INTRODUCTION. LV
que Rome, la Russie aussi bien que les Gaules, admettaient la primauté de juridiction dans Pierre et dans ses successeurs, les pontifes romains. Elles admettaient, par conséquent, ce qui fait aujourd'hui, ce qui a fait de tout temps le véritable motif de la séparation opérée par Michel Cérulaire et Photius. Comment cette doctrine , unique sauvegarde de l'unité de l'Eglise, a-t-elle été abandonnée? La juste histoire le dit à haute voix. Quant à vous, évéques de Russie, on peut toujours vous dire ce que Bossuet adressait avec tant d'énergie aux protestants de son époque : Voyez le tronc vénérable d'où vous êtes sortis ; il porte encore la trace sanglante de la blessure que vous y avei faite lorsqu'on vous en a violemment arrachés.
Du reste, nous le disons avec douleur, si nous comparons les sentiments exprimés par les livres sacrés que vous avez encore aujourd'hui entre les mains, avec l'éloignement que vous témoignez pour ces doctrines de vos pères, nous y reconnaissons la fatale influence de la malheureuse Bizance , votre séductrice et votre maîtresse en fait d'erreur.
§ 8. Influence funeste et contradictions de Constantinople^
Est- il rien de plus triste que ces inconséquences, ces contradictions si bien exprimées par un écrivain que la Russie ne peut assurément pas soupçonner de dispositions fâcheuses à son égard. M. de Maistre vous fait cependant bien vivement sentir votre position à vous-mêmes, lorsque, parlant plus particulièrement de Gonstantinople, il dit: « Le schisme des Grecs » n'ayant point été une affaire de doctrine, mais de pur orgueil, » ils ne cessèrent de rendre-hommage à la suprématie du sou- » verain pontife, c'est-à-dii'e de se condamner eux-mêmes jus- » qu'au moment où ils se séparèrent de lui, de manière que » l'église dissidente mourant à l'unité , Ta confessée néanmoins » par ses derniers soupirs.
» Ainsi, l'on vit Photius s'adresser au pape Nicolas I^r, en » 859, pour faire confirmer son élection ; l'empereur Michel
LTI INTRODUCTION.
» demander à ce même pape des légats pour réformer l'église » de Constantinople, et Photîus lui-même tâcher encore, après » la mort d'Ignace, de séduire Jean Vlll pour en obtenir cette » confirmation qui lui manquait.
» Ainsi^ le clergé de Constantinople en corps recourait au )» pape Etienne, en 886, reconnaissait solennellement sa supré- » matie, et lui demandait conjointement avec l'empereur Léon » une dispense pour le patriarche Etienne, frère de cet empe- » reur, ordonné par un schismatique.
» Ainsi, l'empereur romain, qui avait créé^son fils Théophi- » lacté patriarche à l'âge de seize ans, recourut en 993 au » pape Jean XII pour en obtenir les dispenses nécessaires, et M lui demander en même temps que le pallium fût accordé par » lui au patriarche ou plutôt à l'église de Constantinople, une » fois pour toutes , sans qu'à l'avenir chaque patriarche fût » obligé de le demander à son tour.
» Ainsi, l'empereur Basile, en l'an 1019, envoyait encore » des ambassadeurs au pape Jean XX, afin d'obtenir, en faveur » du patriarche de Constantinople, le titre de patriarche œcu- » ménique à l'égard de l'Orient, comme le pape en jouissait sur » toute la terre,
» Etrange contradiction de l'esprit humain! Les Grecs recon- » naissaient la souveraineté du pontife romain, en lui deroan-- » dant des grâces ; puis ils se séparaient d'elle, parce qu'elle » leur résistait; c'était la reconnaître encore, et se confesser » expressément rebelles en se déclarant indépendants >. »
S 9. V unité de sacerdoce^ de doctrine et de hiérarchie également nécessaire à V Église de Jésus- Christ.
Ainsi nous venons de le voir, non-seulement Punilé de sacerdoce, mais l'unité de doctrine et l'unité de hiérarchie sont absolument nécessaires à l'Eglise de Jésus-Christ, Cette triple unité fut, dans le principe, le partage commun de toutes les
* Du Pape, 1. 1, p. iOO.