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LES VITRAUX ANCIENS DE SAINT-ÉTIENNE

Vitraux disparus, vitraux rapportés; anciens vitraux en place, particulièrement vitraux du quinzième siècle, aux chapelles de Saint- Vincentde-Paul, de Saint-Augastin et de Saint- Joseph ; vitrail du seizième siècle à la chapelle du Sépulcre; vitraux du commencement du dixseptième siècle au rond-point du chœur.

La cathédrale est la seule église de Toulouse qui ait conservé ses anciens vitraux. Saint-Sernin n'en eut peutêtre jamais; ceux des Jacobins et des Gordeliers furent dispersés ou détruits à la fm du dernier siècle ; ceux de la Daurade disparurent lorsque l'antique église abbatiale fut remplacée par une nouvelle en 1770. On n'en voit plus un seul panneau à la Dalbade et à Saint-Nicolas.

Les maîtres verriers de Toulouse avaient cependant produit des œuvres célèbres, et les dix-neuf grandes verrières des Jacobins étaient particulièrement renommées. On en retrouve quelques fragments, difficiles à discerner, dans les vitraux de Saint-Étienne. Les maîtres

1. L'étude sur les vitraux de Saint-Etieuiie a été lue au Congrès des Sociétés savantes tenu au Palais des beaux-arts en mai 1888.

renouvelèrent leurs statuts en 1506, au moment où leur école prenait un essor nouveau sous Finfluence fécondante qui leur arrivait des Flandres et d'Italie, si apparente en même temps, sinon à Toulouse, où les créations de cette époque ont disparu sauf une seule, du moins à la cathédrale d'Auch. Ils se plaignaient que leurs anciens statuts se fussent perdus, par suite de l'omnipotence absorbante qu'avait acquise un maître fameux du siècle précédent, Guillaume Papillon, dont la réputation était si grande qu'il exécutait ou dirigeait tous les travaux de la province. La signature de son fils, François Papillon, figure avec celle de dix-neuf autres maîtres au bas des nouveaux statuts de 1506 ^ .

A la cathédrale même, pas un seul vitrail peut-être n'a été conservé dans son intégrité. Quelques-uns sont entièrement renouvelés ; le plus grand nombre de ceux où l'on aperçoit encore des fragments du moyen âge, parfois considérables, les montrent mélangés avec des débris venus de toutes parts, posés le plus souvent sans le moindre souci d'accorder les lignes ou les tons, pas plus que les époques. En effet, les verrières à demibrisées, enlevées aux églises supprimées en 1792, furent apportées, les unes dans les collatéraux du chœur de la cathédrale transformés en magasins de dépôt, les autres chez le verrier Sarraute, au faubourg Saint-Michel. Lors-

1. Belliomme, ^'émov^es de la Société archéologique du Midi de la France^ V, p. 162; du Bourg, id.^ t. XIII, Les corporations de Toulouse^ tirage à part, p. 79.

que le culte fut rétabli en 1803, la cathédrale était tombée dans un grand état de délabrement. Les vitraux disparus ou cassés par places laissaient entrer le vent et la pluie. On se hâta de fermer les vides avec les fragments pris au hasard dans les nefs. On reprit cette opération en 1813 avec ceux qui furent alors retirés de chez Sarraute ; enfin, en 1817, avec ceux qui étaient encore demeurés aux Gordeliers et que les chanoines demandèrent au maire de la ville ».

Il est aisé de comprendre combien il est difficile de fixer les origines précises des éléments divers de cette mosaïque inattendue.

La grande rose de la nef, exposée aux vents pluvieux de l'ouest et aux grêles fréquentes, est justement l'exemple le plus curieux de cette barbare confusion. Pas un seul fragment peut-être, si ce n'est le cercle central, où l'on voit Dieu le père coiffé de la tiare à trois couronnes et assis sur un trône d'or, n'est demeuré du vitrail primitif^. Des têtes d'apôtres, de saints et d'évêques de tous

1. A?'ch municipales, cultes, registre 2, 19 mai 1817; registre 5, 15 février 1803.

2. Détails du vitrail de la rose : au centre, Dieu le père^ barbu, coiffé de la tiare, tenant le globe du monde de la main gauche, bénissant de la main droite; autour, dans les seize lobes de la rose centrale, une fleur de lys, vitrail du quinj;ième siècle.

Dans loi huit premières arcatures, trois vitraux seulemen du quinzième siècle : à gauche de Dieu le père, un évêque revêtu d'une chasuble bleue portant le livre et la crosse; de Tautre côté, un roi et un psrsonnage indistinct, à moitié re-

les temps se heurtent à des scènes incomplètes, l'une, entre autres, où un donateur à genoux est présenté par trois chanoines revêtus du surplis.

Les deux vitraux des petites fenêtres accostant la grande rose , qui datent du commencement du quinzième siècle, sont des fragments du vitrail placé autrefois à la chapelle actuelle de Sainte-Germaine. Lorsque cette chapelle fut restaurée, en 1875, M. Ghambert^ architecte diocésain, utilisa ces deux fragments bien conservés, pour les poser avec de très légères adjonctions à la place où on les voit aujourd'hui.

placé, puis têtes de saints et d'apôtres, un Enfant-Jésus posé sur les genoux de la Vierge, du seizième siècle. Fond quadrillé de diverses couleurs assez vibrantes, reste du vitrail du quinzième siècle.

Dans les seize arcatures du deuxième rang, à partir de la gauche en haut, une cène, quinzième siècle ; une tête, fragment rapporté; id., quatre chanoines en surplis présentent un donateur à genoux; une figure rapportée; saint Paul avec le livre et l'épée, quinzième siècle; tête dans fragments rapportés; sainte assise en contemplation; fragment moderne; deux anges dans fragments rapportés; Ecce homo; tête casquée, fragments rapportés; saint Barthélémy tenant un livre et un couteau, quinzième siècle; deux têtes, avec les armes de France au-dessous, rapportées ; un ange dans l'attitude de l'Annonciation, rapporté de même; dans les lobes du pourtour, quadrillages brillants; en bas, à gauche, deux blasons d'argent au chef d'azur chargé d'un soleil d'or.

Il est probable que le vitrail posé au quinzième siècle représentait Dieu le père entouré au premier rang d'anges adorateurs ou de personnages historiques donateurs du vitrail , archevêques, patrons de l'église, au second rang des quatre évangéUstes et des douze apôtres.

Celui du côté de l'épître montre un ange aux ailes d'or et au nimbe rouge portant une petite âme nue dans ses bras et conduisant une seconde plus grande devant la porte du Paradis, représenté comme une tour crénelée, les têtes des élus apparaissant entre les merlons. Les bandes rouge clair s'enleyant sur le vert de la robe de l'ange, la doublure jaune de son manteau rouge vif indiquent le quinzième siècle par le procédé d'exécution. Les chairs sont représentées par la couleur brique sans modelé avec les traits indiqués par de simples lignes.

Sur le vitrail de l'autre fenêtre, le Christ bénit, tenant dans la main gauche le globe du monde. Il est accosté par deux anges. Une arcature trilobée surmonte les deux scènes.

Les fenêtres inégales de la nef n'ont que des verres blancs, à l'exception de la première au-dessus de la chapelle de l'Agonie, qui montre entre ses meneaux supérieurs quelques fragments d'une coloration assez intense.

Le premier vitrail ancien que l'on aperçoive dans les chapelles du collatéral sud est celui de la chapelle de Saint-Dominique, aujourd'hui de Saint- Vincent-de-Paul. Il présente les plus grandes analogies avec ceux des petites fenêtres de la façade, et avec les fragments conservés à la chapelle de Saint-Pierre. Il dut être peint et placé vers 1420, peut-être seulement peu après l'année 1422. Ce vitrail avait peu souffert, et il a pu être I 22

restauré sans recevoir d'autres fragments nouveaux que quelques bandes de vêtements ou de bordures qui se distinguent tout de suite par leur jaune plus clair et plus aigre ou par leur blanc plus cru. Le vitrail est déjà d'ailleurs affadi par la multiplicité de ces deux couleurs. Les personnages, cependant encore très colorés par leurs vêtements sur lesquels vibrent les oppositions du rouge et du vert, de l'oronge et du bleu, sont rangés en trois groupes superposés et se correspondent sur les deux panneaux. Au sommet, saint Michel pèse les âmes; à côté, un prêtre assisté d'un diacre exorcise un mourant; le démon, sous la forme d'un dragon vert, s'échappe de sa bouche et l'âme purifiée s'envole ensuite vers le ciel. Au-dessous, saint Michel enfonce sa haste surmontée de la croix dans la gueule du dragon, et la Vierge porte , l'Enfant-Jésus. Puis , deux anges debout tiennent un chandelier conservant les formes du treizième siècle. Au bas, l'archevêque donateur présente sa verrière à saint Etienne qui tient dans la main sa cathédrale. Mais au dernier siècle, un petit mur, réclamé par les chanoines pour protéger un tableau, est monté d'un mètre dans la verrière et le blason du prélat a disparu. Il ne peut être que Dominique de Florence, archevêque de Toulouse de 1410 à 1422, jaloux d'orner la chapelle du fondateur de l'ordre à laquelle il appartenait, de même qu'un de ses ' prédécesseurs, dominicain comme lui, Guillaume de Laudun, avait terminé cette chapelle au siècle auparavant, en y établissant quatre prébendes.

La chapelle suivante, l'ancienne chapelle de Sainte- Catherine, montre le vitrail le plus ancien de la cathédrale et le plus beau par l'intensité de ses couleurs, bien qu'il ne soit antérieur au précédent que d'une vingtaine d'années. Les personnages sont disposés de même. En haut, l'ange Gabriel salue la Vierge avec un geste d'un beau mouvement en prononçant les paroles tracées en gothique anguleux sur un phylactère : Ave Maria Dominus tecim. La main du Très-Haut sort d'un nuage au-dessus de lui. Vis-à-vis, la Vierge debout, vêtue de la robe pourpre et du manteau bleu, tient un livre de la main gauche et manifeste de la main droite le trouble de sa pudeur. Un lys à cinq fleurs monte d'un vase à ses côtés.

Au-dessous, sainte Catherine couronnée, nimbée, vêtue de pourpre et de rouge, tient la roue à crocs de la main droite, et la palme de la main gauche. Vis-à-vis, un évêque bénit et porte la croix, sans doute saint Martial.

Ces figures sont couronnées d'arcatures surmontées d'un gable, d'un côté d'or à crosses vertes, de l'autre d'argent à crosse d'or au-dessus de la Vierge, d'argent à crosses vertes au-dessus de l'évêque.

Dans les panneaux inférieurs, un donateur, à genoux, avec le pallium, sur un beau fond rouge damassé, tient aussi la croix inclinée sur l'épaule; il est vêtu comme l'évêque bénissant, et devant lui son blason est chargé d'un lion passant de gueules sur argent avec une bordure de sable à huit roses d'or. Vis-à-vis, un cardinal à

genoux avec les mêmes armes à ses côtés, timbrées du chapeau rouge. Les deux prélats sont Pierre de Saint- Martial, archevêque de Toulouse de 1372 à 1401, et son frère le cardinal de Saint-Martial qui fut son exécuteur testamentaire.

Pierre de Saint-Martial avait fondé aussi quatre prébendes dans cette chapelle, quelques mois avant sa mort, le 29 avril 1401 ^ .

Mais le cardinal et l'archevêque ont perdu, par le même motif qui a privé Dominique de Florence de son blason, leur arcature tréflée avec son galbe de couronnement. On doit même s'estimer heureux que l'on se soit contenté de l'enlever en prenant le soin de rehausser les deux figures.

La première chapelle du rond point ^, chapelle des reliques, montre dans une bande supérieure plusieurs saints du commencement du seizième siècle, couronnés par des pinacles trop blancs, où commencent à apparaître les formes de la Renaissance : les trois diacres, saint Vincent, vêtu d'une dalmatique bleue, portant un livre et une palme ; saint Étienne en dalmatique rouge, tenant aussi un livre et un pavé qui fleurit ; saint Laurent en dalmati-

1 GalUa christianay XIII, p. 46; GalUa pm^purata, p. 374. — Hugues de Saint-Martial, cardinal en 1361 par Innocent VI, au titre de Sainte-Marie-du-Portique, mourut en 1403 et fut enterré aux Célestins d'Avignon.

2. Pour les vitraux neufs des deux chapelles suivantes, voir le chapitre précédent.

que violette, tenant le livre et le gril; vers l'épître, sainte Catherine avec un livre encore et une palme; enfin, saint Jean portant l'image de l'Agneau de Dieu, peut-être un peu plus ancien. Les têtes sont expressives et douces; mais celle de saint Etienne a été remplacée.

Les sept saints de la bande inférieure sont modernes.

La chapelle suivante a conservé le vitrail le plus précieux de la cathédrale, préservé par la saillie des contreforts et surtout par son exposition au sud-est, vers le cloître. Il n'est pas cependant intact lui-même et le panneau central a reçu un fragment nouveau avec le Christ du seizième siècle, accosté d'une Vierge et d'un saint André beaucoup plus grands, de la même époque. Les panneaux inférieurs du côté de l'Evangile portent encore une sainte Madeleine et un saint Christophe venus d'ailleurs, de même que le saint Jean dans le panneau à côté du roi k genoux. Ces remaniements et ces confusions avaient arrêté jusqu'ici les attributions certaines de ce beau vitrail.

En haut, du côté de l'Évangile, un roi à genoux, vêtu d'un manteau bleu fleurdelysé d'or, portant une couronne à grandes fleurs de lys, offre une couronne. La figure du roi, très individuelle, rappelle le type bien connu des Valois et permet de reconnaître Charles VIP.

1. On peut voir au Trocadéro ce type plus accentué encore chez le petit-fils de Charles VII, présentant une grande ressemblance avec le profil de Toulouse, dans un moulage du buste de Charles VIll qui est au musée de Florence.

La fenêtre, du côté de l'épître, absolument intacte, montre en haut un jeune prince, tête nue, vêtu d'une cotte fleurdelysée, avec jambières et chaussures de plate, l'épée au côté; il ressemble au roi. C'est évidemment le dauphin, son fils, le futur Louis XL A côté de lui est un évêque nimbé, portant une chape dont l'orfroi est orné de fleurs de lys ; c'est saint Louis, évêque de Toulouse, qui appartenait à la famille royale. Au-dessous, sainte Catherine porte la roue et la palme, superbement vêtue d'une robe blanche à petits points d'or groupés par trois, d'un manteau vert doublé de rouge, se détachant sur un fond blanc fleuronné d'or, bordé de fleurs de lys d'or sur fond bleu. Une des filles de Charles VII portait, en effet, le nom de Catherine et fut mariée, en 1434, au duc de Bourgogne. Enfin, à côté de cette belle figure, un évêque à genoux dont les traits fins mais énergiques sont très caractérisés, est coiffé d'une mitre d'argent, et vêtu d'une chape rouge bordée d'un orfroi sur lequel s'étagent des écus d'argent à la croix ancrée de sable, précisant la date du vitrail ^

Ce sont, en effet, les armes de Denis du Moulin, archevêque de Toulouse, de 1423 à 1439, année dans laquelle il fut promu au siège de Paris.

Denis du Moulin s'était montré très dévoué au roi dans les temps périlleux. Il se rendit en ambassade auprès du roi de Castille, du duc de Savoie, et du duc de

1. Quelques fragments étrangers sont rapportés sur l'aube de Denis du Moulin et sur la robe de la princesse Catherine.

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