Arch. de la H.-G.^ cultes
à neuf mille personnes suivirent la procession qui la termina ; cinquante jeunes hommes vêtus d'une aube blanche et pieds nus portèrent la croix qui fut placée au pied du clocher de la cathédrale, et les jours suivants des fidèles de tout âge et de tout sexe, agenouillés devant elle, chantèrent des cantiques jusqu'aux heures avancées de la nuit^
Après le retour des Bourbons les prédications signalèrent avec plus de liberté les plaies de la société nouvelle créée par la Révolution. La mission dirigée en 1819, par l'abbé de Rauzan, supérieur des missionnaires de France, montra la puissance du sentiment catholique dans le peuple toulousain. Elle s'ouvrit le 10 janvier dans les cinq principales églises de la ville et le vendredi 14 mai, à onze heures, sortit une procession générale qui se termina par la plantation d'une croix dans le préau de l'église Saint-Exupère 2.
Le souvenir de cette mission se perpétue dans la cathédrale par la confrérie dite de la Mission ou du Chapelet fondée à cette époque et agrégée, en 1862, à la congrégation générale érigée en l'honneur de la Vierge au Collège romain.
En 1826 l'abbé Guyon vint pour la première fois à
L Arch. de la H. -G., cultes, n« 27. Lettre du préfet au ministre du 31 mai 1809.
2. Id.. règlement de la Société de la mission et du chapelet. Toulouse 1886, imprimerie catholique de Saint-Cyprien.
la cathédrale, qui entendit ses accents^ encore non affaiblis, quatorze années plus tard.
Le nouveau pouvoir de 1830, se montra d'abord plus ombrageux.
Mais si les croix dressées sur les places publiques durent être transportées dans l'intérieur des églises le 16 mars 1831, si leur rétablissement fut vainement demandé l'année suivante à l'occasion du choléra ^ , la chaire de Saint-Étienne n'en demeura pas moins une des premières du royaume par la renommée des prédicateurs qui s'y firent entendre. Les abbés Deguerry, Dufètre et Gombalot, y montèrent dans les premières années qui suivirent cette révolution nouvelle. Le père de Ravignan y prêcha l'avent de 1844.
Dix ans après le père Lacordaire donna, dans les dimanches qui suivirent l'Épiphanie, les six dernières conférences de son enseignement de la doctrine catholique poursuivi depuis vingt années, avec une puissance et un éclat de langage qui planait sur les sommets de la foi et pénétrait en même temps pour les subjuguer et les ravir jusque dans les plus secrètes intimités de l'âme. L'abbé Plantier, le père Félix, le père Gaussette, attirèrent les foules même après la renommée de cette incomparable parole, et l'orateur toulousain trouvait parfois le secret de faire passer dans son auditoire les frémissements des plus belles émotions que l'éloquence humaine puisse soulever.