Joseph Roques, né à Toulouse en 1757, mort en 18i
2, Voir le chapitre Xlll, Chapelles.
l'égmse saint-étienne. 427
tauration, les bancs uniformes avec dossiers au même niveau, sauf les deux au-dessous de la tribune des chanoines, qui revêtent les parties inférieures des murs de la nef ; le banc des fabriciens, entre l'autel et la chaire, puis celui des pieuses dames qui prennent soin des linges de l'église, appelé le banc des blanchisseuses, et le banc de la Congrégation de la Mission ou du Chapelet, fondée après la mission du P. de Rauzan; vis-à-vis le banc de la fabrique, celui de la confrérie des Brassiers, rétablie de même en 1819, et dont on voit les attributs sur un cartouche doré, puis le banc de l'antique confrérie du Saint-Sacrement, et enfin les deux bancs réunis de la confrérie du Purgatoire et de celle de l'Agonie ou de Notre-Dame de Pitié.
Vers 1840, l'ancienne chaire de bois fut remplacée par l'amalgame hybride et lourd de terre cuite dessiné par le sculpteur Salomon et exécuté, avec une grande habileté d'ailleurs, par le céramiste Virebent, sur laquelle les robustes cariatides sculptées par Puget au-dessus de la porte de l'hôtel de ville de Toulon sont surprises de se voir unies au gracieux et fin encorbellement de la tourelle de l'hôtel de Felzins, à travers une ornementation surchargée que domine un groupe de saint Etienne emporté au ciel par deux anges ^
1. Il est ridicule d'accumuler, pour donner place à un seul prêtre, des entassements de constructions étagées dont les matériaux suffiraient pour bâtir une maison. Les anciennes chaires étaient de bois et portatives, et l'on doit se rapprocher
Quelques années plus tard, on plaqua sur le mur audessus de l'autel des terres cuites ornementales, d'un gothique fort équivoque.
En 1866, le jubé fut enlevé afin que les deux parties dissemblables de l'église ne fussent plus séparées.
Enfin on a, depuis une vingtaine d'années, commencé à rendre à quelques chapelles du chœur leur caractère primitif défiguré par des arasements et des badigeonnages, mais on n'a pas toujours eu le soin de rouvrir entre elles le passage ménagé par le constructeur du treizième siècle.
Il est regrettable aussi que l'on ait plaqué, en 1887, sur les piliers des collatéraux, les grands cadres d'un Chemin de croix reluisant en cuivre repoussé, qui les coupent en deux et en arrêtent l'élancement, amoindrissant ainsi pour les yeux les dimensions et surtout la hauteur de l'édifice.
le plus possible de ce type, afin do ne pas détruire par un élément accessoire les lignes générales de l'édifice.
l'achèvement de saint-étienne
Résumé des constructions successives de la cathédrale. — Projets divers d'achèvement.
Peu de monuments présentent une succession aussi dissemblable de leurs éléments de construction par la date et par le style que la cathédrale toulousaine. Aucune autre peut-être n'inquiète autant le visiteur même expérimenté qui la parcourt par les problèmes se dressant à chacun de ses pas. Le fil conducteur d'un résumé précis et rapide n'est pas inutile après la longue et sans doute confuse description de l'édifice.
Aucun vestige de l'église primitive n'a été conservé. La tradition seule autorise à penser qu'elle fut peut-être la première de la ville.
La charte de fondation de l'évêque Izarn atteste l'existence d'une église mérovingienne ou caiiovingienne richement ornée, dont seules, sans doute, les colonnes de marbre supportant les arcatures du mur intérieur de façade demeurent les témoins précieux.
Les onzième et douzième siècles utilisèrent souvent
pour leurs cloîtres et les arcatures de leurs églises les colonnes de marbre des édifices antérieurs.
Vers 1078, l'évêque Izarn reconstruit sa cathédrale dans la forme basilicale à trois nefs terminées par trois absides ou par une abside circulaire entourée de chapelles ^ . Il reste de cette église romane le mur de briques percé de fenêtres cintrées sur la rue des Cloches, les trois arcatures demeurées des sept qui ornaient le mur intérieur de façade, quelques assises de ce mur et aussi de la base des murs latéraux, enfin les chapiteaux des colonnes rassemblés aujourd'hui sous les doubleaux de la grande voûte. Les tailloirs eux-mêmes qui couronnent ces groupes de chapiteaux parfois dissemblables ne sont autres que les anciens tailloirs ou bandeaux raccordés à la hâte et souvent sans suite.
En 1211, Raymond VI construit la grande nef et sa voûte, robuste et fière encore, mais privée de son abside. Il ne se permet d'autre sculpture que les clefs de voûte et le petit chapiteau de la fenêtre géminée avec le bandeau circulaire chargé d'animaux fantastiques qui entoure la rose à redents de cette baie.
1. Comme à la basilique de Saint-Sernin, qui se construisait en même temps. La cathédrale aurait ainsi présenté à cette époque un plan très analogue à celui de l'église Saint-Paul d'Issoire. (Voir le plan de cette église dans VArchitectu7^e romane, de M. Corroyer; Paris, Quintin, 1889, p. 229.)
Les doux petites chapelles antiques mentionnées par Catel au-devant du chœur actuel indiqueraient peut-être, en effet, que c'est ce dernier plan qui fut suivi.
Son fils, Raymond VII, termine la façade et ouvre la grande rose, vers 1230.
Moins d'un demi-siècle après, en 1272, Bertrand de risle commence la construction du chœur, dont il élève les piles jusqu'au niveau supérieur du triforium, qu'il ne peut munir d'arcatures, et l'entoure de quinze chapelles qu'il laisse inachevées.
Gaillard de Pressac, dernier évêque de Toulouse (1305- 1317). termine la première chapelle de l'abside au sud, chapelle actuelle des Reliques, et fait sculpter ses armes à la clef de voûte.
Les premiers archevêques complètent les chapelles, surtout ceux qui fondent des prébendes, comme Guillaume de Laudun (1327-1345) à la chapelle de saint Dominique et Geoffroy de Vayroles (1361-1376) à la première chapelle du rond-point, du même côté.
Pierre de Saint-Martial (1392-1401), qui fonde aussi des prébendes dans la chapelle de sainte Catherine, fait poser le vitrail vers 1400.
Dominique de Florence (1411-1422) donne le vitrail de la chapelle voisine de saint Dominique.
On pose en même temps les vitraux de la chapelle actuelle de sainte Germaine, dont deux panneaux ont été replacés récemment dans les fenêtres cintrées accostant la grande rose de la nef.
Denis du Moulin (1422-1439 donne, dans les dernières années de son épiscopat, le grand vitrail de la chapelle de saint Jean l'Évangéliste, aujourd'hui de saint Joseph,
dont il reste un panneau entier du côté de l'épitre, la figure de Charles VII vis-à-vis, la partie supérieure et quelques autres fragments.
Pierre de Moulin, son frère et son successeur (1439- 1451), jette, en 1449, les fondements du grand portail qu'il termine avant sa mort, et ouvre à gauche de l'entrée, suivant les règlements liturgiques, la chapelle des fonts baptismaux.
Bernard de Rousergue (1451-1474) construit la chapelle de Notre-Dame de Pitié dans la nef, à droite en entrant, la première chapelle de la petite nef septentrionale, aujourd'hui chapelle du Purgatoire, ainsi que le porche qui la suit, servant de passage lorsqu'on entre par la rue des Cloches, dresse les arcatures du triforium, la clôture du chœur aux moulures analogues avec ses grilles dont on voit encore trois panneaux encastrés au revers de la maçonnerie du rétable. Le même prélat enrichit le chœur de stalles, d'un jubé et d'un orgue consumés par l'incendie de 1609.
Jean d'Orléans (1503-1533) élève le grand pilier qui porte son nom, la chapelle de la Vierge, la première en entrant dans la petite nef méridionale, la travée du collatéral qui l'accompagne, l'arcature du triforium correspondant à cette chapelle, la tourelle octogone d'escalier montant aux galeries au-dessus des collatéraux, surélève les contreforts en les ornant d'arêtes prismatiques de pierre sculptée, et décorant plus richement encore les parties supérieures des contreforts méridionaux
(l'arcatures flamboyantes qui encadrent son blason i. Il construit la sacristie et couronne d'une balustrade la sacristie et les chapelles. Il élève enfin le colossal et lourd clocher.
Ses successeurs clôturent la cathédrale en joignant le chœur et la vieille nef par les murailles percées de fenêtres ogivales. Les traces de la reprise entre les constructions de Jean d'Orléans et celles qui suivirent sa mort sont très apparentes au-dessus de l'autel de paroisse.
Vers le milieu du seizième siècle, on pose le vitrail de la chapelle du Sépulcre.
Après l'incendie de 1609, le cardinal de Joyeuse, le prévôt Jean Daffis, les capitouls, le Parlement, les fidèles réunissent leurs efforts pour réparer le désastre et terminer le chœur. Pierre Levesville reprend les constructions de Bertrand de l'Isle, au niveau supérieur du triforium, termine les contreforts par des assises de briques, jette les arcs-boutants, ouvre les grandes fenêtres et bande la voûte en trois mois, de juin à octobre 1611. Il couvre aussi d'une voûte la travée transversale en avant du chœur, et termine la tourelle octogone de Jean d'Orléans dans une forme circulaire qu'il couronne par un dôme au galbe de cloche.
1. Bertrand de l'Isle avait donné moins de saillie aux contreforts méridionaux hmités par la galerie du cloître. Leur face est ainsi encadrée par les butées qui les accostent, et cet ensemble se prêtait mieux au développement des sculptures ornementales.
Enlin il pose la charpente.
En 1611, Antoine Morissot, Louis Berry et Antoine Lentié sculptent les stalles et les boiseries de l'orgue, d'après les dessins de Pierre Monge, de Narbonne.
L'année suivante, les peintres- verriers Jean et Arnaud de Moles livrent les vitraux des sept fenêtres du sanctuaire.
En môme temps, François de Joyeuse élève le jubé sur la porte duquel on place, en février 1612, les armes du chapitre et du prévôt avec celles du cardinal.
En 1613, on construit la petite sacristie de l'autel de paroisse avec son élégante porte.
\^ers la même époque, on décore le sommet du clocher par Tarcade en assises de briques et pierres de taille en bossage, dans laquelle se place la cloche de l'horloge.
Vers 1625, Arthur Legoust sculpte la statue agenouillée du président de Lestang et celle de la Vierge tenant l'Enfant Jésus ({ue l'on voit dans les piliers de la porte latérale du chœur, dans la petite nef méridionale.
En 1646, un sculpteur inconnu place, au revers du rond-point du chœur, le buste d'Henri de Sponde, évêque de Pamiers, et le riche encadrement entourant son épitaphe.
En 1654, un autre sculpteur ignoré, peut-être le même, livre le groupe de la Vierge portant le Christ mort sur ses genoux, aujourd'hui à l'entrée de la chapelle de l'Agonie.
De 1660 cà 1668, l'architecte Pierre Mercier construit le rétable de l'autel du chœur, et Gervais Drouet sculpte,
en 1667, le groupe de la Lapidation de Saint -Etienne.
En 1681, le chapitre fait placer le rétable en marbre de la chapelle de Saint-Jean-l'Évangéliste, aujourd'hui de Saint-Josejjh , avec les quatre mille livres laissées par le chanoine de Calmels.
A la même époque, on décore, d'après le même modèle, la chapelle correspondante de Saint-Jean-Baptiste, aujourd'hui de Saint-François-de-Sales.
En 1692, les chanoines font dresser la tribune où ils viennent entendre les sermons.
Le chapitre commande à Marc-Arcis, en 1727, les quatre statues des évangélistes pour remplacer dans les niches du rétable les statues très médiocres de Mercier.
Quarante ans après, le chapitre fait enlever la clôture de chœur de Bernard de Rousergue et la remplace par les belles grilles forgées par Ortet, placées en 1767.
En même temps, il fait élargir les portes latérales du chœur, élève les piliers surmontés d'une urne, et fait exécuter en terre cui e les statues du chanoine de La Porte et de saint Augustin qu'il place dans les deux piliers de la porte s'ouvrant sur la petite nef septentrionale.
En 1781 , François Lucas sculpte le tombeau des Puyvert à la chapelle de Saint-Roch.
La Révolution brise les statues du portail de Pierre du Moulin, le rétable de l'autel de paroisse, les autels des chapelles, disperse les anciens ornements avec les vases sacrés, et laisse la cathédrale dans le délabrement.
436 HisroiR!-: de Toulouse chrétienne.
Depuis près d'un siècle écoulé, les archevêques de Toulouse et les curés de Saint-Étienne, secondés par les fidèles, restaurent peu à peu l'édifice \ et depuis quelques années surtout, ne perdent pas de vue un projet de reconstruction de la nef, pour l'harmoniser avec le chœur.
Bertrand de l'Isle avait évidemment conçu le plan d'élever le chœur à une hauteur de trente-huit mètres environ, et de le prolonger, sans transept, par une nef centrale accompagnée de deux petites nefs contrebutées par des contreforts. La longueur insuffisante de l'édifice jusqu'à la façade et à la place, la convenance aussi et la nécessité même de conserver le cloître opposaient un obstacle à la construction d'un transept, au moins d'un transept saillant, et le grand évêque s'était contenté de poser les amorces d'un porche latéral sur le prolongement de la dernière chapelle du chœur , au nord, chapelle actuelle de Saint-Jacques, vis-à-vis la porte s'ouvrant sur le cloître.
L'alignement des contre-forts du chœur sur le prolongement du mur méridional de la nef de Raymond VI, dont les contreforts de la nef auraient pris la place, indique nettement le projet arrêté de Bertrand de l'Isle. S'il eût été adopté, l'intervalle entre les contreforts aurait été occupé par des chapelles dans le siècle suivant, selon
i. Les détails de ces restaurations ont été donnés dans le chapitre précédent, et il est inutile de les résumer ici.
la coutume adoptée à cette époque dans les grandes églises françaises et le plan de la cathédrale de Toulouse aurait présenté la plus grande analogie avec celui de la cathédrale de Bourges ^
Les successeurs de Bertrand de l'Isle pendant le quatorzième siècle se contentent de terminer les chapelles du chœur et n'ajoutent aucune construction nouvelle à leur cathédrale.
La première modification importante apparaît au milieu du siècle suivant avec la porte de Pierre du Moulin. S'il l'ouvre hors de l'axe de la nef et de la grande rose, amenant ainsi un désaccord si choquant pour les regards fixés sur la façade, il la pose résolument dans l'axe du collatéral méridional. Il semble ainsi préparer la construction d'une seconde porte que l'on aurait ouverte plus tard dans l'axe de l'autre collatéral.
Mais cette disposition de deux portes ouvertes sur la façade d'une église à trois nefs ne se montre nulle part ailleurs et elle était opposée à l'esprit logique des constructeurs du moyen âge. La porte centrale est, en effet, la plus importante, la plus nécessaire même, non seulement pour l'accès des foules, mais pour les cérémonies imposantes et surtout les entrées solennelles qui tenaient une si haute place dans la vie des ancêtres.
Pierre du Moulin, d'ailleurs, couvrit la chapelle des
1. Voir le plan do la cathédrale de Bourges : Viollet-Leduc, Dictionnai?^e, II, p. 295.
fonts baptismaux de moulures qui s'appuient sur le contrefort de la façade ancienne, construction trop soignée pour être provisoire et l'on ne voit pas comment il aurait disposé l'espace qui serait demeuré à remplir jusqu'à la seconde porte en projet, espace d'autant plus insuffisant pour permettre l'ouverture d'une porte centrale, que cette porte est toujours plus large que les deux portes latérales.
Bien qu'il fût arrivé à une époque de décadence, l'art ogival répugnait à ces petites combinaisons, et il s'est toujours complu dans les grands partis-pris d'ensemble.
Dans tous les cas, lorsque Bernard de Rousergue eut élevé la dernière chapelle septentrionale du chœur, il voulut clore définitivement le chœur et la nef, joignant Tun et l'autre par le petit porche de la rue des Cloches, (jui s'appuie sur le premier contrefort de Raymond YI, et il abandonne ainsi toute pensée de continuer la nef selon le plan de Bertrand de l'Isle^
Jean d'Orléans ne le poursuivit pas davantage, ne songea qu'à voûter le chœur et n'eut que le temps de préparer ce grand ouvrage par l'exhaussement des contreforts. Son grand pilier n'avait sans doute d'autre fonc-
1. Rappelons que les meneaux de la fenêtre ouverte dans le mur occidental du porche sur la rue des Cloches portent tous les caractères de la fin du quinzième siècle. Elle a été certainement ouverte par Bernard de Rousergue, ou tout au moins par un de ses successeurs immédiats.
tion, dans sa pensée, que celle qui lui fut donnée, un siècle après lui, de supporter les poussées contraires des voûtes du chœur, du collatéral et de la travée entre le chœur et la nef. Il est plus épais que les piles de Bertrand de risle et n'était donc pas destiné à les continuer. On n'aperçoit aucune amorce de nervure à la hauteur où elles auraient dù apparaître si le pilier avait dû recevoir les retombées des voûtes d'une nef et d'un collatéral prolongés , moins encore celles d'une croisée centrale avec transept, qui, d'ailleurs, eut été beaucoup trop avancé dans l'église à cette place. Les successeurs de Jean d'Orléans accusèrent plus nettement ensuite l'abandon du plan grandiose du treizième siècle, en joignant le chœur et la nef dans l'étage supérieur, comme Bernard de Rousergue l'avait fait au rez-de-chaussée, par le mur de clôture percé de fenêtres ogivales dont la plupart sont aujourd'hui fermées.
Cet abandon se manifesta de nouveau lorsqu'on posa la voûte du chœur, au commencement du dix-septième siècle, par la petite voûte que Levesville jeta sur les murs de clôture de la travée transversale en avant du chœur.
Michel de Golbert (1687-1710) ne songeait pas davantage à reprendre la construction du chœur, lorsque, frappé par la disposition défectueuse de l'autel de paroisse dans un angle de la nef, il projeta de le placer sous la clef du premier arc doubleau, en l'entourant d'arcades qui auraient donné un accès facile vers le chœur et les
collatéraux, en formant une sorte d'abside dont le centre aurait rejoint à peu près le pilier d'Orléans'.
C'était, au contraire, séparer plus absolument encore les deux parties de l'édifice.
Le dix-huitième siècle, n'introduisit aucun élément nouveau de construction dans l'antique église. Mais aux approches du jour qui devait voir se terminer son existence séculaire, le chapitre, dont les revenus territoriaux étaient alors considérables, exprima le vœu, par sa délibération du 8 novembre 1771 , de reconstruire la nef pour répondre à la beauté du chœur, et le regret, lorsque Loménie de Brienne fut nommé archevêque de Sens, que l'archevêque, instigateur des grands travaux d'embellissement dans la ville, n'ait pu transformer et rendre digne de son superbe voisinage la nef de sa cathédrale.
Les dernières années de l'ancien régime n'étaient donc pas aussi indifférentes qu'on l'imagine aux splendeurs de l'art ogival.
Richard de Dillon (1758-1762), prédécesseur de Loménie de Brienne. qui de môme que tous les prélats de ce temps se complaisait dans les grandes entreprises, désirant d'ailleurs se conformer au vœu du chapitre, avait demandé à l'architecte Cammas un i)lan de reconstruction de la nef et c'est alors que fut conçue pour la première fois par l'artiste toulousain, l'idée étrange, mais
\. Communication de M. Belhomme à la Société archcologi que du Midi de la France, en 1838, avec un plan de 1688.
toujours caressée depuis, de construire une seconde nef égale et parallèle à celle de Raymond VI. ^
On conservait ainsi cette nef ancienne, gardienne de patriotiques souvenirs, on complétait l'édifice en se contentant d'une régularité fort approximative et l'on arrivait au résultat avec une dépense abordable. A cette époque, 500,000 livres auraient suffi.
Les deux nefs auraient communiqué par des arcades ouvertes sous les formerets de la nef de Raymond VI. Le clocher de Jean d'Orléans aurait été démoli ; un nouveau clocher moins épais et plus élégant se serait élevé entre la porte de Pierre du Moulin et une seconde porte semblable ouverte dans l'axe de la nef nouvelle.
Ce projet présentait des défectuosités graves. Il détruisait l'unité de la belle nef du treizième siècle; il développait un immense espace où les fidèles, sans lien de rassemblement, auraient difficilement aperçu tous le maître autel, et entendu le prédicateur en chaire. Il ne rétablissait pas l'harmonie de l'ensemble, et créait une discordance de plus, puisque la ligne de séparation des deux nefs ne se serait pas trouvée dans l'axe du chœur, et lors même que la coïncidence se serait produite, le chœur ainsi coupé k son milieu par l'arête des gros piliers carrés séparant les nefs et par le croisement de leurs voûtes, aurait présenté un aspect plus choquant que l'état actuel. L'énorme largeur de la façade, qui serait demeurée très basse, puisqu'elle n'aurait guère dépassé la hauteur de la nef ancienne, aurait été plus disgracieuse
et plus inusitée encore, et il n'est pas sûr d'ailleurs que la solidité des voûtes, si assurée qu'elle paraisse, eut résisté à l'ouverture des grandes arcades de communication.
Jamais ce plan étrange n'a été mieux jugé que par la spirituelle observation du cardinal Desprez, devant qui on en parlait un jour : « Vous voulez donc, dit-il, faire de ma cathédrale une gare de chemin de fer? »
Les termes du vœu exprimé par le chapitre, en 1771 et en 1787, paraissent établir qu'il n'avait pas adopté le projet de Cammas.
Après la tourmente révolutionnaire, les dégradations à réparer absorbèrent trop l'attention et les ressources pour que l'on pût songer à des constructions nouvelles. C'est d'ailleurs pendant les années de l'empire que l'architecture ogivale fut vraiment la plus méconnue.
En 1821 , l'architecte Virebent proposait , dans un rapport sur les monuments de Toulouse adressé au ministre', de construire une nef continuant le chœur « d'une architecture gothique mais d'une légèreté admirable », et de la terminer par une façade avec portail et deux tours analogues à celle de Notre-Dame de Paris. Il évaluait la dépense à huit cent mille francs, sur lesquels trente mille auraient été pris pour achat de maisons.
Quelques années après, le cardinal de Glermont Tonnerre demandait à l'architecte Laffon un plan de recons-