‹ L'Église schismatique russe, d'après les relations récentes du prétendu saint-synode, tr. de lChapitre 25 sur 129 · LX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LX INTRODUCTION

pour elle de considérer Thomme qu'elle soulage comme une image vivante de Dieu, appartenant à Dieu et tendant à Dieu, devant être secouru, par conséquent, dans la pensée de Dieu , en vue de se porter plus ardemment et plus facilement vers ce terme suprême. A la voir agir, il est évident que dans l'homme, ce qui est vraiment l'image de Dieu, l'âme, en un mot, devient î)our elle infiniment peu de chose. Elle semble ne pas comprendre que cette âme, la portion supérieure de notre être, est une noble maîtresse à laquelle le corps doit toujours être subordonné. Dans les soulagements que nous apportons aux souffrances des autres, aussi bien que dans les jouissances personnelles que nous nous procurons , elle ne semble pas comprendre qu'on ne doit pas soigner le corps pour le corps , mais le coi*ps pour l'âme.

La charité chrétienne, divinement éclairée d'en haut, a vu, au contraire, toutes ces choses, elle les a constamment mises en pratique.

Pour elle tout homme est un frère, puisque tout homme est enfant de Dieu. Tout chrétien est une grande chose, puisqu'il est membre de Jésus-Christ, temple du Dieu vivant , par ^a grâce de son baptême et par sa foi : « Le Christ habite en vous » par la foi l, » dit saint Paul,

Membres de Jésus-Christ, nous sommes donc tous les membres les uns des autres. Et en effet, le même Apôtre qui nous a dit : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres de « Jésus-Christ ^? » ajoute ailleurs : « Nous sommes les mem- » bres les uns des autres ^. ^

Ainsi, que l'un de nos frères souffre, chacun de nous souffre en lui, comme le dit encore l'Apôtre : « Qui est faible sans « que je m'affaiblisse avec lui ^ ? » Ce n'est pas assez que

' Christum babitare per fidem in cordibus vestris. Eph, m, 17. 2 Nescilis quoniam corpora veslra membra Bunt Ghrisli ? I Corinlfu VI, 15.

5 Sumus... aller allerius membra. Rom, xn, 5. ^ Quis iiifiiinalur, cl ego non infirmor? II Cor, xi, 29.

INTRODUCTION. L\l

nous secourions notre frère dans sa détresse, c'est Nolre-Sei^ gneur lui-même que nous secourons : « En vérité, je vous le » dis, toutes les fois que vous avez fait ces choses au plus petit » d'entre mes frères, c'est à moi que vous les avez faites *. » Ce sont les propres paroles du Sauveur.

Là se trouve le secret des grandeurs que nous découvrons dans la charité chrétienne. La philanthropie ne soupçonne même pas qu'on puisse s'élever à une hauteur si sublime.

Ne nous étonnons plus si, dans les secours qu'elle porte au malheur, la charité voyant un membre de Jésus-Christ dans le dernier des hommes, sait respecter en lui les dons de l'intelligence et les sentiments du cœur, tout flétris qu'ils puissent être par le malheur ; car l'intelligence et l'amour, c'est toute Tâme, c'est le trésor racheté au prix du sang de Jésus-Christ.

Fille de Dieu qui l'a enfantée dans les merveilleuses opérations de son amour pour les hommes, la charité chrétienne doit donc avoir l'intelligence de tous les secrets contenus dans cette double faculté du cœur de l'homme : aimer et comprendre. Elle doit savoir que, dans les âmes les plus abattues par la honte ou la misère, il reste cependant toujours un principe de grandeur, un sentiment de dignité qu'on ne peut blesser, sans changer le bienfait en une sorte d'outrage. Elle cherchera donc toujours à la ménager , et elle y parviendra sans beaucoup de peine ; car l'amour et la foi donnent à son langage une délicatesse inimitable à tout autre. C'est quelque chose de supérieur à la tendresse de la maternité; parce que c'est une émission du langage ineffable qui se parle dans le cœur de Dieu.

Ce même langage, compris parfaitement par elle seule , lui expliquera comment, dans le cœur du pauvre, bien plus encore que dans son esprit , elle a des ménagements à garder pour ne pas froisser douloureusement les plus intimes sentiments de la

* ...Âmen dico vobis : quamdiu fecistis uni ex his fratribus meis minimis, mihi fecislis. Matih» uv, 40*

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