‹ L'Église schismatique russe, d'après les relations récentes du prétendu saint-synode, tr. de lChapitre 12 sur 129 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

Cette foi parfaitement pure, parfaitement conforme à la foi primitive de toutes les Églises , s'est maintenue dans TOrient comme dans l'Occident, jusqu'au temps des révoltes de Photius et de Michel Cérulaire. Puis l'ambition , l'orgueil y la jalousie d'une part; nos défauts sans doute aussi de l'autre , la firent quitter à vos prédécesseurs. Examinez votre sort actuel , l'iucertitude affreuse où doivent nécessairement vous plonger les principes que vous avez posés depuis , sur ce qu'il y a de plus fondamental dans vos croyances. Ëxam'nez, cherchez la règle infaillible de certitude doctrinale dont vous reconnaissez la nécessité. Puis , dites-nous si la barque de Pierre n'est pas la seule que le Sauveur garde contre les flots du doute, aussi bien que contre les attaques des autres ennemis ; en un mot si, pour rÉglise universelle, il n'est pas bien juste de dire en parlant du Pontife suprême, ce que vous appliquez parfaitement à l'Évéque dans son Église particulière : « Il est aussi nécessaire » à l'Église que le pouvoir de respirer est nécessaire à Thomme, » et que le soleil Test au monde l. »

S 6. L' église russe ne peut se défendre en disant que les points sur lesquels nous différons avec elle sont des questions secondaires.

Vous direz peut-être enfin que l'unité dans la doctrine ne consiste pas à reconnaître en toute chose une inflexible uniformité dans les dogmes secondaires , que les point fondamentaux suffisent, qu'il en est, pour tout ce qui nous divise, comme des différences licites, dans les questions de rites et de langage.

Mais d'abord, vous ne remarquez point qu'en cela vous tenez exactement le même langage que l'hérésie protestante, à laquelle cependant , vous dites anathème comme nous. Vous ne remarquez pas combien , dans un pareil système , il devient impossible de conserver aucun symbole fixe et commun pour la foi. Vous devriez trembler (car c'est là qu'on arrive avec une

« Prof, de foi ruue. Art. x.

INTRODUCTIOn. XXXVII

doctrine aussi dangereuse ) ; vous devriez trembler quand vous entendez Bossuet s'écrier, en parlant des hérétiques de son temps : « Triomphez donc , Ariens et Sociniens : on peut, sans » blesser Tessence de la piété , dire que la personne du Fils de B Dieu n'est pas éternelle , qu'il est engendré dans le temps , » qu'il n'est pas égal à son Père. Mais triomphez en particu* 0 lier, ô Sociniens , qui osez dire qu'il arrive à Dieu quelque * » chose de nouveau : M. Jurieu vous donne les mains, puis- > qu'il avoue qu'on peut croire sans blesser le fond de la piété , » non pas qu'il survient à Dieu des accidents comme à nous , et » de nouvelles pensées , ce qui autrefois faisait horreur , mais » ce qui est beaucoup pis , qu'il change dans sa substance , e€ » qu'une personne divine commence d'être -, non-seulement on » peut le croire sans aucun péril de son salut , mais on l'a cru » autrefois, et c'était la foi des martyrs *. »

Tels sont les blasphèmes où vous conduisait nécessairement la logique de tels principes.

Que si pourtant, vous n'étiez point parfaitement convaincus de l'importance des sujets de division qui existent entre vous et nous ; si vous poussiez Tillusion jusqu'à regarder ces questions comme des points libres de la croyance chrétienne , nous vous demanderons pourquoi les Pères de Conslantinople se prononçaient avec tant de sévérité sur Photius, votre auteur, et disaient : « Rassemblez-vous tous avec nous , et comme appar- » tenant tous à un seul pasteur, à un seul troupeau , célébrons » un seul Dieu par des hymnes, et proclamons hautement :

» A Photius, courtisan et usurpateur, anathème ;

» A Photius , séculier et homme de barreau, anathème;

» A Photius , néophyte et tyran , anathème ;

» A Photius, schismatique et condamné , anathème;

» A Photius , architecte de mensonges , anathème ;

» A Photius., adultère et parricide, anathème;

» Au nouveau Dioscore , anathème ;

' Bossuet, Premier avertistement aux protestants.

SKKVm INTRODUCTION.

» Ati nouveau Judas , anathème ;

M A tous ses sectateurs et ses défenseurs^ à Grégoire de Syra- » cuse , autrefois archevêque ^ et à Ëulampius, déposé et schis- » mati(iu6^ anathème ^ »

En vain vous objecteriez que ces anathèmes formidables portent sur les crimes moraux k^prochés à Tusurpateur du siège de Constantinople ; car ces crimes 9 tout horribles qu'ils soient aux yeux de l'Église, ne sont pas cependant des fautes qui déterminent Tanathème public. Il s'agissait ici précisément d'une question juridictionnelle que nous considérons oomme très-grave ^ et que , dans votre système , vous seriez forcés de nous représenter comme secondaire.

^ 6. Origine honteuse de la dwision de l'église grecque apec r Église catholique.

Et permettez-nous de vous le dire en passant , une réflexion bien grave se présente ici d'elle-même, la voici : Jusqu'au temps de Photius , jusqu'au temps de cet homme si tristement noté pour ses crimes, vos pères, comme les nôtres, étaient soumis à la suprématie de l'Église romaine; comment est-il possible d'imaginer que Dieu ait choisi un tel réformateur pour faire rentrer la papauté dans les limites de son devoir ? Autant vaudrait dire que plus tard , pour le renouvellement de son esprit dans la même Église , il devait se semr de Luther , Calvin , Henri VIII ou Gustave Vasa.

Ceci remarqué en passant, nous vous demanderons comment, si la trop fameuse lettre de Photius aux Orientaux, sous le pape saint Nicolas I***, porte sur des questions secondaires; comment , s'il s'agissait entre lui et Rome de choses peu importantes ; comment lui et ses sectateurs ont pu consentir à déchirer ; comme ils l'ont fait , le sein de leur mère, comment , dans leurs assemblées de Constantinople , ils ont pu se porter sans crime à des extrémités comme celles où ils en vinrent. Et

A CùmU Const» IV ffeiu wau Jd» ?•

IMTRODUCTIOn* XXXIX

si, dan» une pareille hypothèse leur conduite ne peut s'expliquer , ayouez-donc avec nous qu'il était question vraiment de doctrines de la plus haute importance.

Elles n'étaient que trop graves, hélas ! ces questions qui causent encore aujourd'hui votre ruine. Ecoutez l'explication de vos malheurs ; elle est toute dans cette réponse du schisme rejetant l'autorité des légats du Saint-Siège pour se soumettre à la puissance temporelle de l'empire. Photius dit : « Que le » Seigneur conserve bien des années notre saint empereur; Gré- » genre et nous prions ainsi. Nous rendons raison à notre saint » empereur, et non aux vicaires l. » Fatale déclaration qu'il rétractait en apparence quelques années plus tard , lorsqu'il appelait d'autres envoyés du même siège de Rome , « ses pères » comme' légats du pape notre père spirituel * ; » mais dont les conséquences pèsent lourdement sur vous depuis bien des siècles^

Du reste, lors de la première réconciliation, comme plus tard à Lyon et à Florence ; en un mot , chaque fois que vous kvt£ voulu sincèrement vous réunir à l'Église unique et universelle de Jésus-Christ , il ne s'agissait point de dispositions secondaires à régler , mais on prétendait rétablir des maximes doctrinales et juridictionnelles indispensa)>les pour soutenir l'édiOce de la véritable orthodoxie.

§ 7. Importance des questions en litige entre l'Église catholique et le schisme de t Orient.

Ils ne cherchaient point à réveiller la foi de TOrient sur des matières d'importance médiocre, tous ces vénérables Pontifes qui ne cessèrent d'appeler à l'union romaine tant d*âmes égarées par l'orgueil de Bizance. Ce n'était point pour des questions oiseuses ou indifférentes que ces mêmes Pontifes faisaient

* Cane. Const» iv, Gen, yiii, ÂeU 7. — Il parle ici des légats du Saint- Siège.

* Fleury, xi. un, 19.

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