E. Roschach, la Minerve de Toulouse^ 2* année, p
innombrables dans ces temps d'universelle ruine, et parvint à consoler par les secours de la religion les dernières heures de plusieurs nobles victimes. Il put aussi retirer de la cathédrale, avant les dernières profanations, les reliques du premier martyr que conservait la cathédrale et les abriter dans la maison des dames d'Agède sur la place Saint-Étienne ' . Résolu à ne jamais quitter le troupeau qui lui était confié, il était obligé de joindre à l'audace la prudence la plus extrême, car sa tête avait été mise à prix, et, de même que ses auxiliaires, il dut se revêtir constamment des habits d'emprunt qui dissimulaient son état.
Tandis que les constitutionnels rentraient dans les églises, l'abbé du Bourg crut pouvoir rouvrir aussi d'anciennes églises fermées, et il se rendit, le 19 juillet 1795, à celle des Grands-Carmes, suivi d'une immense foule, qui jura solennellement devant la croix placée sur le seuil de l'entrée principale, de demeurer fidèle à la foi catholique. Déjà le service divin avait été célébré avec éclat dans plusieurs maisons particulières. Le culte se rétablissait dans un grand nombre de paroisses par les soins et les générosités des habitants. Mais le dernier coup d'État du Directoire ranima les forces du schisme. Le 18 fructidor inaugura une période nouvelle de cruelle
L Ancienne maison Catel, place Saint Etienne, n» 6, aiijourjourd'hui hôtel du Bourg, un neveu de l'abbé du Bourg, M. Gabriel du Bourg ayant épousé M'i« Hélène d'Agède.
persécution. Un grand nombre de prêtres furent condamnés à de nouveaux exils ^.
Le clergé constitutionnel , sans charité pour ceux qu'il appelait les dissidents, sans respect pour l'autorité du pape, excitait les divisions loin de chercher k les apaiser et ne songeait qu'à arrêter ceux que les inquiétudes de leur conscience et le trouble jeté par le schisme amenaient à rentrer dans l'obéissance et l'unité. Lorsque le gouvernement consulaire demanda un nouveau serment, le concile, réuni par Sermet dans le chœur de Saint- Étienne, exigea de ceux qui le prêteraient une fidélité active et passive afin d'augmenter leurs scrupules et de les contraindre plus étroitement.
Le peuple s'éloignait cependant de ce clergé séparé de l'Église, arrogant et méprisé, diminué tous les jours d'ailleurs par ses rétractations, souvent aussi par les mariages. Les électeurs ne se rendaient plus lorsqu'ils avaient à nommer un curé ou un évêque, et, en 1798, quarante-cinq sièges épiscopaux étaient vacants. Les prêtres orthodoxes rentraient au contraire de tous côtés et desservaient les paroisses grâce à une déclaration de soumission aux lois. Les fidèles reprenaient courage, bien que leur empressement à se rendre aux sanctuaires rouverts de nouveau, excitât les alarmes du pouvoir
1. Les P?'é/res et les y^eligieux déportés^ par M, l'abbé Manseau, 2 vol , 1887. Lille, Desclée. La Semaine catholique de Toulouse a donné la liste des prêtres de Toulouse déportés extraite de cet ouvrage, 1887, p. 361 et suiv.
intolérant encore et soupçonneux, comme lorsque plus de dix mille catholiques suivirent un jour de Noël les obsèques du P. Cassé, vénéré à Toulouse, où il n'avait cessé pendant la Terreur d'apporter aux malades les secours de la religion, caché sous des vêtements de portefaix.
Comme l'avait reconnu Sermet lui-même, le concours du pape et du pouvoir civil pouvait seul donner la paix religieuse. Ce fut la gloire du premier consul de le comprendre, mais la gloire plus haute encore d'avoir maintenu la foi catholique et rétabli son culte, appartient au peuple demeuré fidèle à travers les perfidies du schisme et les cruautés des persécutions. La religion avait repris son empire et même ses pratiques dans presque toutes les provinces de France, lorsque Bonaparte lui rendit sa pleine liberté.
Au moment de la conclusion du Concordat, François de Fontanges donna généreusement sa démission d'archevêque de Toulouse pour faciliter la réorganisation des diocèses et accepta l'évêché d'Autun. Claude-François-Marie Primat, ancien évêque constitutionnel de Cambrai et de Lyon, fut nommé archevêque de Toulouse et installé solennellement à la cathédrale, le dimanche 11 juillet 1802.
Le curé Bernadet reprit la direction de la paroisse et en reçut l'investiture le 31 octobre ^ Le nouveau cha-
L A7'ch. municipales de Toulouse, Cultes, registre 2. Le vicaire général du Bourg fut nommé alors évêque de Limo-
pitre fut installé le même jour. La cure de Saint-Étienne lui fut désormais incorporée.
L'étendue de la paroisse fut amoindrie par l'érection de la paroisse Saint-Jérôme, en 1804, et plus tard encore, en 1843, par l'érection de la paroisse Saint-Aubin. Mais le nombre des habitants s'est fort accru, et tandis qu'il n'arrivait, en 1791, qu'à dix mille quinze dans les quartiers compris dans les trois paroisses, il atteint le chiftre de dix neuf mille cent trente pour la seule paroisse Saint-Étienne, d'après le dernier recensement.
Bernadet retrouvait son église dans un navrant état de ruine. Les vitraux descellés et brisés la laissaient en plein air ; les chapelles étaient dégarnies ; la plupart n'avaient que des autels de bois. La sacristie ne conservait que deux calices d'argent et deux autres de ferblanc ou d'étain , un ostensoir et des flambeaux de fer- blanc, quelques chandeliers de cuivre, une croix processionnelle de bois doré, une bannière de tafl'etas blanc, et une autre de papier bleu, quelques ornements vieux et fripés, trois cent dix chaises, et le peu de mobilier qui avait résisté était aussi pauvret
Quelques tapisseries qui n'avaient heureusement ni crépines, ni fil d'or dans leur tissu, n'avaient pas excité
ges. Voir le nom des nouveaux chanoines, abbé Cayre, Histoi?^e des a?^chevêques de Toulouse, p. 478.
1. A?^ch. municipales de Toulouse, cultes, registre 2; inventaire du 21 messidor an X, par le commissaire de police Baptiste Claverie.
de convoitises ni trouvé d'acquéreurs et elles se sont ainsi conservées.
Le charitable curé ne retrouvait pas trace davantage du patrimoine des pauvres qu'il avait réuni et augmenté avant la tourmente et qui avait été placé cependant en rentes sur l'hôtel de ville ^
Malgré ce dénuement, le peuple de Toulouse rentrait en foule dans ses sanctuaires arrachés à la profanation et manifestait des sentiments religieux si longtemps comprimés. La première procession de la Fête-Dieu, en 1803, vit surtout se déployer un mouvement de foi ardente, irrésistible comme tous les courants, qui entraîna les indifférents eux-mêmes et jusqu'aux hommes que la Révolution avait transformés en adversaires fanatiques ^. Dès l'année précédente, deux prédicateurs Daubernie et Gorbin avaient attiré à la cathédrale les foules avides d'entendre la parole évangélique ^. Puis, l'abbé Desmazures prêcha les deux carêmes de 1807 et de 1808 qui furent très suivis. Mais ce fut surtout la mission de 1809, donnée par le lazariste lyonnais Miquel qui souleva un élan magnifique et ramena vers les pratiques religieuses un grand nombre de fidèles, même des femmes du haut monde, qu'une éducation insuffisante et les troubles des temps révolutionnaires en avaient tenu éloignées. Huit