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ils sont assez heureux pour en sortir à temps, ils peuvent rentrer parmi les ecclésiastiques ou dans toute autre classer d*hommes libres où ils se font inscrire.
Toutefois, l'empereur Nicolas ne traite pas les enfants de prêtres avec les mêmes égards que son regrettable frère Alexandre. Le gouvernement ordonne bien, de temps en temps, un recensement des serfs que Tautorité ecclésiastique peut, quand elle le veut, faire exécuter en faveur des tils de prêtres. Mais s'il arrive qu'un de ces derniers n*ait pas été réclamé dans un de ces recensements, ou qu'il n'ait pas reçu d'emploi dans l'église, ou enfin qu'aucun poste ne soit vacant (ce qui est toujours un honteux prétexte, puisque le synode se plaint constamment du petit nombre de prêtres); dans ces différents cas, le fils de prêtre perd les privilèges de sa caste (§200 de l'oukase de 1831) ; les autorités ecclésiastiques doivent le consigner au gouvernement, qui le fait inscrire à Tune des classes soumises à l'impôt personnel, et l'envoie à l'armée. Quel mépris pour les droits du clergé ne voit-on pas manifestement dans de semblables disposi-
tiCMlSl
Dans les pays les plus barbares, les droits du père couvrent toujours le fils ; mais l'orthodoxe Russie ne se met guère en peine de respecter de pareils principes, quand il s'agit de fils de prêtres. De telle sorte que, si nous examinons avec quelque soin les avantages apparents offerts au dergé, il sera facile d'y reconnaître de simples dispositions trompeuses jetées en avant par un gouvernement perfide, pour couvrir la honte et la dureté de sa conduite. Nous y verrons que ce gouvernement n'a autre chose
en vue, sinon le désir de faire peser les chaînes d'un
esclavage de plus en plus lourd sur son malheureux
clergé.
Comment peut-on supposer, en effet, que des fils de prêtres soient omis sur les listes générales, et qu'ils n'aient pas d'emplois assignés, quand on considère que le synode se fait tenir, de la manière la plus exacte, au cou< rant de ce qui concerne les prêtres et leurs familles? quand on sait, de plus, qu'il se plaint sans cesse, dans ses relations, du petit nombre d'ecclésiastiques, depuis le prêtre jusqu'aux derniers emplois de la déricature ; que pour cette raison il est souvent obligé d'avancer l'âge des ordinations?
Si, de plus, nous réfléchissons, d'un côté, au petit nombre d'aspirants à la carrière sacerdotale, et de l'autre aux plaintes des métropolites et des évêques, sur l'extrême misère qui pèse de plus en plus sur le clergé, nous verrons que les malheureux, dont il peut être question ici, sont seulement des êtres difformes de corps, ou ineptes d'ciprit, qu'on se voit obligé de chasser de la caste sacerdotale. Et ainsi, grâce à )a paternelle influence de son gouvernement, la sainte et orthodoxe Rus«evoit son clergé réduit à imiter la cruauté des sauvages de l'Amérique, à rejeter et à sacrifier à sa misère ses enfants contrefaits, comme les sauvages immolent leurs pères vieux et infirmes.
Pour l'ordinaire, loin d'user d'égards envers le clergé, le gouvernement russe le traite au contraire en toute circonstance plus mal que les classes de même ordre dans la société. Ainsi, qu'un bourgeois ou un artisan jouisse de
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certains droits ou de certains avantages, il peut, à la rigueur, se promettre d'en profiter sans trouble. Mais il en est tout autrement quand il s*agit des plus insignifiantes concessions faites aux prêtres et à leurs familles.
Ainsi, les fils de bourgeois ou d'artisans peuvent s'enrôler volontairement dans la miUce, sans qu'on exige d'eux qu'ils sachent lire et écrire. Pour le fils de prêtre il faut qu'il ait fait, dans un séminaire, au moins moitié de son cours d'étude ; qu'il n'ait pas été chassé de l'établissement pour inconduite; enfin» que dans le cas où son père serait serf d'origine, il soit, lui, né pendant que son père se trouvait engagé dans l'état ecclésiastique. Et quels grands avantages retirera-t-il de son engagement volontaire dans l'armée? Le droit de choisir le corps qu'il préfère, pourvu toutefois que sa taille s'y accommode, d'arriver plus tôt que d'autres au grade de sous-officier, que chaque soldat peut également obtenir, pourvu qu'il sache lire et écrire, et qu'il ait une conduite exempte de graves reproches.
Dans ces derniers temps, je veux dire en 1838, on voit par les relations synodales que plusieurs fils de prêtres , occupant un poste ou ayant reçu quelque décoration emportant le privilège de la noblesse héréditaire, avaient été admis dans les collèges militaires. A quoi il faut observer qu'ils n'ont pas reçu ces faveurs comme fils de prêtres, mais comme fils de nobles , attendu que tous les nobles ont indistinctement droit à cette faveur. D'ailleurs la circonstance que, jusqu'en 1838, aucun fils de prêtre ne jouit de ce privilège de la noblesse , prouverait à elle seule le peu de cas que le gouvernement fait du clergé. Si y de plus , nous examinons un peu cette concession ,
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nous voyons que, de sa nature, elle doit être accordée i
très-peu de personnes.
Dans tout Tempire , en effet , il ne se trouve dans le clergé séculier pas plus de quatre ou cinq protopopes auxquels leur emploi donne la noblesse héréditaire. D'après les relations synodales, nous ne voyons pas non plus que, chaque année, on ait accordé à d'autres membres du même clergé plus d'une dizaine de décorations emportant un semblable privilège; seulement en 1840 on en conféra deux de plus qu'à l'ordinaire, circonstance qui se rapporte aux événements de l'apostasie ruthénienne. Ainsi, parmi 50,000 prêtres de Russie, on en trouve une dizaine environ qui reçoivent la noblesse héréditaire. Et pour ceux-là même encore, quels avantages peuvent-ils en retirer?On ne leur promet rien autre chose sinon de pouvoir demander pour leurs fils l'entrée des collèges militaires. De son côté le gouvernement se réserve le droit de prendre la demande en considération, ou de la rejeter selon l'occurrence. Dans cette position, hélas 1 si le prêtre anobli ne sait pas fatiguer le gouvernement de ses instances, ou s'il ne trouve pas de puissante protection, les droits de sa noblesse lui serviront à bien peu de chose, d'autant plus que ce même gouvernement a pour principe de laisser le plus qu'il est possible les fils d*ecclésiastiques loin des emplois de l'État.
Il est vrai que d'après les dispositions du § 216, les fils de prêtres et de diacres auraient aptitude à faire partie du service public. Mais on n'a jamais recours à eux, sinon lorsqu'il s'agit de trouver quelques maîtres pour les écoles et les académies ou quelques médecins pour Tannée. En pareille circoQstancei le gouvernement s'adresse au sy*
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node,quilui fouroit aussitôt les jeunes gens demandés* En 1837 il y en eut 38 de choisis; en 1838, 50; et en 1839, 39 sujets ainsi désignés furent appelés à partager les honneurs d'une si haute fortune. £t encore ici la largesse du pouvoir s*est-elle limitée dans d^s bornes assez étroites. Si les jeunes gens choisis ne répondent pas aux espérances qu'on avait d'abord conçues, on les renvoie des écoles où ils se préparaient, et ils sont obligés de rentrer dans la caste sacerdotale. Dans tous les cas, on exclut d'avance ceux qui seraient nés avant l'ordination de leur père. Telle est Tunique voie qui s'ouvre aux pauvres Gis de prêtres, pour arriver aux emplois. Encore est-il certain que le gouvernement les mettrait entièrement de côté , s'il pouvait trouver parmi les tils de nobles, ou seulement d'hommes libres, les jeunes gens nécessaires pour remplir toutes les charges. Quand reverra-t-on jamais un nouveau comte Speranski , de Gis d'un sonneur, s'élever, par son mérite, jusqu'aux premières dignités de l'empire! Les prêtres ou diacres qui ont quitté les fonctions ecclésiastiques, rencontrent exactement les mêmes difficultés pour parvenir aux emplois.'^L'empereur Alexandre parait avoir voulu êtreplusindulgent àleur égard, et bien qu'il ne facilitât point leur admission dans les administrations publiques, du moins il ne s'y opposait pas. Mais son successeur s'est empressé de retourner aux antiques usages, sous prétexte que le peuple était scandalisé de voir dans les emplois civils ceux qui auparavant administraient à l'autel. De telle sorte que, par décret de 1839, ne peuvent pas être admis aux emplois les diacres et prêtres ayant renoncé aux fonctions ecclésiastiques, les premiers après plus de six ans, les seconds après plus de dix ans
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d exercice dans leur ministère primitif. Avec une pareille condition, on ferme la porte des emplois à peu près à tout le monde.
. Les ecclésiastiques roturiers, à Fégaldes hommes libres de la plus basse condition, ne peuvent pas posséder de biens-fonds avec des serfs. S'il leur en vient par héritage, ils doivent les vendre dans le délai de six mois, aux seules personnes aptes à les posséder, c'est-à-dire aux nobles. Ils ne peuvent acquérir et conserver à aucun titre la possession d'autres biens que ceux où il n'y a pas de serfs attachés à la propriété. Pour cultiver leurs terres dans ce cas, ils sont obligés de recourir aux nobles du voisinage, qui leur fournissent temporairement les serfs nécessaires. Les ecclésiastiques décorés de la noblesse, sont exempts de toutes ces entraves.
Non content d'avoir avili le clergé comme il Ta fait, de ravoir soustrait au pouvoir juridictionnel et administratif de révèque , pour le réduire sous lui-même à l'état de servitude, le gouvernement russe a obligé l'église elle-même d'être le bourreau de ses propres ministres. Jusqu'à ces derniers temps , les orphelins et les veuves des prêtre pouvaient encore quitter leur diocèse, et aller ailleurs chercher quelques ressources contre la misère; on leur accordait ordinairement , dans ce but , un passeport pour un temps indéterminé. En 1837, ordre contraire arriva aux évêques, à qui Ton permettaitseulement de délivrer un passe-port de quelques mois. Et c'est ainsi qu'on a enlevé, à tant de malheureux, la dernière ressource pour cacher du moins , aux yeux de leurs anciennes connaissances, la misère dont la mort du chef de famille le savait accablés. Ainsi de quelque côté que nos regards se tour-
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nent, quand nous considérons cette malheureuse église, nous n'y voyons partout que principes affreux de servitude et de ruine\ telles qu'il n'en est pas de comparables dans l'histoire d'aucun pays et d'aucun peuple.
Pour l'esprit servile, il règne partout, depuis le premier jusqu'au dernier degré de la hiérarchie corrompue de cette église. Le saint synode se conduit, dans toutes ses démarches, comme le très-obséquieux serviteur du procureur suprême. Celui-ci exécute, de son côté, avec l'obéissance servile d'un soldat, la consigne de l'empereur. Les évéques sont les esclaves du synode, tandis qu'en revanche ils exercent sur le clergé un pouvoir d'emprunt, mais également tyrannique. D'oii il suit que l'église russe tout entière est purement et simplement l'esclave du pouvoir temporel auquel elle s'est prostituée. Digne et formidable punition qu'elle a méritée, qu'elle méritera, et qu'elle supportera sans espoir de délivrance, tant qu elle n'inclinera pas son orgueil devant le siège immortel de la suprématie romaine; tant que la bouche sacrée de Pierre, en lui donnant le baiser de reconciliation et de paix, ne lui fera pas comprendre le langage de la liberté des enfants de Dieu,
Répétons-le donc ici, et que notre voix retentisse au loin jusqu'à ces cœurs dégénérés que la foi catholique pourrait seule rappeler à l'honneur et à la vie. Répétons- le donc hautement; si nous jetons un regard sur l'état sodal de l'église russe, nous y voyons, dans le clergé, une race d*hommes opprimée à un point que nul autre exemidene l'égale sur la terre. Nous voyons de plus le gouvernement l'insulter d'une manière doublement sanglante loiiiia'tiiiuidSt : Clergé, je vous élève et vous vénère ; je
vous place parmi les nobles de mon peuple I Et iqu^a donc, grand Dieu! de commun l'état si démesurément pri^ vilégié des nobles de Russie, avec la misérable condition du clergé? tout au plus pourrait-on dire que ce dernier tient le milieu entre les artisans et les serfs. Et il est certain qu'en fixant les droits des plus basses classes d'hommes libres, le gouvernement si généreux en paroles pour le clergé, les a traitées plus magnifiquement qu'il ne Ta fait pour la masse avilie de ses prêtres.
Passons maintenant à la position financière de la malheureuse caste sacerdotale.
Si nous avons la simplicité de croire aux assertions des panégyristes du gouvernement, nous regarderons cette position , au moins comme supportable, sinon heureuse et florissante. Si, au contraire, nous soumettons à un simple examen les relations du synode, elle nous apparaîtra plus douloureuse encore que l'état civil. Dans le monde entier il n'existe pas de clergé aussi chétivement doté, aussi mal subventionné que le clergé russe. Tout ce qu'il possédait lui a été enlevé; on l'a privé, de plus, des secours nécessaires pour mener une vie tant soit peu convenable à son état. En un mot, le gouvernement Ta réduit^ à la plus parfaite misère.
Et afin de convaincre tout le monde de cette vérité, il suflSt d'examiner les sources uniques des revenus ecclésiastiques ; ce sont : 1<> les offrandes volontaires ; 2» les quêtes faites dans les églises pendant les offices; 29 les rentes des biens-fonds non séquestrés.
Cette dernière de ces ressources est si peu de chose, qu'il est inutile même de la mentionner. Plus abondantes sont les deux autres qui, en résumé toutefois, se réduisent à
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une seule, la bienveillance des fidèles. Rien ne sort du trésor pour la dotation des églises et Tentretien du clergé. Voyons donc, d*après les résultats obtenus, ce que les autres sources d'abondance peuvent produire à chaque prêtre en particulier.
Le clergé russe, en 1837, comptait 106,102 personnes en service actif; je veux dire 32,202 protopopes et popes, 15,202 diacres et 58,836 clercs inférieurs. Le produit total des trois branches de revenus s*élevait à une valeur de 8,175,052 francs, laquelle somme, divisée par le nombre des ecclésiastiques, donne 77 francs par téte^
Mais le résultat de ce calcul est encore plus frappant, si nous entrons dans le détail particulier des diocèses. Dans celui de Kaougla et Woronesch, le revenu de chaque ecclésiastique était de 49 francs ; dans celui d*Orel 48, de Kasan 48, de Kursk 29, de Smolensk 28, de Novoscherkask 14, et enfin de Catherinoslaw de 11 francs seulement. Et cependant tous ces dibcèses sont situés dans des contrées abondantes et fertiles 2.
' Voir pièces jusUficatiTes, n^ 10.
^ Void le tableau exact des re?enus du clergé russe s