‹ L'Église schismatique russe, d'après les relations récentes du prétendu saint-synode, tr. de lChapitre 94 sur 129 · SALAIRE · texte numérisé non relu

SALAIRE

en roubles.

•Kaluga. • . .

Woronesch. . .

Orel

jKasau. . . .

Kursk.. . . ,

Smolensk. . . .

Novoscherkask. .

Catherinoslaw. .

122 l'église SCH1SMAT1QUE RUSSE.

SI nous considérons ensuite que le traitement de chaque ecclésiastique est gradué diaprés les différents degrés hiérarchiques, on ne peut s'émerveiller assez en voyant un si misérable, ou plutôt un si ridicule salaire accordé aux clercs des ordres inférieurs. Ce salaire en effet devra se réduire, pour ces derniers, à quelques sous à peine chaque année ; si tant est seulement qu'il leur revienne quelque chose.

Malgré cela cependant, et personne n'ose révoquer ces calculs en doute, malgré cela le gouvernement russe a encore Faudace de se glorifier des soins qu'î prend pour améliorer le sort de ses prêtres; leur faisant, dit-il, distribuer des sommes considérables dans les circonstances calamiteuses.

C'est ainsi qu'en 1837, pour 385 familles d'ecclésiastiques qui avaient perdu leurs maisons et tous leurs meubles dans un incendie, il daigna donner une somme de 48,425 francs pour réparer leurs pertes, relever leurs maisons et refaire leur mobilier. Chaque famille reçut 125 francs. Quel magnifique palais, quel splendide ameublement se seront procurés MM. les popes avec cette aumône prodigieuse des largesses impériales I

Le libéral monarque accorde aussi aux prêtres et aux diacres des gratifications extraordinaires pour les récompenser de leur zèle à ramener des sectaires à la foi nationale, à pervertir surtout les pauvres Ruthéniens-anis. En 1837, la somme employée à cette bonne œuvre fut de 499,858 francs divisée entre 1524 personnes, ce qui fait 327 francs pour chacune. Un tiers de cette somme fut partagé entre les ecclésiastiques des six éparchies ceci-

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dentales, c'est-à-dire Kiew, Mohilew, Minsk, Pôdolie, Po lozk et Volhynie, afin de redoubler leur zèle et leur courage dans l'œuvre de perversion entreprise contre les Ruthéniens-unis, très nombreux dans ces provinces.

Bien que la misère du clergé russe paraisse affreuse, si l'on s'en rapporte aux seules relations synodales, cependant il est certain que le tableau présenté à ce sujet par le procureur suprême est encore bien au-dessous de la vérité. Nous ne pouvons pas comprendre comment la charité des fidèles a pu atteindre la somme de plus de huit millions de lï*ancs pour le seul entretien du clergé. On sait en effet que, sur quarante millions d'habitants qui forment le chiffre total de la population schismatique en Russie , près de trente-sept millions appartiennent à la classe des serfs ; on sait de plus que , grâce aux charges imposées à cette masse par les maîtres du sol^ et par la très-pieuse couronne du maître des maîtres, ces malheureux esclaves de la glèbe ont à peine de quoi vivre pour eux , loin de pouvoir donner à d'autres. On sait qu'un serf russe, loin d'avoir des largesses à faire au pope, est bien heureux, lorsqu'après avoir à peu près vécu pendant la semaine , il peut acheter le dimanche, pour contenter sa dévotion principale , un cierge qu'il fera brûler devant un saint ou devant l'image de la sainte Vierge. De telle sorte que , hors des villes où les hommes de condition libre se trouvent, il sera bien difficile de recueillir pour le prêtre la plus légère somme.

Mais admettons que le chiffre officiel des offrandes soit exact , en le maintenant dans ces proportions , la condition du prêtre même des villes sera infiniment misera-

ble; ceHe des popes de la campagne sera insupportable. Aussi , malgré tant d'obstacles qui s^opposent à leurs réclamations , les cris désespérés de ce^ malheureux sont arrivés plus d'une fois jusqu'aux oreilles impériales. Et cependant Sa Majesté n'a jamais pensé , ne pense pas et ne pourra jamais penser à trouver un remède eflScace à cette misère. « Le métropolite de Kiew> dit la relation » synodale de 1838, touché de la pauvreté de son clergé, » en fit la relation au gouvernement pour lui demander » du secours. » L'empereur ordonna au procureur suprême de prendre ce rapport en considération. On le fit. Le procureur suprême s'occupa aussitôt de trouver quelque palliatif aux maux signalés. Une commission présidée par lui-même s'établit pour examiner, de concert avec le ministre du domaine impérial , l'état et les besoins da clergé, le mode à adopter pour le secourir. Dans le courant de 1839, on mit la main à l'œuvre en examinant les anciens statuts dressés pour l'entretien des prêtres , les mesures prises depuis le commencement du dernier siècle; puis on fit la comparaison avec ce qui existe pour les autres clergés de l'Europe.

Quel fut le résultat de cet examen? Une amère ironie de la commission qui fit voir alors dans quel mépris b8^ bare elle tenait les ecclésiastiques du clergé natioDaL Elle s'arrêta, pour baser l'amélioration prétendue qu'elle voulait entreprendre, sur ce qui s'était fait en Russie depuis Pierre-le-Grand. j

Or, depuis le règne de ce prince jusqu'à nos jours, le gouvernement russe n'a fait autre chose que dépouiUer son église et la réduire à la mendicité.

Le procureur suprême Protasow poussa même IMmpudeur jusqu'à dire que les mesures adoptées n*ont pas produit tout Teffet désirable , parce qu'on ne lui a pas fait connaître d'une manière assez rigoureusement exacte la condition où se trouve réduit le clergé , non plus que l'état de ses besoins; comme s'il était nécessaire d'entrer dans de bien scrupuleux détails historiques pour savoir ce qu'il faut de roubles à un pope pour vivre décemment, lui, ses enfants et sa femme I Ces notions historiques, le procureur suprême les trouverait au fond de son propre cœur, si la toain de fer qui le comprime comme tous les autres , lui avait encore laissé des entrailles.

11 serait bien autrement honorable à un gouvernement qui se respecte, de restituer au clergé une portion convenable des immenses richesses enlevées si injustement à l'église par Pierre et surtout par Catherine ; plutôt que de se contenter d'insultantes doléances sur ce qu'on n'a pas encore trouvé le moyen convenable pour secourir tant de misère. Si la Russie ne se fait pas un jeu cruel de cette apparente bienveillance pour son clergé ; si les commissions nommées par le synode ne sont pas instituées pour tromper avec plus de perfidie; qu'on redonne donc au clergé ce qui lui a été sacrilégement enlevé d'années en années, spécialement depuis 1764 jusqu'à nous.

Au lieu de cela, que faitdonc cette fameuse commission instituée déjà depuis deux ans? Quels projets a- 1 -elle conçus? comment les met-elle à exécution. — La commission? Mais elle ne s'est même pas souvenue de faire connaître quelles grandes vues elle concevait pour accomplir son énorme tâche. Aussi comment veut-on que le synode

126 l'églisb sghismàtique russe.

puisse, même avec de la bonne volonté, accomplir l'oeime

de son apparente sollicitude?

il serait bien temps d'y songer cependant; et le gouvernement n*a pas honte de retenir tant de richesses, sans augmenter le misérable salaire de ses prêtres , au moins des éparchies qui lui ont fourni de si abondants trésors. Nous le disons , mais c'est à peine croyable: dans les vastes, populeux et riches diocèses de Kiew, Mohilew,Podolie, &Iinsk, Polotzk et Volhynie, le revenu annuel des biens ecclésiastiques conservés ne s'élève pas à plus de 19,874 francs et un centime. Le produit des troncs aux portes des églises, dans les mêmes diocèses, a été dans un an , de 249,459 francs 46 cent., et celui des quêtes , de 147,980 francs 87 cent. C'est donc un revenu total de 417,314 fr. 34 cent., qui forme le traitement de 11,040 ecclésiastiques. Divisée par cotes égales , ce serait une somme annuelle de 37 fr. par personne : n'est-ce point là, je le demande , outrager jusqu'au sang un clergé qui se trouvait autrefois à la tête de la civilisation en Russie? Je ne parle pas des considérations d'une autre nature.

Le gouvernement russe, du reste connaît parfaitement cette immense misère. Mais pourquoi ce gouvernement, (|ui tâche, par tous les moyens, de cacher à l'Europe civilisée cette plaie avec tant d'autres ; pourquoi ce gouvernement si généreux ne songe-t-il pas, au moins, à soulager son clergé dans les quarante-trois autres éparchies de l'empire, où cette misère est encore plus affreuse?

La réponse à cette question est claire. C'est que dans ces quarante-trois diocèses, il ne se trouvait pas, comme dans les premiers, de riches biens ecclésiastiques à con-

L'ÉGU» ICBfilfÂTHIirB RUSSE. 127

fisquer sur les eatholîqaes , contrairement aux traités conclus, à la face de l'Europe, avec la Pologne et le Saint-Siège. Parce que, si dans les provinces, où les richesses catholiques viennent fournir ce que le trésor devrait débourser, le gouvernement russe daigne parfois se^ décider à écouter les prières de ses propres prêtres, il a bien autre chose à faire que prêter ailleurs l'oreille h des plaintes qu'il devrait faire cesser à ses propres dépens.

Voilà un aperçu de la misère du clergé ; passons maintenant à l'état des Églises.

Le gouvernement russe a pour pratique de ne pas débourser un centime pour l'entretien de ces édifices, pas plus que pour les frais du culte divin. Toutes les dépenses nécessitées pour ce double objet, doivent se prendre sur des quêtes qui se font chaque année. En 1837 la somme de ces quêtes s'est élevée à 1,501,925 fr. 30 cent.; ce qui , pour 25,968 églises paroissiales, fait 57 francs par église. Quelle riche dotation ! Et cependant avec aussi peu de ressources, les prêtres russes sont tenus d'entretenir jusqu'aux pavés devant les églises et devant leurs propres demeures. 0 gouvernement vraiment économe, comme il sait admirablement faire peser sur les épaules du pauvre peuple le poids d'une dépense qui lui appartiendrait à tant de titres I

Quelle merveille, après cela, si les vocations sacerdotales deviennent si rares , si les fils de prêtres eux-mêmes éprouvent tant de répugnance à embrasser l'état de leurs pères ? le procureur suprême du saint synode constate luimême cette tendance remarquée dans toute la Russie. Il en parle de la manière suivante, dans la relation de 1836 :

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» Il manque, dit-il, 2831 prêtres, 2263 diacres et 11,212 » clercs inférieurs; en tout 16,306 personnes. Ce déficit, »qui augmente chaque jour dans toutes les éparchies, » dans quelques-unes se fait voir d'une manière trop sen- >* sible. Dans l'éparchie de Catherinoslaw, il manque 285 » prêtres, dans celle de Smolensk 198, dans celle de Kiew » jusqu'à 2,037. » D'après la relation de Tannée suivante, » il manque 3,043 prêtres, 2,493 diacres et 11,560 clercs r> inférieurs. » En 1838 le déficit s'élevait à 2,417 prêtres, 2404 diacres et 10,583 clercs inférieurs. Enfin, en 1839, il manquait 10,174 de ces derniers, 2,161 diacres et 1944 prêtres.

Que si nous formons maintenant un tableau statistique du clergé russe, d'après les relations du synode, nous ne trouvons, dans aucune éparchie, le nombre d'ecclésiastiques nécessaire.' Nous voyons même qu'en certaines parties une quantité de fidèles demeurent sans assistance religieuse. Force est donc à M. le procureur suprême du synode, de chercher encore remède h cette autre misère. Nous avons vu comme il réussissait pour les autres, examinons comment il s'en tire poor celle-ci.

« Le nombre des paroisses vacantes, dit-il dans son rap- » port de 1836, est si grand dans quelques éparchies qui! » a été impossible aux fidèles d'accomplir leurs devoirs r^ » ligieux. En conséquence, le saint synode a fait conférer » l'ordination à des diacres, bien qu'ils n'eussent pas les » connaissances théologiques nécessaires. On s'est con- » tenté des bonnes dispositions du cœur, de la piété, de *> la connaissance de la parole de Dieu, et qu'ils n'eusseot

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» pas moins de 30 ans. » — « Le saint synode, dit le rap- » port de 1837, est occupé à remédier au défaut d*ecclé- » siastiques, en en faisant venir des provinces où ils sont » nombreux dans celles où il y a si grande disette de su- » jets. Dans ce but, les évoques rendent, chaque année, » compte au synode du nombre d*élèves destinés à rece- » voir les saints ordres, afin que le synode puisse indi« » quer aux évèques des éparchies qui manquent de pré* » très celles d'où ils pourront tirer des séminaristes prêts » à recevoir les saints ordres, afin de les ordonner en*^ » suite et de les envoyer dans les paroisses vacantes. On » a ordonné pareillement aux écoles inférieures de don- » ner le nombre d'élèves qui ont fini le cours de leurs » études. Avec de semblables mesures, on remédiera au- » tant que possible au défaut de prêtres qu'on dit exister ^ dans quelques provinces, en employant des moines et » prêtres séculiers appartenant à des diocèses qui en oiH » de reste. »

A lire ce rapport, il semble vraiment que M. le procu^ reur suprême ait, comme le Thésée de la fable, le talent de faire des hommes, des clercs, des diacres et des prêtres avec du sang de dragon. 11 se plaint lui-même, et ses rapports le prouvent, qu'il manque des prêtres partout, et cependant il parle de diocèses où il y en a de reste. Il parle de moines, et Ton sait que le nombre en est bien plus restreint encore que celui des prêtres séculiers. 11 compte enfin suppléer au défaut de prêtres for* mes par des ordinations de diacres et d'élèves de séminaires sans connaissances théologiques suffisantes , comme on ne le pratique que trop dans les églises d'O-

130 L*£CLISË SGHtSMATIÛUE fttJdSE.

rient. Quels guides veut-on donc que deviennent pour le peuple des prêtres ainsi ébauchés? Dans quelle misérable condition intellectuelle et morale ne se trouvera point un pareil clergé? Quel secours et qud appui pourra-tril prêter aux fidèles ?

Mais allons plus avant encore ; demandons au gouvernement russe si, même en admettant que tous les postes ecclésiastiques reconnus par sa munificence soient remplis, il est possible, avec ce nombre d'églises et de prêtres au complet, que les secours religieux scôent administrés à tous les fidèles.

Ici encore les faits parleront un langage bien sévère ; ici encore les faits diront qu'on est avare pour satisfaire aux besoins religieux des fidèles comme pour secourir la misère matérielle des prêtres et des églises.

Divisons le nombre de 33,591 protopq>es et popes, de 15,724 diacres et 59,472 clercs inférieurs par le chiffre total de quarante millions de fidèles que possède la Russie, nous trouverons un prêtre pour 1190 âmes, un diacre pour 1543> et enfin un clore pour 672. Si àa même nous comparons les 2.5,968 paroisses au nombre total do la population orthodoxe ^ nous trouvons 1540 fidèles pour chaque église ^

La disproportion entre les besoins des peuples et k nombre des paroisses ressortira d'une manière encore plus sensible, si nous établissons nos calculs d'aprèe les considérations géographiques. Pour le prouYW, nous nous contenterons de citer peu d'exemples,

^ En Toici le tableau ex;ict, (VQir paçe suiviuitCt)

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