CXXII INTRODUCTION
» moi et pour vous. Ne plaignez pas le jour de ma mort, il sera » le plus heureux de ma vie ^ »
Et lorsque ce jour fortuné arriva , on pouvait bien lui appliquer ces paroles des élèves du collège indigène, encourageant par de touchantes poésies, le compagnon du confesseur à souffrir courageusement comme lui pour la foi : a La force du Tout- , » Puissant s'est aussi fanée comme une fleur au jardin des » Olives : souviens-toi que «e faner ainsi, c'est fleurir. L'Agneau » sacré s* est aussi livré aux loups du Calvaire : souviens-toi » que mourir avec lui, c'est vivre *. »
François -Isidore Gctgelin. — Joseph Marchand, — François Jaccard, prêtres des missions étrangères, — Le P, Odorico^ franciscain»
« Je crois pouvoir vous annoncer sans détour, bienheureux >^ confrère, que vous êtes condamné à mort ^. » Ainsi parlait » un autre martyr, Jaccard, à son confrère Gagelin, détenu dans les prisons de Cochinchine. Et celui-ci répondait avec une joie calme, telle certainement que la passion ne la donne jamais : « La nouvelle que vous m'annoncez que je suis irré- » vocablement condamné à mort, me pénètre de joie jusqu'au » fond du cœur. Non, je ne crains pas de l'assurer, jamais » nouvelle ne me fît tant de plaisir; les mandarins n'en éprou- » veront jamais de pareille : Lœtatus siun inhisquœ dicta sitnt » mihi : In domum Do mini ibimus ^. »
Il mourut étranglé le 17 octobre 1833.
Deux ans plus tard mourait, au milieu des plus affreux
' Ann, de la Prop, de la Foi , l. xi , p. 241. — Un martyr, ou le tecret du cathol, en Chine, etc., par M. Tabbé Auber , etc. — in-18. Paris, Périsse, 1839.
2 Ann, de la Prop, de la Foi, t. xi, p. 267.
3 Lettre du 11 octobre 4833.— Vie de l'abbé Gagelin, etc., parFr. Pérennès. — In-42. Besançon , Outhenin, Clialandre, 4 836, p. 216.
^ Je me suis réjoui dans les choses qui m'ont été dites : Nous irons dans lu maison du Seigneur. — Ps, cxxi. Loc, cit,, p. 221.
INTRODUCTION . CXXIll
supplices , Joseph Marchand , niariyrisé en Cocliinchine le 80 novembre 1835.
Une horrible torture lui avait été infligée à diverses reprises dans les premiers interrogatoires. On la renouvela trois fois de suite le jour de son dernier supplice. Voici en quoi elle consistait. On faisait rougir au feu cinq grosses tenailles en fer, an moyen desquelles autant de bourreaux lui serraient les jambes et les cuisses jusqu*à Tos en différents endroits et en même temps ^ . On l'attacha ensuite à une potence en forme de croix, et on l'y déchiqueta tout vivant. Il expira au moment où, après avoir enlevé toutes les chairs de la partie supéneure du corps, les bourreaux lui coupaient le gras des jambes. L'exécution n'en continua pas moins ensuite. Le corps fut partagé en quatre morceaux; on lui trancha la tète, qu'on promena dans toutes les provinces, après quoi elle fut broyée et jetée à la mer, comme le corps l'avait été après l'exécution 2.
Le martyre de François Jaccard eut lieu seulement le 21 sej tembre 1838, plusieurs années après sa première condamnation à mort. Dans les tourments et les épreuves qu'il eut à subir auparavant. Dieu le sépara pour un instant de son compagnon de misères, le P. Odorico, franciscain, mort dans les prisons.
Mais si le supplice de François Jaccard fut glorieux devant l'Eglise du Seigneur, que doit-on penser de Théroïsme de sa mère, assez généreuse pour s'écrier à l'annonce du supplice de son fils : « O quelle bienheureuse nouvelle ! quel bonheur pour » notre famille d'avoir un martyr 3 ! »
' Une particularité remarquable se présente dans le dernier inlerrogatoire du martyr. On y voit Timpression fuite sur les Genliis par la force donnée aux chrétiens dans la sainte communion : • Quel pain enchanteur > donne-t-on à ceux qui se sont conressés, de sorte qu'ils tiennent si fort à la » rdigion? b Jnn, de la Prop. de la Foi , t. xi , p. 579. — Qu'on explique sérieusement si Ton peut un pareil efTet, autrement que par le dogme de la présence réelle.
* Lettres à monseigneur de Langres, p. 408 etsuiv.
' Vie de M. François Jaccard, etc., par M. le chanoine Sallavuard. -- 1d12. Annecy, Burdcl, 18/i3 , p. 129 cl 180.