'est complet et arrêté. Un compte cité par Belhomme, Mémoù^es de la Société a?^chéologique du midi de la France, V, p. iOO, dit que les matériaux coûtèrent 55,loO livres 6 deniers.

Le dernier payement à Levesville, écrit sur le registre en octobre 1611, élève à 33,'t83 livres 12 sous les sommes qui lui furent remises (f> 128). Enfin, le compte des dépenses totales de la réparation du chœur, présenté au chapitre le 5 mai 1618, les porte à 183,000 livres (reg. 145).

Au ^ 147 verso, on lit : « A esté expédié mandement à Gérard Bachelier, maistre masson, de la somme de trente livres pour la modelle qu'il a faicte en carton de la dicte esglise Saiact P]stienne du XXV febvrier 1610. »

sont ainsi constamment aérées et à l'abri de l'immidité. Pas une fibre ne s'est pourrie.

Les assises supérieures attendent encore, en effet, la corniche, le chemin de ronde et la balustrade qui devaient les couronner.

Les longues pièces de chêne pour les entraits avaient disparu de la contrée et les sapins arrivaient des Pyrénées ^

Les bas côtés, couverts par un dallage, sont abrités par une toiture reposant sur de simples poutres rampantes, appuyées d'un côté sur le mur du triforium, de l'autre sur le mur extérieur des chapelles, et soutenues par des fiches aux côtés du pilier. C'est évidemment une construction provisoire.

Le pilier d'Orléans fut exhaussé pour soutenir plusieurs pièces de charpente au croisement des voûtes; mais les assises ajoutées par Levés ville ne portent plus les pierres d'arrachement que l'on aperçoit à la partie inférieure sous la charpente des bas côtés, et que Jean d'Orléans avait posées pour préparer quelque construction adjacente.

Levesville exhaussa de même la tourelle hexagone dressée par le cardinal d'Orléans sur l'angle du collatéral vers le cloître, afin de pouvoir accéder à la charpente et aux balustrades projetées autour des constructions nou-

1. F° 101, compte de bois acheté à divers marchands du port Garaud selevant à 7,42j livres. Le compte est-il clos?

velles du chœur ; mais il la termina plus simplement dans une forme circulaire et sans ornement. Il l'abrita sous un dôme d'une courbe singulière qui reproduisait, selon la tradition toulousaine, le galbe colossal de la cloche Gardaillac, au point d'en imiter même les anneaux d'attache. Sa forme est, en effet, celle d'une cloche ; mais des couvertures fort analogues se voient dans des constructions du temps de Henri IV. Les dimensions du dôme dépassent de beaucoup, dans tous les cas, celles de la cloche, qui ne pouvait guère avoir plus de l'^^70 de diamètre, d'après le beffroi conservé, tandis que celui de la tour est de â'^OO.

Deux ans après avoir posé cette voûte ogivale, Pierre Levesville construisit sur une des cours de l'hôtel de ville, dans le goût de la Renaissance, fort alourdi k cette époque, la porte de l'arsenal, flanquée de deux canons vomissant des flammes en guise de colonnes et décorée de cuirasses, de barils de poudre et de trophées d'armes. Cet ouvrage, détruit aujourd'hui, fut payé 5,300 livres K

En même temps que l'architecte Orléanais terminait cette construction gothique, on posait dans sa patrie les premières assises d'une grande cathédrale entièrement conçue dans le même style 2.

La voûte du chœur de Saint-Étienne mit Levesville en réputation, et, cinq ans après qu'il l'eut terminé, il

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