Uist. de Languedoc, VllI, p
Dès que Bertrand de l'Isle eut été élu par le chapitre, la cathédrale à demi -romane lui parut trop austère, et, comme tant d'autres évêques, il résolut de transformer le vieil édifice. Un demi siècle ne s'était pas écoulé depuis que la nef grandiose de Raymond VI avait déployé ses lignes hardies; mais les solennités du culte se célébrant avec plus d'éclat, demandaient plus d'espace, et le progrès de l'art architectural était incessant à cette féconde époque. Le clergé était devenu plus nombreux, la dévotion envers l'Eucharistie, qui avait exalté les âmes après l'hérésie de Bérenger, entendait manifester ses adorations en abritant l'hostie sainte dans un sanctuaire plus magnifique. La passion des monuments somptueux, qui avait déjà élevé les cathédrales du Nord, venait de franchir la Loire et pénétrait dans les provinces méridionales. Le prestige qu'exerça surtout la cathédrale d'Amiens fut immense. Spacieuse et remplie de lumière, elle réalisait, en effet, la perfection absolue de l'église ogivale, réunissant l'ampleur à l'élégance, la hardiesse à la solidité. Aucune autre n'avait couvert par des lignes paraissant jetées sans effort une surface aussi étendue ni atteint une pareille hauteur ^ Quatre cathédrales s'élevèrent bientôt
1. Largeur delà nef, d'axe en axe des piles, 14«"60; hauteur de la voûte, 42™50. La cathédrale d'Amiens fut commencée, contrairement à l'usage, par la nef, qui était voûtée en 1283; on jeta les fondements du chœur en 1240; en 1269, on élevait le triforium, et la voûte du chœur ne fat te rminée qu'en 1288. (Viollet-le-Duc, Dictionnaire, II, p. 325.)
sur ce modèle, avant même qu'il fût terminé, dans des contrées où les influences ogivales s'étaient jusqu'alors faiblement manifestées, à Glermont, où les travaux commencèrent en 1268, à Limoges, en 1273, à Narbonne et à Toulouse en 1272.
Bertrand de l'Isle appartenait à la famille seigneuriale des comtes de l'Isle-Jourdain et se rattachait par sa mère à la dynastie suzeraine de Toulouse. Il avait été voué avant sa naissance à l'état ecclésiastique par son père, qui donnait, par son testament, l'enfant qu'attendait sa femme Indie au chapitre de Saint-Etienne de Toulouse ou au monastère des Glarisses de Lespinasse, selon son sexe * . Il était prévôt du chapitre depuis quinze ans lorsqu'il fut élu évêque. Ordonné prêtre aussitôt , le 20 décembre, il fut sacré le lendemain, fête de saint Thomas, apôtre, et célébra sa première messe le jour de Noëri270 2. Déjà, plus de dix ans auparavant, il avait pu voir les églises de l'Ile-de-France ; il était, au printemps de 1259, à Paris, où il accorda son frère et ses cousins, sur leur demande, au sujet de la succession de Raimond Jordain, vicomte de Gimoez. L'année qui suivit son élection, il fut aussi choisi pour arbitre entre Maurin, archevêque de Narbonne et ses chanoines, en discussion sur le terrain où l'on devait bâtir la nouvelle cathédrale ^. Les
1. Testament de Bernard Jordain de l'Isle, du 30 mars 1228. Hist. de Lang. VIII, col. 751.