‹ L'Église schismatique russe, d'après les relations récentes du prétendu saint-synode, tr. de lChapitre 15 sur 129 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

» et nous en reconnaissons la primauté » comme il est indiqué » plus haut, nous l'acceptons et nous y soumettons de plein » gré. Toutefois confessant ces choses , les approuvant , Jes » acceptant et promettant de les observer , comme il a été dit V ci-dessus y nous prions votre Grandeur (le Pape) pour que » notre Église récite le symbole, comme elle le récitait avant le » schisme et jusqu*à aujourd'hui , que nous persévérions dans » nos rites usités avant le schisme , lesquels ne sont ni contre » ladite foi , ni contre les préceptes divins, ni contre Tancien » et le nouveau Testament, ni contre la doctrine des saints » conciles généraux et des saints Pères reçus par les saints con- » cil es, qui ont été célébrés par la domination spirituelle de la » sainte Église romaine '. »

Profession de foi parfaitement conforme à la tradition constante de l'Église romaine, et confirmée alors par vos prédécesseurs, sous la foi d'un serment où ils disaient : « J'abjure en- » tièrement tout schisme, par le nom de Dieu Notre-Seigneur, » et je reconnais la vérité de foi souscrite , entièrement telle » qu'elle a été lue, et à moi fidèlement exposée, comme la vraie » sainte foi catholique : je l'accepte et je la confesse de coçur et

i « Veram, sanctam, catholicam et ortbodoxam fidem cognoscimus, et » acceplamus, et ore ac corde confitemur, quod vera tenet, et fideliter do- » cet et praedicat sancta Romana ecclesia : inviolabililer observare eamdem

> professionem, et in ea omni tempore persévéra re, née uUo unquain tem- » pore ab ipsa discedere quoquovodô, aut deviare, vel discordare pro- B miltimus; Primatum quoque ejusdem sancts Romanse ecclesiae, sicut m » prsmissa série continetur, ad ipsius sanctœ Ecdesiae obedientiam spon- » taneam venientes confitemur, et recognoscimus, acceptaraus, et sponte

> suscipimus. Coofitentes verô hsc et upprobantes, et acceptantes, et » promittentes observare, ut superiùs diclum est, rogamus Magniludinem » ifestram , ut Ecclesia nostra dicat sanctum symbolum, prout dicebat hoc » ante scbisma usque in hodiernum diem » ad quod permanearous in riti- » bus noslris, quibus utebamur ante scbisma, qui scilicet ritus non sunt » contra supradictam fidem, nec contra divina praecepta, nec contra Velus f et Novum Testamenturo, nec contra doctrinam sanctorum generalium » Conciliorum, et SS. patrum rec4*ptoruro per sancta Concilia qus cele- » brata sunt a spirituali dominatione ecclesiœ Boman«, > — Lilt, Mieh, PaL ad Greg. PP. X Apud Labb. t. zi, p. 969,

INTRODUCTION. XLIIi

» de bouche et prêtant corporellement le serment, je pro-

» mets de la conserver, et je la confirme '. »

§ 9. Bessarion et Ignace de Kiew au concile de Florence.

Sous Eugène IV de même, s'agissait-il de traiter des questions secondaires, lorsque les Évéques orientaux, et en particulier Ignace de Kiew , s'unissant au grand Bessarion * , s'écriaient par sa bouche : « Qui pourrait dire rien de vraiment » digne de la question présente? Quelle des choses traitées » jusqu'ici peut être mise en comparaison avec celles actuelles ? » Toutes les choses passées sont efTacées par les présentes, tout » cède , tout est inférieur aux choses qui se font maintenant. » Applaudissons tous, réjouissons-nous tous en esprit; que » tous chantent une hymne au Sauveur, tant pour lui rendre » grâce des bienfaits octroyés que pour qu'il accorde à nos » prières une fin digne du commencement. Mais que chacun de » nous y mette tout le possible du sien, afin d'arriver au terme, » à la sainte union des chrétiens, chose si belle et si utile. Il « faut tout essayer, il faut tout éprouver, ne rien épargner, ni » étude, ni soins , ni sueurs, ni travaux ; et il faut se rappeler » à la mémoire qu'il faut non-seulement adresser à Dieu des » supplication, mais encore lui offrir nos sacrifices. »

' Saeramentum Grœeorum. Apud Labbe, t xi , p. 971, — On y emploie à peu prèft les mêmes termes que dans la lettre de Tempereur. 2 Archevêque grec de Nicée, depuis cardinal. > c Ecquis prsseute negotio dignum quidpiam eloqui valeat? Ecquid

> ex rébus ante gestis conferri possit cum prxsentibus ? prxterila omnia

> praeseotîbus obruuntur, cadunt omnia, inferiora suDt omnia iis que jam

• fiunt Plaudamus omnes, Istemur omnes spiritu, canaol omnes Salvatori

• hymnam, tum ut obcoUata bénéficia illi gratiai agantur, lum ut nosiris

• precibus congruens principio finis concéda tur. Verùm quisque etiam ro« ^1 strum de suo conférât omnia , quaecumque pro viribus poteril , et con-

• docant ad finem, et sacram christianorum consociationem , rem adeô

> decoramet utilem.TentaDda omnia, experienda omnia, parcendum nulli»

• non studio, non diligentis, non sudoribus, non laboribus; illudque

• memoriâ repelendum, oportere non soluin preces funderc, sed nostrum

• etiam Dec mioJsteriuin offerre. » — S^rmo Bu$ar. Apud Labbe, t. xni*

XtIV INTRODUCTION.

§ 10. Décret d'union des églises.

Lorsque, dans le célèbre décret d'union des Églises, Eugène IV, au nom de l'Occident, ou, pour parler dans un sens complètement exact, au nom de tout l'univers chrétien, répondait à cette magnifique exposition de l'archevêque de Nicée par ces paroles non moins éloquentes : « Qui pourra suffii'e à ren- » dre à Dieu tout puissant des actions de grâces dignes de ses » bienfaits? Qui ne resterait pas émerveillé des richesses de cette » grande miséricorde divine ? Quelle poitrine de fer n'adou- » cirait pas la grandeur de la bonté d'en haut ? Ce sont là des )' ouvrages divins, non des œuvres de la faiblesse humaine; » c'est pourquoi il faut les recevoir avec une vénération pai'- » faite et lesaccompagner de louanges. Louange à vous ! gloire u à vous! à vous, actions de grâces, ô Jésus! source de M miséricordes, qui avez tant accordé de bien à votre épouse » l'Eglise catholique, et qui, dans notre âge, avez produit des » miracles de votre amour, afin que tous racontent vos merveil- » les. Car Dieu nous a octroyé un grand , un divin bienfait : u nous avons vu de nos yeux ce que beaucoup ont ardemment » désiré et n'ont pas pu voir ^. »

Ainsi nous voyons Photius, et après lui Michel Cérulaire , suivis d'une portion immense de l'Église catholique en Qrient, abandonner le bercail de Jésus-Christ pour s'égarer dans un désert où vous languissez encore aujourd'hui. Nous les voyons

^ ff Quis igitar dignas omnipotentes Dei beneficiis g^atias referre suffi- » ciat Quis tante divins miseralionis divitias non obstupescat ? Cujus vet » ferreum pectus tanta superns pietatis magiiitudo non molliat ? Sunt ista « prorsùs divina opéra, non humans fragilitatis inventa, atque ideô exi- » mia euro veneratione suscipienda, et divinis laudibns prosequenda. Tibi » laus tibi gloria, tibi gralianim actio, Cbriste, fons misericordianim, qui » tantùm boni spons« tus catholics Ecclesis contulisti, atque in genera- «'tione'noslrA tus pietatis mîracula demonstràsti , ut enarrent omnes mi- » rabilia tua. Magnum siquidem divinumque munus nobis Deus largitus » est : oculis \idemus, quod aote nos mulU, cùm valdè capierint, aspicere > uequiverunt, • — IMeref dtmnion. Apad Labbe, t. xui, p. 1165.

INTRODUCTION. XLT

répondre aux justes nnathèmes de Rome par de coupables anathèmeSy et donner ainsi au monde et aux siècles le triste spectacle du schisme le plus funeste que Torgueil ait pu enfanter. Et vous pourriez vous abuser au point de croire qu*il s'agit en tout ceci de questions dogmatiques peu importantes? Oh! \\ue cette illusion nous affligerait en vous ! que cet aveuglement nous remplirait pour vous de compassion et de douleur !

§11. La connaissance de Vétat où se trouvent les églises orient taies séparées est la plus redoutable des conditions.

Et pourtant cette illusion est encore le moindre des maux que vous puissiez rencontrer. Car, si vous vous séparez sciemment et volontairement du centre de la vérité catholique, de TÉglise romaine en qui vos pères ont vu comme nous le roc de la foi, dans quel état vous trouvez-vous, grand Dieu! Qui jamais pourra donner à nos yeux assez de larmes pour pleurer sur vous et sur les âmes que vous égarez à votre suite !

Malheureux Évêques, que je vous plains ! Comment ne tremblez-vous pas sur votre avenir en vous voyant ainsi , loin de l'Église, en lutte obstinée contre le Seigneur et contre son Christ?

UMITÉ DAMS LA HIÉRARCHIE.

Nous venons de le voir, pour qu'il y ait unité dans la doctrine, il faut inévitablement une autorité centrale supérieure, un chef, un docteur suprême sans lequel l'Église ne puisse parler infailliblement et avec lequel il lui soit impossible de se tromper. Or ce docteur, ce chef, nous le sentons, il ne peut être que le successeur légitime du pasteur des brebis, de Tévêque institué pour confirmer les évêques. Ce docteur, c'est Tévêque de Rome; et par une conséquence forcée, le même évêtjue, comme préposé à la conduite supérieure de tout le troupeau, sera encore nécessairement le centre et le point culminant de la hiérarchie.

HJLNl INTROBUCTIOIf.

§ 1. La grandeur réelle de Vépiscopat n*ernpéche point de re^ connaître la nécessité de la suprématie du Pontife roinain.

Sans doute nous vous louons, et nous vous approuvons lorsque, relevant Tépiscopat à sa juste hauteur, vous dites que « sans lui il n'y aurait pas d'Église et pas même l'idée de chré- » tiens ^ ; que tous les prêtres pris ensemble ne sauraient point » paître l'Église de Dieu sans évêques ^. » Nous vous louons et nous vous approuvons également , lorsque vous entourez les antiques patriarcats de l'Orient d'une vénération particulière, d'un r^espect supérieur à celui dû aux autres sièges. Mais quand vous allez au delà, nous ne pouvons vous suivre; nous vous blâmons au contraire ; et l'Église vous frappe d'anathèmes légitimes, si vous dites que Pierre est dans Rome ce qu'est Jacques à Jérusalem et Mure dans Alexandrie. Nous vous blâmons également et l'Église vous condamne à bon droit, si vous dites de plus que Pierre n'est pas le premier évéque de Rome^.

§ 2. Ir^ souverain Pontife est à la fois chef Suprême de V Église et évéque de Rome^ depuis et y compris saint Pierre.

Car, au concile de Florence, vos pères ont proclamé comme nous un seul siège, ayant la primauté universelle au même temps que le patriarcat d'Occident, celui de Rome ; puis quatre patriarches orientaux : Constantin ople , la nouvelle Rome ; Alexandrie, fîlle aînée de Pierre par Marc, son fidèle disciple; Antioche, premier siège de Pierre, et Jérusalem, que gouverna le frère du Sauveur.

' Prof, de foi russe^ art x, — ^ ibi^.

' c Renoyantes iasuper ordinem traditum in canonibus, caBterorum ve- » nerabilium patriarcharum, al patriarcha ConstantiDopolitanus seeundas » sit post saDctissimum Romanuoi ponlificem, tertius verd Alexandrious, » quartus autem AnliocheDus, etquinlus Hierosolymitanus , salvis videli- » cet privileglis omnibus et juribus eorum. n — Décret d'union, Apud Labbe, t. xiu, p. 1167»

IimtODUGTIOIf. XLTll

§ 3. Tradition de l'église orientale, — Forme des temples.

Telle est cette grande unité que toute Tantiquité proclame ayec nous dans l'Orient comme dans l'Occident ; cette grande unité dont la forme symbolique de vos temples vous donne encore aujourd'hui l'image ï. Pourquoi donc, hélas ! l'éloquent langage de vos traditions vous est -il maintenant inconnu? Pourquoi du moins n*a-t-il plus d'efBcacité sur vos cœurs?

Permettez à notre douleur de vous en rappeler ici quelque chose. Dieu veuille que ces paroles arrivent à vos âmes, assez lumineuses et assez puissantes pour vous éclairer et vous convaincre. Afin d'y parvenir plus sûrement, nous omettrons tout ce qui nous vient des Pères latins ; le témoignage des Orientaux est plus que suffisant pour démontrer la suprématie de Pierre et de ses successeurs sur toute l'Église de Jésus-Christ.

§ 4. Titres spéciaux donnés à saint Pierre par l'église d'Orient.

Pierre, par qui Jésus-Christ a donné aux évéques les clefe des biens célestes ^ ; Pien*e, le coryphée de l'illustre troupe des Apôtres, leur bouche, le chef de cette sublime famille, le président de toute la terre, le fondement de l'Église et Tardent ami de Jésus- Christ ^ ; Pierre, premier-né de Jésus-Christ par le

' La forme typique des églises russes est un édifice à quatre dômes égaux avec un dôme central plus élevé au milieu. C'est une forme tout orientale; cependant nous en retrouvons quelques exemples en Occident ; par exemple, à St-Marc de Venise. Il en existe un aussi à la cathédrale de Périgueax en France. Malheureusement on a eu autrefois Tidée de recouvrir le tout par un comble général que monseigneur Tévèque actuel n'a pas encore pu obtenir de faire enlever malgré les instiinces de son bon goût et de son intelligence historique. Cette forme , du reste, est certainement symbolique dans TOrient II nous semble qu'on peut naturellement y voir une image du grand patriarcat universel d'Occident entouré des quatre patriarcats inférieurs orientaux.

> Per Petrum episcopis dédit Christus claves bonorum cœlestiura. S, Greg. Nyi9, Op. In-fbl., Parjs, t. m, p. 814.

* S. Chr^ost, Bêm, in II 7<m. m, i. Op. t. vi, p. 263. Edit. Bern. de Mon faucon* In-foL Paris, 1724*

XLYIII INTRODUCTION .

moyen du Père, comme Jésus-( Christ est le premier-né du Père ;1 Pierre, la colonne de TÉglise, la base de la foi, le fondement de la connaissance de Jésus-Christ, le pécheur du monde entier 2 i Pierre, le rocher qui ne peut pas être détruit, le prince de TÉglise, le port qui ne peut pas être pris, et la tour qui ne peut être renversée ^; Pierre, le premier et le plus grand des Apôtres, le plus sublime héraut de rÉglise ^; Pierre, en qui la construction de TÉglise est achevée; lui qui a reçu les clefs, qui délie et lie dans le ciel; lui en qui la doctrine de l'Église est fondée et complétée de toute manière; car en lui sont fondées et déposées toutes les questions sur la foi, si profondes et si sublimes qu'elles puissent être 5; Pierre, comme vous le chantez vous-mêmes dans vos temples , Pierre, le primat apostolique, la pierre inamovible de la foi en récompense de sa confession, l'éternel fondement de rÉglise, le pasteur du troupeau parlant, élu entre tous les Apc>tres pour être après Jésus- Christ le premier fondement de la sainte Église; lui qui doit se réjouir, parce que, prince des Apôtres, il a tout quitté pour suivre le Maître en lui disant : Je mourrai avec toi ; avec toi je vivrai d'une vie heureuse ; lui enfin qui a été le premier évêque de Rome <>, l'honneur et la gloire de la très-grande ville, et sur qui l'Église s'est affermie 7. Eh bien ce même Pierre, l'Orient comme TOccident, l'univers en-

■ S. Ghrys. Hom. lviii in Maiih, Op,, t. vu. p. 586.

* S. Chrys. Hom, xviii, m Matth, xxiv. Op. t. m, p. 4. 8 S. Chrys. Honu in S, Pet, et JtaL Op. t. n, p. 73.

* S. Cyrilli. Hieros, Caltech, n, 19, p. 51 ; xi, 3, p. 150; xvii, 27, p. 277. Edit. Bened. Maur. In-fol. Venise,» 1763.

*^ S. Epiph. Hares, li, 17; lix, 7. Op, t. i, pp. 440 et 500. Anchorat, fideif n. 9, Op, i. ii, p. 14.

< Nous lisons dans la profession de foi que l'Église russe a empruntée à celle de Constantinople : « A Rome , Clément a été premier évéqae. » Art. X. Ceci montre combien il y a de fixité duns les doctrines de ceUe Église qui a fait tant de mal à la Russie,

7 Office russe du jeudi dans Toctave <}e la fête des SS. Apôtres Pierre et Paul. Vie des saints pour chaque mois. Moscou. la-fol. 1818. Cités par M. de Maistre. Du Pape^ 1. 1, p. 91, 92.

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