Archives municipales de Toulouse^ rc^^nstre V
truction de la nef suivant les mêmes données. Le dessin en fut exposé pendant plusieurs mois au Musée, où il excita un vif intérêt.
Mais, en même temps, le projet de Cammas séduisait encore quelques archéologues désireux de ne rien sacrifier du passé. Dumège le défendait avec chaleur, et son collègue à la Société archéologique, l'architecte Edmond Ghambert, en traça un nouveau dessin avec deux portes sur la longue façade, séparées au milieu par un clocher effilé. L'effet n'était pas heureux.
Dès son arrivée à Toulouse, le cardinal Desprez, qui devait relever tant de sanctuaires pendant son épiscopat fécond en œuvres, se montra désireux de reprendre la construction de sa cathédrale et de la terminer selon le plan de son lointain prédécesseur. Il organisa une loterie où. comme dans les élans du moyen âge chrétien, chaque fidèle apporta son obole, bien plus pour manifester son pieux amour pour la chère église des aïeux que dans la pensée d'un gain éventuel. Elle produisit une somme importante, mis bien au dessous de celle qui serait nécessaire pour mener à fin la gigantesque entreprise. Cependant, M. Gazagne exposait à Toulouse, en 1887, et au Salon de Paris l'année suivante, un plan de la cathédrale avec les nefs prolongées suivant les lignes du chœur, trois portes en façade et deux tours à flèche aiguë.
L'année dernière, une commission officielle, réunie sous la présidence de Son Eminence le cardinal Desprez, pour examiner l'emploi qui devait être fait du produit de
HISTOIRE DE TOULOUSE CHRETIENxNE.
la loterie et aussi d'un legs considérable laissé à la même œuvre par M"™® Lignières, reconnaissait que les deux sommes s'élevant ensemble à dix-huit cent mille francs environ, étaient insuffisantes pour terminer complètement l'édifice, n'admettait pas d'autre projet rationnel que la reprise et la continuation des ouvrages du chœur et s'arrêtait à la pensée de prolonger d'abord la petite nef septentrionale jusqu'à la place.
Ce programme logique de travaux satisfait à la fois, pour le moment, les désirs de tous, même ceux qui paraissent s'exclure. Il laisse debout la nef de Raymond VI que les Toulousains ne verraient pas démolir sans un serrement de cœur, provisoirement il est vrai, mais pour un délai dont sans doute plusieurs générations jouiraient encore. Il prépare l'avenir par la construction d'une des trois nefs futures, et n'oblige qu'à la démolition du clocher, l'adjonction la plus récente et la moins regrettable de l'antique édifice. La nouvelle nef qui prendrait à peu près l'espace occupée par la rue des Cloches, serait utilisée pour des salles de catéchisme, et de réunions diverses qui manquent actuellement dans le service de la cathédrale ' .
S'il nous était permis d'exprimer un sentiment personnel, en terminant ce long travail dans lequel nous nous
1. Le projet obligerait à acheter le grand hôtel qui se morfond à l'ombre du clocher, mais on en pourrait revendre une grande partie, même en laissant ouverte une nouvelle rue percée au nord de la rue actuelle des Cloches, pour la remplacer.
sommes efforcé de demeurer simplement l'humble et fidèle interprète des archives capitulaires, nous dirions que c'est ce projet seul que nous voudrions voir exécuter. Encore y faudrait-il un effort et notre vœu secret serait qu'on conservât l'église telle que nos pères des divers âges^nous l'ont laissée. Ce n'est point par une pure obstination d'archéologue qui repousse d'avance tout changement, mais on peut se demander en vérité ce que gagnerait la cathédrale k cet achèvement vainement attendu depuis six siècles. Ses proportions s'y prêtent-elles? Le chœur, voûté la première année du règne de Louis XIII, est beaucoup moins élevé que ne l'avait projeté le maître des œuvres de Bertrand de l'Isle. Il n'a que vingt-huit mètres de hauteur, tandis que selon les mesures des églises analogues, il devrait atteindre trente-huit mètres. Cette voûte, qui parait ainsi déjà plate et surbaissée sur l'étendue du chœur, accroîtrait démesurément cet effet fâcheux avec la prolongation d'une nef semblable.
On ne peut songer à construire un transept parce que l'espace est trop court jusqu'à la place, et cette série de nefs et de chapelles ininterrompues présenterait une grande monotonie ^ .
1. Le pbn de M. Gazagne admet un transept, mais II avance considérablement la façade sur la place. Peut-on penser que la ville céderait volontiers l'espace si nécessaire et que la préfecture consentirait à se laisser obstruer ainsi? Ce serait d'ailleurs rendre plus saillant le manque de hauteur et accroître hors de toute possibiUté la difïiculté financière.
La nef actuelle pourrait être remplacée par cinq travées de
Les fidèles perdraient leur vieille nef, qui n'est pas seulement le témoin vénérable des temps les plus dramatiques de l'histoire locale, mais qui s'offre aussi comme le vaisseau le plus souhaitable pour la grande assemblée paroissiale. Quand le P. Lacordaire contempla pour la première fois les flots de visages pressés autour de sa chaire, sans que l'attention ni le regard d'aucun d'eux fût détourné par l'obstacle des piliers comme à Notre-Dame ou à Reims, il déclara qu'il n'avait jamais vu un aussi magnifique auditoire. Aucune autre église, peut-être, ne permet à un aussi grand nombre d'assistants de suivre d'un même regard l'office divin et d'entendre pleinement le prédicateur.
Les amis de l'art et de son histoire, les respectueux des traditions souhaitent aussi que l'antique nef continue à braver les siècles. Ils enlèveraient volontiers la chaire encombrante et hybride pour rétablir une chaire de bois plus sobre et mieux en harmonie avec la simplicité austère des murailles. Ils verraient disparaître sans regrets les tableaux d'origine, de sujets et de dimensions disparates, et les remplaceraient par des peintures murales sobres et sévères confiées à nos com-
la porte au pilier d'Orléans. La cathédrale présenterait alors onze travées parallèles de la porte au rond-point du chœur. La cathédrale de Bourges, qui n'a pas de transept, a douze travées et un porche, avec ciiiq nefs, 116 mètres de longueur et 41 mètres de largeur, tandis que la catliédrab toulousaine a trois nefs, 93 mètres de longueur et 25 mètres de largeur, sans les chapelles.
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patriotes qui sont la gloire de l'art français contemporain. On aurait encore à rendre à plusieurs chapelles déshonorées par le badigeonnage les caractères du treizième siècle finissant, à ouvrir une entrée plus accessible sur la rue des Cloches, avec un porche monumental, moins indigne de la cathédrale que la basse fosse où l'on descend aujourd'hui. On l'entourerait de bâtiments annexes nécessaires au service, en ouvrant aussi une rue plus large sur le flanc nord de l'église. Les fonds en réserve s'utiliseraient ainsi à la satisfacfaction générale. Pourquoi les employer à entreprendre un complément qu'on n'amènera même pas au tiers de l'exécution définitive et qu'on n'achèvera probablement jamais? Depuis le quinzième siècle, au moins, nos prédécesseurs avaient renoncé à le poursuivre. Il serait peut-être sage de les imiter.
D'ailleurs, le contraste des constructions variées n'estil pas un charme de plus pour les artistes, et les familiers de l'antique cathédrale ne regretteraient-ils pas les oppositions pittoresques des lignes des divers âges? Lorsqu'aux clartés tombantes du soir, la vieille nef se colore d'ombres chaudes et dorées, tandis que le chœur s'illumine aux derniers rayons du soleil transfigurés par les vitraux, le regard charmé contemple un tableau d'une majesté superbe et l'âme s'emplit d'une émotion profonde. N'est-ce pas comme une évocation des années sombres de la guerre albigeoise, suivies par le triomphe de l'Église, la pacification et la prospérité de la province
SOUS le gouvernement paternel de saint Louis et les splendeurs artistiques de ce règne lumineux? Les alignements réguliers de piliers uniformes ne nous rendraient pas ces impressions intimes quand nous les aurions perdues, et l'éclosion factice et froide d'une église ogivale, sans souvenir et sans accent, remplacerait moins encore l'harmonie étrange, si l'on veut, mais originale et puissante que les siècles ont donnée à notre cher Saint- Étienne. Conservons les voûtes vénérables des comtes de Toulouse, qui engendrèrent dans la province une architecture indépendante et créatrice et sous lesquelles nous croyons entendre palpiter encore les âmes des ancêtres.