‹ L'Église schismatique russe, d'après les relations récentes du prétendu saint-synode, tr. de lChapitre 74 sur 129 · INTRODUCTION. CXXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. CXXXIII

digne représentant du clergé cochinchînois dans ce grand et désirable triomphe du martyre.

FrançoiS'Xavter Cân, catéchiste.

Parmi les catéchistes martyrisés au Tong-King occidental , nous nommerons avec une admiration respectueuse François- Cân y le compagnon de martyre du vénérable Corpay. Cân, cette âme ardente , cette imagination poétique qui répondait aux lettres de consolation d*un missionnaire : << Les gens » du monde ressemblent à Taraignée, qui s*arrache les en- 9 trailles pour former un filet, avec lequel elle prend pénible- » ment un vil moucheron. Moi, je veux imiter le ver à soie » qui s*arrache aussi les' en trailles, mais c'est afin de se faire » un beau cocon, où il s'enveloppe pour mourir, et avec lequel » il paie les peines de ceux qui l'ont nourri \ »

A la mort de ce généreux combattant, les païens annamites voyant l'empressement des fidèles à recueillir son sang , répétaient comme autrefois la gentilité de Rome et de la Grèce :

■ Annales de la Propagation de la Foi, t. xi. p. 274* — On lit dans le même volume, p. 266, cette touchante poésie adressée par Cân à ses anciens confrères de la maison de Dieu (collège indigène au Tong-Kiug). Il était alors en prison et avait déjà courageusement souffert.

c Qa*il est différent mon destin d*aujourd'hui, de mon destin d^autre- » fois 1 et quelle abondance de larmes cette pensée fait couler de mes

• yeux I

» Le jour, mon cœur est dans rabattement, parce que je vois s^ouvrir

• devant moi une mer immense de misères ; et la nuit, ma douleur redou-

• i)le, quand je n^aperçms au ciel que des étoiles pâles et clair-semées.

B Les afflictions se succèdent dans mon âme, comme les eaux d^un

• fleuve intarissable. Je vois devant moi passer les saisons comme la nat vette du tisserand ; mais je ne vois point s*achever te tissu de mes maux*

» Je snis comme une fleur fanée que les mauvaises herbes étouffent ; I je suis comme un agneau égaré que les loups se disputent.

» Quand reverra-t-il ses compagnons, le ramier pris par d'avides chas- I seurs ? Quand renlrera-t-il au port, le navire qu'ont assailli les pirates ?

• Le cercle de mes malheurs s'élargit comme TOcéan. La masse de mes 1 chagrins s*élève comme une tour à laquelle beaucoup travaillent.

9 Je roule en mon esprit mes réflexions solitaires, et je me demande 1 en comptant sur mes doigts : combien d'années encore ? je pousse des

<c Voyez doue les chr^tieiiSy camme ik s'estÎHoeBt, et oamiBeife » s'aiment '. »

Jean-Baptiste Thanh. — Pierre Hiéou, — Pierre Tu, — Paul Mt — Pierre Duong. — Pierre Truatj catéchistes au Tang- King occidental.

Puis Jean-Baptîste Thanh -et Pierre Hiêou, décapités en même temps que le prêtre annannite Khoan; et Pierre Tu, arrête avec lliéroïque Borie; Paul Mî, Pierre Duong et Pierre ïruat non moins généreux.

> cris perçants vers le ciel : ô lune, reine des nuits, j)*en es-tu point 9 touchée P 9

 qu«i MB anciens annis lui répondaient :

B Oh ! que ton destia d*aujourd*hui vaut nieuK que celui â*4MAlMiib ! » Sèche tes larmes, ii.te sied mieux d*èlre dans ralléjrresse !

» Le jour arme-toi de courage, et rame avec force centre les flots iriitéSt » La nuit ne •détache pas tes regards du ciel, oà 4a divine étoile, espaifées » maldol.s, ne se couche jamais.

9 Les afflictions passent comme l*eau des torrents ; mais la vertu reste a immobile comme le rocher des nonlagnes. Après les aaiiOQs d^aatonme • et d'hiver Jes fleurs s^époDouisseot au prialemps, et ia douleur ièra|ilaoe » à la joie.

9 La force du Tout-Puissant s^est aussi fanée ccMnme une fl<>i]r au JwAo a des Olives : souviens-toi que se faner ainsi, c^est fleurir. Ci*<A|^aea« sacré a s'est aussi Uvfé aux loups 4u Calvaire : sourâeiiB-tM quenounr avaelnii f c'est vivre.

jft Tu ne seras pas le ramier que les chasseun avides -«nt pri&, ams le » phénix qui renaîtra plus beau de «es ceiMiiiefi. Tu «e serai pas te wis. » seau marclMud capturé par les pirafce^ nais le «avive jguenoîfir fui leiSe ji Taioqueur.

B Avei: le cercle de tes misères passagères t^affrandit aussi eeW 'et la » ciMiroufie âmmortelle. Couune tomba la tour de Babel «onatriMlie ipar a iW4(ueii<de6iiomiBes4 de même s'écroulera la tour de iesciiasnns.

a Tu t'avanoes vi^t% le siégour de la (élicilé, et Ui comptes les jonraéei de a ta route 1 Tu passes comme l'or au «reuset i pourqtioi pousser dy^scris a qui le troubkwl, et t'inquiéber si l'astre des nuits Jes enlend ? a

Peut-on «ieax exprimer le siélafige drs scnfcimeute de ta «atui« et de la jfoi, qui donnent au oonrage des «wtyrs 'dvétîens «m al wlMiiif caractère ?

■ JUirea, al6.,p,S9U

omteBucrrei. cxxxv

Vy-j'^-'Thomas Toan^ catéchistes du Tong-A^^ig orreniêd»'^ Thomas Thien. -~ Antoime JSdm, — Sùfwn Hoai-Hoet^ céUé^ chistes en Cochinchinc*

Dans le Tong^Kiu^ oriental, François Chien partagea les souffrances et la gloire du grand éveque Hénai^s. Josef^ Uy^n autre vieillard expira sous la brutalité des soldats commis à sa garrde. Aussi pouvait-il i-épéter a\*ec Til lustre martyr d*Antioche : « Depuis la Syrie jusqu'à Rome, je combats par terre V et par mer, let la nuit et le jour, avec «des Jbéles sauvages ; y> enchaîné à dix léopards qui sont la garde mili^iaire, et q«î » deviennent d'autant plus méchants qu'on leur fait pkis de » bien '. » François Man et Dominique Uy suivaient la «léine route; tandis que Thomas Toon ré{»arait glorieusement dan les si^lices , la double apostasie arnachée d*aibard à sa fairblesse.

£n Cochincbine, Thomas Thién» compagnon «ka mai*tyr Jaccard, ne peut retenir les ardeurs des dé^fs^nui le portent, comme autrefois saint Paul, à mourir pour ^ire réuni à Jésus- Christ ». Entendons-le s'écrier ; « 0 mon Pèi>e;, on nous laisse 4) vivre bien longtemps ! » s'écrier parvenu enfin au mo«ient de .son sacridce : « Au ciel don^, mon Père ' I »

11 n'«)tait pas moins admir>able, cet Antoine NÂm, s* écriant au milieu des supplices, coinme un digoe évoque l'avait ùit dans une occasion où le devoir commandait de mourir pour la foi * : « J'abandonne mon corps au roi, mîaiis je donne mon âme

I ff A Syria usque Romani cum bestiis pogno, per terrain et per mare, »nocte«t die^ vinctus decen kopardis, quod ea mîliiaris ordo:qui'et 1 bflB^Êcîati détériores ûaot. » — ^. J$naL Epi^ «* àiarU EpisU 4ui AainaiMW.

3 Desid«iiuni habens 4issolvi et esse £um Christou PhiL i, 23,

8 jinn. de la Prop, de la Fou t. xiii p. 134.

^ Nicolas Champenois, évêque de DoIicka,.5U|^rieur de la mission de

GXXXVI INTRODUCTION.

» à Dieu. » Bel exemple imité de même par Simon Hoai-Hoa, lorsqu'il appuyait du sacrifice de sa vie cette protestation vraiment chrétienne : « J'obéirai volontiers au roi en souffrant la n mort, jamais en abjurant la foi *. »

£nQn, dans les mêmes missions, des fidèles de toutes les conditions et de tous les âges, méritèrent par leur courage, d'être placés au nombre des vénérables confesseurs, dont nous nous occupons en ce moment.

Antoine Dich, — Michel Mi. — Martin Tho. — Jean-Baptiste Cou^ martjrs au Tong-King occidentale

Antoine Dich et Michel Mî, son gendre , offrirent au Tong- King occidental , un de ces spectacles d'attendrissement qui arrachent des larmes/Antoine Dich, affaibli par son grand âge, semble plusieurs fois sur le point de succomber dans la lutte ; les exhortations du prêtre Nâm, compagnon] de son supplice , celles de Michel Mî, plus puissantes encore sur son cœur, le remplissent de force , et il meurt en héros dans les supplices. Tandis que Michel, après avoir supporté, indépendamment des tortures auxquelles on le condamnait personnellement, une partie de celles réservées au vieillard, Michel, baigné dans son sang, expire plus glorieusement encore.

Jean-Baptiste Cou et Martin Tho, ce dernier surtout, surmontant la violence des tortures qui avaient fait apostasier plusieurs de leurs compagnons de captivité, méritent de placer leurs noms à côté des précédents.

Augustin Mojr. — Thomas Dé. — Augustin Hut. — Dominique Dat et Nicolas Thé, soldats y martyrs au Tong-King orientai

Au Tong-King oriental l'Église se glorifie de la constance

Pondichéry. A Tépoque de la révolution française, an moment où TdD menaçait de Tobliger, par la violence, à célébrer les saints mystères au pied de Tarbre de la liberté; il flt cette belle réponse : « Mon Ame est I » Dieu, mon corps est aux hommes, faites ce que vous voadrei, je n*y J consenlirai pas, »

} NoHeet, ete.^ p. 197 et 201.

INTRODUCTION . CXX XVH

témoignée par Augustin Moi et Thomas Dé , tombant « sous » les coups des bourreaux, en prononçant avec amour les » saints et aimables noms de Jésus et de Marie i. » Les trois soldats, Augustin Huy, Nicolas Thé, Dominique Dat, y conti- Duaient h chaîne de martyrs commencée à Sébastien , Maurice et sa légion dans les jours de l'antique Rome.

Chaîne imposante et illustre, noms glorieux qui rappellent bien vivement aux princes de la terre, que, si les enfants de l'Église souffrent et endurent avec patience les persécutions pour la foi, ce n'est pas le courage de mourir qui leur manque, et même quelquefois, ce n'est pas l'impossibilité de résister et de se venger '^,

Paul Doi- Buong^ capitaine des gardes, martyr en Cochin' chine.

Paul Doï-Buong, capitaine'des gardes en Cochinchine, courbait humblement la tête sous le glaive d'un roi, dont le père avait été remis sur le trône par le courage et la fidélité des chrétiens ^, Il mourut en héros, sur l'emplacement d'une église

1 Notices, ete»t p, 185.

i Voir sur la conduite des soldais chrétiens sous les empereurs romains, persécuteurs, V Histoire ecclésiatiique de Fteury, U i, liv. iv, n"» 2 et 13$ II, V, 9 et 19 ; II, VIII, 18, 20 et 27 ; iv, xy, 9 et 22.

3 Sur la fin du siècle dernier, Georges-Pierre Pigneaux deBéhainei éTêque d'Adran, yicaire apostolique de la Cochinchine, rendit les plus grands services au roi Gia-Laong, père de Minh-Mang.

Dans la révolte des Tay-Son, ce prince, réduit aux dernières extrémités, confia son unique fils légitime à Tévéque qui le conduisit en France, où il fit conclure, entre Louis XVI et le roi de Cochinchine, un traité des plus avantageux pour les] deux parties contractantes. Les événements de la révolution française achevèrent le mal qu'avaient fait, quant à Texécution du traité, les jalousies de M. de Conway, gouverneur français dans Tlnde, contre Tévéque d'Adran. Toutefois, à Taide des seuls efforts de quelques commerçants et officiers français , la restauration de Gia-Laong eut lieu. Le jeune prince, conduit en France, mourut avant son père, après son retour en Cochinchine, laissant un fils naturel, qui causa plus tard beaucoup d'ombrage à Minh-Mang, fils naturel lui-même de Gia-Laong.

Un portrait en pied du jeune prince, se trouve conservé au séminaire des MisdoDS-Étrangères, à Paris.

xlétruiteyaii lieu moine où autrefois se célébrait uo autre &acci- Gce^ le sacrifice divin résumant et sanctifiant tous les^uitres.

Audré Trong^ martyr en Cachinchine. — Courage de sa mère.

La grande jeunesse d'André Trong ne lui enleva pas plus le courage du martyre qu^elle ne Tôta, dans tous les sîùcles, à cette troupe d'enfants et de vierges, conquérant sous le glaive des bourreaux, les plus brillantes couronnes. Semblable à la mère des Macliabées, la généreuse chrétienne qui lui avût donné le jour, assista, ainsi que ses filles, au triomphe de son enfant. Elle montra par son héroïsme, que, si notre terre dTurope enfante des courages à toute épreuve, la même grâce du Sc%neur qui les excite en nous, sait aussi les faire germer xUns des âmes d^élite choisies au milieu des nations les plus faibles de leur nature.

Tel est, en résumé, l'ensemble des faits sur lesquels s^appuie le procès apostolique commencé à la suite des sanglantes persécutions de Minh-Mang, ce tyran de l'empire annamite. Celte gloire nous suffit pour éclipser et bien au delà tous les actes de courage tentés en faveur de la foi, en dehoi's de la communion romaÎBe. Ce n'est là cependant, qu'un faible rayon des splendeurs dont le diadème de nôtre mère est entouré. Que noœ ouvrions les annales des travaux apostoliques oontiniiés par nous dans toHS Ves âges, nous allons y trouver, à ^îhaïqae p^gc, des récits aussi toucliauts, des actes aussi généreux; autant d'amour et autant <le iiÀ. Qu'on parcoure de ^lus toute k •eme, et l'on verra qu'il n'est pas une contrée dft inefThle, xih notre parole et nos sueurs n'aient été mélangées à notre sanig et fécondées par lui. Il n'est f>as une langue <ian« laquelle aoâs n'ayions fait confesser Jésus-Christ jirsqu'à la tnort ; pas tme nation que, par notre organe, la grâce de Dieu n'ait encouragé^ «out^àue jusqu'au triomphe du martyre.

S'étonnera-t-on après cela, si notrs avons inscrit le wwii fc tant de héros dans nos sacrés dyptiques; si ceux qui les |)or-

HïDlOIMKïTiON. GXX2KSX

iaieAty œs «mm béaU , bnil^nt aujoui-d'lnri comme des «toÂles «btfisies «pkadevns 4le rélerBÎté : Qtiad stelke in per^dâtas

MmSf à coté 4e nas tnamphes, quand on •coasidère les résiil- Ws âbleiMifi ipar îles consttttiitoiDs testées loin du è>ercaii 4e Jésus-Christ ; quand on songe que, parmi elles, depuis leur 4^oigaenè&al de J' Église itoixtaioe, ,pas un seui nom iTjipétre nartyr^ ooe s'e&t ajouté à -cetix que noits leui* avons légués av6c les autres lauiheaux de jiotr^ héritage ; quelles i^exioos œ doivent çôjU fie présenter 4 Vàme dépouillée de liaute passion fit-désinettse de conaaitne «la vérité ?

£v4eques ^de i^ussie, infortunés pas&eurs d*(^lises opipriixiées ^r uoe puissance élraugéi^, deniaBdes-vous donc pourquoi , si nKMis êtes 4aBs le vrai <et nous /ftans le faux , pourquoi Dieu se plaît k M&us aveugler par ses faveurs ? CoDiment il se iiait que, parmi ses dons, nous catholiques, nous recevions, exclusivement à toutes Jes oooMuiioions séparées, les plus édataiits et les plus puéàeosL? Demandez-n^ous en même temps si une pareille jnanifestation de la iuigesse divine ne serait pas une preuve «évideote ^ue Dieu et la »^ité sont pour nous. Deanandezr-vous epfin., ;si avec de telles présomptions (car vous ne pouvez au iBMDS reiuser de reconnaître en ceci 4es pi\ésoniptioDS bien graves eu notiv faveur); demandes-vous si, dans l'état d'apathie et d aveuglement où Ton s'e£(broe de vous tenir ^ le Jftlut de votre âme est réelk^ment en sûreté.

Surtout lorsque vous aurez rapproché cette dernière preuve de £ut, des raisonnements de principes indiqués <lans cet écrit.

Ce n'est pas tout, après avoir réfléchi mûrement sur ce car xactère de saintelé donné à TÊgltse roaiaioe par ks glorieux trion^es de ses enduits; s^ès avoii* oonsidéré combien votre pisupipe église y estétrangèt^, depuis que vous u'étes plus avec BOUS ; «ceBduen^ «u oe»traire , les exigences de^ioftiqueB de ¥OS maîtres augmentent, pour nous, la liste des témoignages san-

I Dan, ziT, 3,

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