Catel, p
3. A7^ch. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne, registre couvert de parchemin, non coté, f^ 55, verso.
Son successeur sur le siège de Pamiers, Henri de Sponde, mourut aussi à Toulouse, le 15 mai 1643, après avoir rétabli les ruines morales et matérielles de son diocèse, qui avait supporté plus de maux pendant les guerres religieuses qu'aucun autre des provinces méridionales. Il avait élu sa sépulture dans la cathédrale, devant la chapelle de Notre-Dame de la Douzaine, et le chapitre désirant rendre tous les honneurs dus à un prélat d'une si haute vertu et d'un si grand savoir, se rendit en corps à la maison du banquier de Bosqua, où il était mort, pour les prières accoutumées. Le 20 mai, le prévôt, évêque de Rieux, célébra l'office des obsèques, assisté de deux premiers dignitaires du chapitre, les chanoines de Boullay et de Tonsin, et pour l'absoute, des quatre chanoines les plus anciens. Le P. Lissène, jésuite, prononça l'oraison funèbre.
L'évêque fut enterré devant le balustre de la chapelle, auprès de la clôture du chœur, dans un cercueil de plomb, sous une dalle de marbre gris que l'on voit encore. Pierre Frison, théologal de Paris, avec lequel l'évêque était lié d'amitié depuis près de quarante ans et qui fut l'un de ses héritiers, fit élever à sa mémoire le monument remarquable que l'on voit au chevet du chœur. Le sculpteur inconnu a habilement reproduit la fermeté et la finesse des traits du grand évêque. Au-dessus du buste, une longue épitaphe, placée en octobre 1646 avec l'approbation du chapitre, est entourée d'élégants ornements et soutenue par de charmantes figures d'anges
entre lesquelles apparaissent les armes martelées du prélat ^
Lorsqu'en mai 1645, Henri Maroni, évêque de Bazas, mourut dans une des maisons du cloître, le chapitre s'entretint des circonstances surprenantes, et dont quelques-unes parurent surnaturelles, qui étaient survenues après la mort et la sépulture de ce prélat dont la vie avait été si pieuse et si mortifiée 2.
Les sépultures de plus en plus désirées dans l'église y devinrent si nombreuses que dès le milieu du siècle il n'y avait plus de place. On obligea, en 1647, les héritiers des personnes ensevelies à poser sur leurs tombes des dalles de huit pans de longueur. Le cimetière du cloître fut fermé définitivement en mars 1681, et les sépultures dans l'église, le cloître et le préau ne furent plus accordées, après une délibération du chapitre du
1. Écartelé au premier et quatrième d'azur à deux truites d'or en fasces, au deuxième et troisième de gueules à une croix de calvaire d'or sur un mont de même.
Le monument, attribué sans preuve à Guépin, jeune encore à cette époque, a été gravé dans la Revue cV ai^chi Lecture de C. Daly, XXXIV, pl. 31. Voir pour l'épitaphe l'appendice épigraphique.
P. Frizon, Yie de Sponde , en tête du premier volume des Annales de Sponde ; Paris, MDCLIX. Annales de Pamiers^ II, pp. 93 et 128.
Arch. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne, registre 148 ; délibérations du 19 mai 1643, du 6 octobre 1646; registre de parchemin, non coté, f^ 55, verso.
2. Arch. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne, registre li8, déhbération du 15 juin 1645.
2 mai 1693, qu'aux personnes de distinction, constituées en disnité^
Charles de Montchal avait rempli son épiscopat par des fondations pieuses et charitables et la protection offerte aux nouveaux ordres religieux. C'était aussi un savant prélat , versé dans la connaissance des lettres hébraïques et grecques, autant que dans le droit canonique. Il avait fait reconstruire une partie du palais archiépiscopal qui tombait en ruines, et la porte cintrée qui ouvre la ruelle du presbytère est un reste de cette reconstruction. Pierre du Moulin avait bâti le corps de logis sur la place, Bernard de Rousergue celui qui s'étendait sur la cour, à droite en entrant. Tous ces bâtiments furent détruits pour faire place aux nouvelles constructions de Michel de Colbert. Le chapitre fit enlever, en 1645, les décombres du palais qui obstruaient la place et l'entrée de l'église.
Charles de Montchal mourut, le 22 août 1651, à Carcassonne où il s'était rendu pour la session des États. Son corps, arrivé à Toulouse le 6 septembre, fut exposé le lendemain dans la salle basse du palais et enterré, le 11, dans le chœur, au pied du grand autel ^.
Son frère, conseiller du roi et maître des requêtes,
1. Arch. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne. Voir les délibérations dans les registres aux dates citées.
2, Id., registre 149 ; déhbérations de fin août et septembre 1651. Voir les détails de la sépuliure de Charles de Montchal, Histoire de Languedoc, XIII, p. 316 et suiv.
ne voulut d'abord donner que neuf mille livres pour le droit de chapelle de l'archevêque. Le chapitre lui laissa le choix d'en donner douze, comme les héritiers de Louis de Lavalette, ou de remettre la chapelle du prélat. Le maître des requêtes préféra donner les objets qui avaient appartenu à l'archevêque, que le chapitre désirait garder dans son trésor « alin de faire vivre éternellement sa mémoire et de rappeler, par la vue des armes qui s'y trouvaient gravées, ses qualités éminentes ». On avait d'ailleurs évalué à la somme de douze mille cinq cent quatre-vingt-dix livres la croix archiépiscopale, la crosse, la croix, les six chandeliers de l'autel, le calice et la patène, la cuvette et les burettes, deux bassins ovales, la boite à hosties, la paix, le bénitier, les chrémières d'argent ciselé et'doré, l'encensoir et le bougeoir d'argent blanc. M. de Montchal voulut encore donner au chapitre, de son propre mouvement, la milre enrichie de pierreries de son frère *.
Pendant l'épiscopat de son successeur, Pierre de Marca, Louis XIV arriva à Toulouse, le 14 octobre 1659, venant de Bordeaux. L'archevêque le harangua, à la tête de son chapitre, à l'entrée de la cathédrale. Le prévôt renonça à prononcer la harangue qu'il avait préparée et dut se contenter de complimenter la reine. Les chanoines complimentèrent à leur tour le prince de Gonti et autres
1. Arch. de la E.-G., fonds de Saint-Etienne, n" 149; déhbérations du 15 juin et du 10 octobre 1651.
L^ÉGLISE SAÎNT-ÉTKENNÉ. 291
grands personnages de la cour. Le roi logea à l'archevêché; il entendait tous les jours la messe à Saint-Étienne, et son chapelain eut la permission de célébrer le saint sacrifice à l'autel du chœur, sans préjudice du privilège accordé par le pape aux archevêques et aux seuls chanoines 1.
La grande Mademoiselle admirait le mouvement de la ville, qui lui rappelait celui de Paris; mais le roi était offusqué des boues de la place Saint-Étienne et en adressa des reproches aux capitouls.
On se plaignait depuis longtemps de la pauvreté et du mauvais état du rétable. Une somme considérable que donna, en 1654, le marchand Tafiin, connu déjà par ses libéralités envers la basilique de Saint-Sernin et par le don d'un groupe de Notre-Dame de Pitié, décida le chapitre à commander à l'architecte Pierre Mercier et au statuaire Gervais Drouet le nouveau rétable qui décore l'abside du choeur. Les États de Languedoc donnèrent trois mille livres. En décembre 1667, Gervais Drouet avait terminé le groupe de la lapidation de saint Étienne, mais Mercier n'avait p is encore achevé son travail, et les échafaudages ne furent enlevés que dans l'automne de 1668. Mercier avait été chargé aussi de sculpter les statues placéea dans les niches aux côtés du groupe principal, mais le chapitre les trouva si lourdes et si insuf-
1. A7^ch. de la H.-G., fonds de Saint-Étienne, n" 149; délibérations des 7 et 19 octobre 1659.
29â HISTOIRE DË TOULOUSE CHRETIENNE.
fisantes qu'il en demanda aussitôt de nouvelles. Le groupe de Gervais Drouet ne fut mis en place que dans les derniers mois de 1669 * .
On ne songeait plus, dans ces années glorieuses du grand règne et de l'art classique, à rattacher les adjonctions des églises aux constructions du moyen âge, comme Levesville l'avait fait encore un demi-siècle auparavant. Mais l'architecte Mercier s'appliqua cependant à suivre les lignes générales des belles arcades du treizième siècle. Il dressa exactement les colonnades superposées de l'ordonnance centrale, ainsi que les colonnes latérales contre les piles de l'abside, dont elles accompagnent la direction ascensionnelle. Les piles supérieures du triforium et des verrières paraissent ainsi les continuer.
La profusion des ornements ne nuit pas encore à la claire perception de l'ensemble, et la composition s'équilibre à souhait. Il semble qu'une dernière inspiration de la Renaissance toulousaine ait fait surgir ces colonnes élancées et contenu dans leur rôle subordonné la richesse des détails, qui se permettront bientôt des usurpations sans mesure. La variété des beaux marbres des huit colonnes et de ceux qui sont posés encore dans les stylobates et les frises comme des cabochons, selon le goût du
i. Arch. de la H. -G., fonds de Saint-Etienne, registre 149; déhbérations du chapitre du 14 janvier 1650 et du 25 septembre 16 )4; registre 150 : déhbérations du 11 novembre et du 17 décembre 1667, du 17 août 1668, du 9 mars, 16 mars et ie'juin 1669.
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aate F. de Rességuier, Recueil de l'Académie des Jeum Floraux, 1884, p. 236 ; élude écrite à l'occasion d*une iiîtellsgente restauration du rétable.
siècle précédent, ajoute à l'élégance des reliefs sculptés. Les petits anges qui accompagnent l'angle des acrotères, les génies qui semblent soutenir la colonnade supérieure, car la mythologie mêle déjà ses figures à celles du christianisme, enfin les anges aux ailes éployées qui allègent si heureusement de leur élan mouvementé le couronnement de cette belle conception, l'animent sans en altérer la sereine harmonie.
Au centre, sous un arc cintré, saint Etienne à genoux lève les yeux vers le ciel, tandis que trois forcenés l'accablent de pierres. D'autres en demi-relief se joignent à ces violences, et les portes de Jérusalem apparaissent dans le fond. Les vigoureux mouvements de ces figures sont rendus avec une violence un peu théâtrale, et les traits alourdis du saint martyr ne reproduisent pas l'image angélique et juvénile dont les Actes des Apôtres nous ont laissé l'impression. Gervais Drouet a-t-il voulu perpétuer le souvenir d'un personnage de son temps, le marchand généreux à qui l'on devait pour la plus grande part le nouveau rétable et à qui le chapitre donna une .place dans les stalles basses du chœur pour les offices et à la tribune pour les sermons, ou le prévôt de la cathédrale, Antoine-François de Bertier, dont on voyait autrefois les armes supportées par deux anges, sur une porte, au fond de l'arcade représentant celle de Jérusalem ^
1. Comte F. de Rességuier, Recueil de l'Académie des Jeux Floraux^ 1884, p. 236; étude écrite à l'occasion d'une intelligente restauration du rétable.
Gervais Drouet fut satisfait de son œuvre, et le mécontentement des chanoines au sujet des statues placées d'abord dans les niches explique qu'il ait tenu à inscrire au-dessus de son groupe : « gervais drouet, inventeur
DE CET AVTEL, n'a FAIT DE SES MAINS QVE LE LAPIDEMENT DE SAINT ETIENNE, 1670. »
Il avait adopté la coloration des marbres pour les chairs et les vêtements des personnages, comme l'avait fait Arthur Legoust pour les statues bien supérieures du président de Lestang et de la Vierge.
Les statues des quatre évangélistes, trop grandes encore pour les niches qui les abritent, furent sculptées en 1727 seulement par Marc Arcis. La légende toulousaine dit que les statues de saint Luc et de saint Jean sont de la main de son élève Hardy, et que le grand artiste plus célèbre n'a sculpté que les deux autres. Il est fort difficile de vérifier cette assertion en l'absence de signatures et de précision de texte dans les délibérations du chapitre, d'autant que les quatre statues sont d'un égal mérite et d'une facture semblable dans leurs attitudes expressives et mouvementées.
Au-dessus du groupe, un beau Christ de pierre se détache sur une plac|ue de marbre rouge; au sommet, une plaque de marbre noir porte l'inscription : deo omni-
POTENTI MAXIMO, 1667 ^
1. Arch. de la H.-G., fonds de Saint-Etieune, 15^1 Déhbération du chapitre du 1" mars 1727.
Au-dessous de cette plaque, on lit la signature : Saint Estienne, priez pour moy. Pierre Mercier F.
Deux portes basses à côté de l'autel donnent accès vers un petit autel, de rétro, où sont conservées les reliques de saint Etienne.
La piété des fidèles envers le saint protecteur de la paroisse demandait souvent que des messes fussent célébrées à cet autel. Les femmes enceintes surtout imploraient ce secours, et l'autel fut assiégé au point que le chapitre dut ordonner que les messes y seraient célébrées seulement après l'office.
Gervais Drouet, mis en réputation par le groupe de saint Etienne, comme Levesville l'avait été pour la voûte, fut appelé de même à Auch, en 1671, pour y sculpter le rétable imposant et robuste , accompagné de deux ambons d'un aspect fort monumental.
Une balustrade de cuivre doré entourait le premier degré du grand autel. Elle avait été donnée par Pierre de Tornoër, frère et héritier de Jean de Tornoër, ancien prévôt du chapitre, qui était mort en 1587^.
Les armes du cardinal Desprez ont remplacé celles du cardinal de Joyeuse après une restauration récente, de
I . Catel dit, p. 163, que « ces quatre grands piliers de bronze ou de laiton qui sont au grand autel furent faits par M. du Tornoër, prévôt de ladite église et président aux enquêtes »; mais si la balustrade et les colonnes sont postérieures à l'incendie, elles ne peuvent avoir été données que par son frère, peut-être, il est vrai, d'après un legs ou un vœu du prévôt.
même les armes du chapitre celles du prévôt de Bertier timbrées encore du chapeau, de la crosse et de la statuette de saint Étienne.
Pierre de Marca était mort archevêque de Paris. François d'Anglure de Bourlemont, archevêque de Toulouse en 1662, bénit le 16 avril 1667 les premiers travaux du canal des Deux-Mers, dont le creusement dans les terres où il recueillait des dîmes ne fut pas sans inquiéter le chapitre. L'archevêque ouvrit le premier séminaire établi à Toulouse, et les chanoines lui cédèrent pour cette institution les églises de Saint-Sauveur et de Saint- Albin ^
Il mourut le 25 novembre 1669 et fut enterré au pied du grand autel, au moment même où le rétable s'achevait.
Son successeur, Pierre de Bonzi, mourut à Narbonne dont il était devenu archevêque, et Joseph de Montpezat de Carbon, qui publia le premier catéchisme en usage dans le diocèse, mais qui fut parfois trop complaisant envers la cour, reçut aussi la sépulture auprès de l'autel, en 1687 ^
Lorsque son droit de chapelle fut payé après sa mort par ses héritiers, comme il arrivait toujours, le chapitre acheta pour une somme de six mille cinq cents livres un ornement blanc complet des plus riches.
Michel de Golbert arriva, en mars 1688, comme revêtu
1. Arch. de la H. -G., fonds de Saint-Etienne, n» 150. Délibérations du l*"" octobre 1667 et du 14 décembre 1680. La chapelle Saint-Albin était située sur l'emplacement du Cirque.