LXII INTRODUCTION
nature. Elle apprendra ainsi que, pour être malheureux, on n'en est pas insensible aux affections destinées à enabellir des existences plus heureuses. En conséquence, ces afTections, quand elles sont légitimes, elle saura les ménager à la misère, loin de les lui refuser. Lorsque des passions coupables ou simplement dangereuses menacent de perdre ces âmes aussi précieuses à ses yeux que celles des rois de la terre, elle trouvera, dans les trésors de la Providence , de quoi empêcher le mal prévu, de quoi réparer le mal accompli. Dans tous les cas, ce n*est pas elle qui mettra en balance le salut de ces âmes avec un peu d'or à répandre ou à conserver. Ce n'est pas elle qui , infidèle à cette recommandation de l'Apôtre : « Meliùs est nu- *) bere quàm uri ' , « refusera au pauvre le préservatif contre le crime, sous prétexte que le mariage ouvre la voie à des misères toujours croissantes. Ce n'est pas elle qui supputera, par de hideux calculs, la proportion dans laquelle la misère a droit à la paternité *. Ces calculs d'une prudence de mort lui font horreur; et, pour sauver des âmes ^ elle saura qu'elle peut puiser à l'infini dans les trésors de la Providence , mis entre ses mains.
§ 1 . Doctrines honteuses de quelques économistes sur la pater^ nité des pauvres.
Ce n'est pas la charité non plus qui voudra imiter la phi-
' ICor, vu, 9.
^ On ne connaît que trop les horribles doctrines de certains économistes snr les incon?énients du mariage des pauvres. Le nom de Mallhus suffît pour faire comprendre la portée des calculs de la philanthropie sur cette matière. D*ailleurs nVt-on pas vu le prussien Weinhold, entre autres, aller jusqu^à proposer Tadoption de moyens physiques pour empêcher la génération parmi les classes malheureuses.
Le célèbre Rosmini, celte gloire de ritalie de nos jours, en signale quelque chose dans son livre de la Philosophie de la politique. — Optre édite e inédite delV AbbatejintoniO'Rosmni, Serbati rovexeiano. Fitosofia detla Politica» In-8. Milan, Pogliani, 1837, t. xx, p. 25.
INTnODUCTION. LXIII
lanlhropie dans la dureté de ses calculs sur ce que peut produire, en retour des soulagements accordés, le peu de forces laissé au pauvre par la misère; sans doute la charité, comme la phi* lanthropie, préfère donner le travail au lieudeTaumône; mais en ceci encore, elle agit en mère compatissante; non en maître qui commande , en avare qui veut faire fructifier ses avances jusqu'à la dernière obole.
Ce que nous allons exposer parlera, du reste, beaucoup plus éloquemment, sur ce point, que nous ne saurions le faire.
Aussi verra-t-on, lorsque nous aurons rapidement indiqué, en particulier , ce que Rome opère d'œuvres de charité dans l'enceinte de ses propres murailles; on verra, dis-je, que, si Textréme misère, sans être une excuse pour le crime, en devient cependant Texplication trop fréquente, Rome, moins que toute autre cité, donne cette tentation au malheur. Il y a sans doute des pauvres à Rome ; il y en a, si Ton veut, et il doit y en avoir beaucoup. Car, même parmi Jes nations qui s'élèvent le plus contre elle , sachante s'est fait connaître d'une manière si éclatante, que, chaque année , de nombreux étrangers viennent s'adresser à elle et lui demander du secours. Chaque hiver ^ lorsque Topulence oisive, lorsque la science, les arts ou la foi viennent se réchauffer à son foyer de gloire et de souvenirs , une quantité de malheureux descendant de leurs montagnes , viennent grossir le nombre des infirmités humaines étalées ici sur les places publiques. Mais de misère extrême , malgré ce surcroît de besoins, Rome en connaît moins que toute autre ville. Demandez-lui comment elle sait découvrir la pauvreté honteuse , comment elle sait y porter remède. Demandez aux mendiants des rues, si la charité romaine sait ou non leur procurer le pain de chaque jour. Et le soir, lorsque le froid et la pluie glaceraient leurs membres; lorsque le vice et la corruption que d'autres portent dans son sein viendraient peut-être leur offrir un perfide asile, allez dans les hospices de S. Galla^ pour les hommes, de S. Lufgi pour les femmes, et vous verrez si