LE TROUPEAU
Le proverbe : tel pasteur^ tel troupeau (Kakof pop, takof ij prichod) est vulgairement reçu en Russie. D'après cela nous établirons les éléments du tableau que nous allons faire de l'état moral du peuple orthodoxe. Le peuple ' russe se divise, sous le rapport religieux, en trois classes, les orthodoxes^ les dissidents ou sectaires et les infidèles. En les considérant toutes les trois, nous aurons en vue l'influence que le gouvernement exerce et prétend exercer sur elles par le moyen de son propre clergé.
Nous le répétons donc, l'état moral d*un clergé peut ordinairement faire apprécier d'une manière assez juste celui de la nation. Si le clergé se présente comme un modèle de vertus et de science ; si, par son propre exemple, il sert d'instruction aux peuples; si en un mot il est vraiment le sel de la terre, appelé à purger les âmes de h corruption du péché, à les purifier pour la vie étemelle: alors le troupeau sera lui-même rempli de la bonne odeur
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de J.-C; il brillera par ses vertus, par une sainteté con* forme aux enseignements de la divine parole. Si, au contraire, le sel estçorrompu et la lumière voilée, le troupeau de son côté marchera dans les ténèbres, au milieu de la corruption de l'esprit et du cœur.
Si donc nous jugeons de l'état moral du peuple russe d'après les relations qui nous sont données de la dépravation excessive du clergé, un tableau affreux devra nécessairement se présenter devant nous. Et en réalité , ce tableau n'est que trop conforme à ce qu'on pouvait et attendre de la puissance du péché sur Thomme déchu, de la malédiction qui l'a suivi.
Toutefois, comme nous l'avons fait jusqu'ici, nous ne prendrons pas la première pierre pour attaquer et frapper. Nous nous contenterons de suivre les indications statistiques du synode. Ces rapports ne nous font, hélas 1 que trop connaître à quel degré de corruption se trouve déjà un peuple à peine parvenu au premier degré de la civilisation sociale et chrétienne.
Pour ne pas être injuste , pour ne pas condamner avec une excessive rigueur tout ce peuple considéré sous le rapport religieux, il nous semble nécessaire d'en considérer l'ensemble dans sa division politique, en deux grandes classes de serfs et d'hommes libres. Nous admettons cette division d'autant plus volontiers que le gouvernement l'observe toujours dans ses actes publics.
L^ saint synode, non moins que les panégyristes natio- ' naux ou étrangers de la Russie, s'accordent pour exalter le dévouement de cette nation sainte à son église nationale. Pour que ces emphatiques éloges fussent aussi
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vrais qa'ils sont faux, il faudrait prouver qu'il existe parmi le peuple une parfaite unité de foi, et le zèle dans raceomplissementdes devoirs du chrétien.
Et quels sont ces devoirs? quels sont du moins les principaux actes extérieurs qui, à l'époque la plus solennelle de l'année indiquent au moins que l'on fait des efforts sincères pour accomplir les autres? 11 y en a deux priacipaux, très-solennellement pratiqués en particulier dans l'église russe. C'est de purifier au moins une fois cbaqoe année , par la confession , sa conscience des péchés qui peuvent la souiller ; puis recevoir en état de grâce le corps sacré du Sauveur, dans la divine Eucharistie.
Eh bien! malgré les pompeux éloges du synode sur la piété russe, ces deux actes se font-ils dignement et fidèlement par le peuple ?Trouve-t-on chez celui-ci, demanderons-nous à M. le procureur-suprême , l'unité de foi et la fidélité au devoir pascal ? Tant qu'on n'aura pas solide* ment établi ce fait , jamais nous ne croirons que la piété chrétienne , semblable à une rosée de bénédiction , soit descendue sur le peuple russe.
Mais , loin d'oser aflirmer rien de semblable sur le comptede son église, le Saint-Synode est obligé déverser des larmes amères sur Téloignement du peuple pour ses devoirs. Des plaintes sans fin que cet état de choses amène, et que les relations officielles constatent, il résulte que le poison de l'hérésie , comme celui de 11mmoralité, ont également gangrené jusqu'au fond du coear tout ce peuple orthodoxe.
A l'article du troupeau , on fait , dans chacune des relations annuelles, un tableau de l'état moral du peujrfe.
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On indique, entre antres détails, le nombre do personoes de toutes conditions , qui s*acquittent ou qui négligent Paccônïplissement du devoir pascal.
La statistique dressée à ce sujets se divise en cinq catégories : à la première appartiennent les personnes qui se sont confessées et ont communié; dans la seconde se trouvent ceux qui se sont confessés , mais n'ont pas
i Ces tableaux offirent un Téritable intérêt aux amateurs de statistique; ils pourraient peut«ètra y trouver l'expiicalioa secrète de raccroissemeot prodigieux de la population en Russie. Voyez document n. 12. Si nous comparons en effet ies trois dénoraèrements publiés depuis Pienw-le-Grand jusqu^à nos jours, avec les notices statistiques données surtout par Arseniew • et Scbnitzler;si nous eiaminons en même temps Taccroissement naturel de la population dans les autres Étals, nous pouvons fadiement nous conyaincre que le gouvernement russe augmente au moins de douze à quinze millions le chiffre réel de la population de Tempire.
Nous ne pouvons qu^étre étrangement surpris en voyant exagérer d'une manière aussi outrée le nombre des personnes formant les diverses classes de la population. Poar les ecclésiastiques et leurs familles nous n'avons ritn à dire, li n*eo est pas de même de ce qui concerne la population n^ lîtaii«. Le saint synode la fait monter à 2,666,557 individus, parmi lesquels 1,429,410 du sexe masculin et 1,437,147 de Tautre sexe. Faisant U part de ce qui a rapport aux colonies militaires, on a lieu de s'étonner de cet excédant de 307,737 femmes ou filles de militaires, sur le nombre des hommes et des autres enfants. De plus on sait que l'armée active de la Russie ne s'élève pas à plus de 600,000 hommes.
Le nombre des hommes libres qui n'ont pas le droit de bourgeoisie nous semble encore plus exagéré; on lefoit monter à 3,508,772; celui des boungeoto à 1,297,691 • et celui des nobles à 2,305,868. Tandis que M* de Koppen, de l'Académie de Saint-Pétersbourg, attaché à Tadmiuistra* tion du domaine de la couronne, ne donne pour le chiffre des nobles^ dana son journal de 1840, que 538,160 individus de l'un et l'autre sexe» Le Pentarchiste quoique plus généreux, puisqu'il élève jusqu'à 900,000 le nombre des nobles , est encore bien au-dessous des évaluations du synode. Oaas le tableau de ce dernier, le nombre des hommes libres « no-i blesse, clergé, employés, militaires et artisans dans les villes, s'élèverait à 7,830,017 personnes. Mais d'après l'opinion des personnes inteDigentes^ ce nombre doit se réduire de moitié ; et l'on reconnaît dans le synode une intention évidente d'induire en erreur, par l'exagération ék ce chiffre, selon les vues de la politique russe.
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communié; la troisième renferme ceux qui n'ont pas communié et ne se sont pas confessés pour motif de maladie grave , ou autrQ$ raisons impQrt^Qte3 \ 4aa$ k quatrième sont ceui qui se sont éloignés des sacrements par indifférence; dans la cinquième, enfin, sont rangés les enfants au-dessous de^sept ans.
Ces derniers sont au nombre de 7,022,483 qui, retranchés du chiffre total de la population donné par le synode, je veux dire 39,862,894 fidèles orthodoxes, il en reste 32,839,995 obligés à remplir le devoir pascal. C'est sur ce chiffre que nous nous baserons pour appuyer les obser- ^valions qui vont suivre.
D'après le tableau donné de même par le synode nous voyons qu*en Russie, dans une seule année, 2,136,830 individus se sont confessés à Pâques, mais sans communier. Espérons que leur conscience n'aura pas été dans un état tel qu'il aurait été impossible de leur donner l'ab* solution. D'autres personnes, au nombre de 91,239, n*ODt pas satisfait au précepte pour raisons plausibles. Enfin 2,697,500 s'en sont affranchis par indifférence, c'est-à-dire par irréligion.
Mais examinons ces faits pour en tirer l'enseignement qu'ils présentent. D'abord, nous l'avouerons , nous sommes peu disposés à croire le peuple russe si corrompu, et la morale de l'église orthodoxe, si sévère, que 2,136,830 personnes aient pu, dans l'espace d*une seule année, se trouver repoussés de la sainte Eucharistie, comme étant indignes. Nous ne nous expliquons pas non plus comment cette môme église s'est montrée assez indifférente pour que 91,239 fidèles, pour cause de maladie ou autres
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raisons plausibles, aient été laissés par elle hors â*ét&t de s'approcher des divins sacrements.
C'est une chose par trop connue que la légère offrande faite par les Russes aux prêtres qui les communient, forme une des principales ressources de ce clergé dans la misère. Il importe donc beaucoup aux popes d'aller porter le Saint-Sacrement aux malades à domicile; et ils le font, j'en suis sûr, avec grand empressement. Ils remercient hautement le Seigneur de la conservation de ce fructueux usage; car, en semblable circonstance, ils s'arrangent de telle manière, qu'indépendamment d'un bon repas chez le malade, ils y reçoivent encore une offrande plus copieuse qu'à l'église.
Si donc nous sommes attentifs à toutes ces circonstan^^ ces, nous devons être persuadés que les 2,136,830 fidèles confessés et non communies, de même que les 91,239 ni confessés ni communies pour cause de maladie ou autre» bonnes raisons, sont parfaitement propres à faire partie des 2,697,500 individus sans foi que l'indifférence a tenus éloignés de leurs devoirs; et, réunissant dans le même chiffre ces trois classes de personnes dont la ressemblance est si frappante, nous trouverons 4,915,569 individus ayant, pour une cause ou l'autre, omis l'accomplissement de leurs devoirs. Or, ce nombre retranché des 32 839,995 orthodoxes tenus à remplir ces devoirs, on a pour ceux qui s'en sont abstenus une proportion d'un sixième.
De cette manière, lorsque nous rencontrons six Russes schismatiques, soyons assurés qu'il s'en trouve au moins un que l'indifférence éloigne de l'accomplissement de ses devoirs de chrétien.
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Si, de p!u8^ nous retranchons Tannée «t le clergé de la supputation faite pour montrer l'état religieux du fy^a^e russe ; armée et clergé, à qm la position cbez d'an et les lois disciplinaires cbez l'autre permettent âifficttemort cette omission, nous arriverons k i'efTrayanto proportion de un sur cinq.
Cette ciroonstanoe 9 du reste, suflOtrait pour âonner quelque idée de la prétendue piété du peuple orthodoxe de Russie* Mais le saint synode nous explique parfaitement l'état religieux de la nation, en nous faisant vok que chez les nobles, cbez les officiers de r«rmée «t an- Ires personnes de condition honnête, l'oubli des devoirs est extrêmement commun. Les classes inférieures d'hommes libres, au contraire, et les paysans aoa sectaires, suivent avec zèle, quoique machinalement, la leligion de leurs pères, impies «et misérables comme teux.
Toutefois, nous ue pouvons revenir de notre «étonnement en voyant te saint synode regarder ooimnie une action d'héroïque vertu dans le <dergé, raccompUsseBieiit fidèle du devoir pascal, «et dire 4}ii'eQ cela U se mootit vraiment le flambeau Âes fidèles. « Daas r.acoaaipKs9e- » ment de ces devoirs du chrétien , dit te procureur » suprême dans la relation de 1836, le clergé se trouve » naturellement en première iigue comme un exempte k- » mineux; vient en second lieu r^mée, puis tes person- » nés de condition inférieure, c'est-àdire .serviteurs et » paysans; tandis qu'après tous les autres se placent les » employés du gouvernement et Ja société la plus distin- » guée de Tempire. »
Et pourtant, malgré ce beau témoignage du synode,
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nous voyons que le poison de l'indifférence est venu, parmi le clergé russe, ajouter ses maux à tant d'autres germes de honte et de corruption. Nous voyons en effet, d'après les relations même de cet étormant synode, que 749 personnes appartenant au clergé, je veux dire 310 hommes et 439 femmes, sont accusées d'avoir omis Taccomplissement du devoir pascal ; que, de plus, 655 autres individus de la même classe ont négligé de s'en acquitter ; ce qui porte à 141 -2 le nombre de personnes qui, appartenant au clergé, n'ont pas rempli le devoir le plus élé* mentaire de la vie chrétienne.
Le triste tableau que le synode doit faire, comme malgré lui, de la manière dont on s'acquitte de ce même devoir dans le corps de la nation ; les plaintes amères qullaftM*mulées à cette occasion contre l'indifférence des classes instruites, semblent avoir vivement froissé leur amour-propre. En conséquence, on oublia, les années svHvantes, de publier le tableau de cette portion de la statistique; et pour calmer l'indignation de la noblesse et des hauts fonctionnaires de l'État, on inséra, dans la rdation de 1839, une belle phrase pour dire que le zèle appœlé dans l'accomplissement des devoirs avait s&m^ blement augmenté depuis 1833.
« Si Ton compare, dit cette relation, le résultat constaté » c^te année avec celui des années précédentes , il ap- » parait clairement que, non-seulement le dergé et l'ar- » mée surpassent toutes les autres conditions dans l'ac- » complissement de leurs devoirs de chrétiens, mais le » zèle pour les remplir a même augmenté parmi les nobles » et les autres personnes des premières classes. »
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Mais la fumée de cet encens, bien que très-agréable à ceux qui la reçoivent, n'est pas suffisante à beaucoup près pour obscurcir la vérité aux yeux d'un impartial observateur. Nous ne pouvons pas croire, nous l'avouerons, que le très-saint synode de Russie, malgré les trésors de sainteté que lui communique son cbef militaire, ait encore trouvé un remède aussi efficace qu'il le dit, pour un semblable mal. Nous ne pensons pas qu'un secret inconnu à tous jusqu'ici, il l'ait, lui, si heureusement découvert, qu'en deux ans il ait guéri l'élite de la société de Findifférence religieuse qui la minait ; qu'il ait changé, en un clin d*œil, toute cette corruption de mœurs et de doctrines en pratiques fidèles de religion et de vertus.
Ces œuvres-là ne sont pas des œuvres humaines, des œuvres^ de soldats ou de valets; la bénédiction du souverain régulateur des peuples, les pratiques d'une pénitence vraiment chrétienne pourraient seules y conduire avec le temps; mais il ne sera jamais donné d'y parvenir, aux machines ecclésiastico- militaires que le gouvernement russe emploie pour jouer sous ses yeux une des plus eu» rieuses scènes du drame tyrannique développé par sa puissance. Penser comme il pense, et agir comme il Fordonne, voilà, pour le gouvernement russe, toute science religieuse et politique , toute vertu sociale et chrétienne. Avec cela on fait des esclave^ brodés d'or, ou couverts de haillons; mitres et crosses, ou maniant le mousquet et Fépée; mais jamais on ne réforme, jamais on ne moralise un peuple.
Du reste une nation qui transgresse aussi facilement ses plus saints et principaux devoirs religieux, difficile-
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ment peut se trouver dans un état moral satisfaisant ou même supportable. Négliger la confession et la communion, ces deux sources si fécondes de vertus et de sainteté, cela donne la mesure la plus exacte de la démoralisation chez un peuple. Nous y voyons plus encore, pour la Russie, des symptômes évidents de dissolution sociale auxquels rien avec le temps ne saura remédier.
Les indiquer ne sera pas difficile.
On juge à peu près avec certitude le plus ou moins d'immoralité d'une grande ville par l'importance des établissements institués pour les enfants naturels. La Russie qui se vante si fort de sa jeunesse virile , de sa civilisation, porte déjà sur son front, sous ce rapport, les flétrissures les plus honteuses des vieilles cités du reste de l'Europe. Pierre-ie-Grand, père de la civilisation russe et en même temps modèle accompli de tous les désordres de mœurs, jeta principalement sur les hautes classes de la société de son empire, en même temps que les principes de la civilisation moderne, les germes de corruption les plus dangereux. La cour de, Saint-Pétersbourg, sous le gouvernement des femmes impudiques qui lui succédèrent, surpassa de beaucoup les scandales de Versailles ou du parc-aux-cerfs;cardumoinsen France une sorte de pudeur publique forçait de couvrir encore le vice d'un dernier voile. Mais en Russie, Elisabeth Petrowna et Catherine il foulèrent aux pieds toute retenue; et le trône servit d'autel et de piédestal à la honte et aux plus effrénés désordres.
Sous la dernière de ces souveraines, le crime dont elle
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donnait l'exemple avec une impudeur sans pareille, devint si répandu dans ]a capitale, que, pour mettre un terme à des infanticides sans nombre, il fallut recourir à la fondation, sur une vaste échelle, d'hospices pour les enfants trouvés. Ces établissements devinrent môme alors un objet de luxe que Catherine et ses adhérents civilisés ne rougissaient pas de nommer les sancttmires et les tenh pies bénits de l'humanité i.
I Voyez les lois impériales sar ces établissements dans Vonyragc intitiilé : Let plant et le» siatutt des différenit étt^blisêsmenis ordonnée par Sa Majesté Impériale Catherine 11, pour Céducation de la jeunesse et CU' titité générale de son Empire, écrits en langue russe par ât, Betthf et traduits en langue française^ d'après les originaux^ par Si* Ciercm'^ In-S», Saint-Pétersbourg, 4782, 2 vol.
Voici comment l'éditeur s'exprime à ce sujet :
Votre Majesté Impériale confiait mieux la vraie grandeur; tos projets nous montrent les traits qui la caractérisent. Et qui pourrait voir, sans on 6toniiement mêlé d'admiration, tout ce qoe votre courage paCrioti<|ii€€iH tfeprend pour le bien de vos sujets? Attaquer de front, et vaincre la saperstition et les préjugés des siècles , régénérer vos peuples par une édur eàthn conforme à la nature ^ aum lois de Cordre et des bonnei miMiri,
AlEVER et fonder pour jamais , A MOSCOU ET A PÉTERSB0UR6 , DBS SANC- TUAIRES A l'humanité, arracher à la mort et à la misère^ 'de faibta^ ^innocentes victimes ^ poar les rendre utiles un jour à toutes leselasia de la société; couronner tant de bienfaits par un plus grand bienfait encore ^ par la tiberté pleine et entière des enfants élevés et instruits danswfs ëtaèiifséments augueies ; détru^e par là des horreurs et dee erhsus qd avilissent et font frémir la nature; ô Catherine I entreprendre et exécuter CES projets, dès raurore même de votre régne; ne regretter ni les soins, nft les peines, ni les dépenses qui en sont inséparables; n'avoir d'autres iiioti& d'encouragement que l'utilité à venir, d'autre guide que le génie, d'autre SOntien que le courage , n'e!<t-ce pas être à la fois une autoeratrîce, «ne iiéroïue de l'anaour du devoir ?
Voici encore comment s'exprime à ce sujet M. le docteur Lyall , qui a vécu plusieurs années en Russie :
c Before the institutioa of tlie Foundling-hospilal at Moscow, it is aaid tbat the horrid praclice of destroging infants was very prévalent in and about the city; i. e. among the free people, or those who had pasaporlst» work , and ^ho were obliged cither to maintaiu their children al thdir own expence, to expose them, or to ha\e recourse to violent measnres. Attiong the peasanu 6f Rnssla , wbo are mostly «laves, a niimlMr «Tcbildren isan advantage to the lord of their parents, and Ihus even immorality
Si dans tous les pays civilisés la naissaBOO iHégitime imprime une sorte de déshonneur, même à rinnocenlç victime que le crime flétrit dans sa naissance , il faut avouer que la Russie n'avait pas cru devoir mettre cet article d'importation dansla civilisation d'emprunt qu'elle se formait. Ches elle les enfants trouvés se trouvaient légalement plus faveoriséa que si leur naissance eût été connue et légitime. En effet, en sortant de l'établissement qui les ^vait, ce n'était pas dans la classe des serfs , mais dans cdie des hommes libres qu'on les plaçait ^.
Du reste, à part le caractère d'illégitimité imprimé à la naissance de ces enfants, ils auraient naturellenaent droit aux privilèges des conditions libres. Ils appartiennent i^ms, eo effet , aux dasses distinguées de la société » ou tout au mcÂns à celle des hommes libres. Les serfé en Russie, e^laves de la glèbe, appartiennent tous a l'empereur oaà là noblesse ; ils forment, eux, leurs enfants, lews S^nmes et leurs bleus, comme une propriété du maître qui augmente avec le noml>re des bras pour col» tirer la terre. Bâtards ou légitimies, peu importe au possesseur de ces hommes réduits à la condition des troupeaux dont la fécondité l'enrichit. Pourvu qu'il voie sur ses
contributes sometimes to the augmentation of his property. The children belonf lo kira , and are maintaioed , at least many of thein , in a great éegre at hU ej^peose» and at ail limes receivehis protection; and, of courte, Uie fear of vant or the expence of rearing their children could seldom llri?€ Uie pareils (o inlaotidèe; thoagli akame or priœ, or the désire of coDcealment, might ofteu do so> especialiy amx>nf the more potialied Qiild-murder is now unheard-of at Moscow.
They présent the exposure of cbilctren ; a crime not now nown a«
Moscow The characier of the Russians and a detailed history of Mos*
cow, ly Robert Lyall M. D. liOndon, 1823. pag. 354. «
4 11 paraH ctpendaat qwe l'empeieur actuel l'Ûcaite de la Hgnt de conduite de ses prédécesseurs à cet égard.
I5â l'église SCHISHÀTIQUE RUSSE.
terres de nombreuses têtes d'esclaves, il ne demandera pas plus à leurs mères si le devoir ou le crime les ont rendues fécondes, qu'il ne s'inquiétera de la généalogie de ses chevaux ou de ses génisses. 11 bouleverserait de fond en comble les temples bénits de t humanité ipour y chercher un esclave né sur sa terre, comme il reprendrait, par la violence , un de ses taureaux enfermé dans le parc d'un troupeau voisin.
Le ministre de l'intérieur a publié, en 1835, un tablean des enfants trouvés qui , en dix ans , de 1822 à 1831 , avaient été admis dans les hospices de St-Pétersbourg et de Moscou. A St-Pétersbourg le chiffre s'élevait à 39,114 ; et dans la sainte cité de Moscou, bien que la population y soit moindre que dans la profane Pétersbourg, il s'en trouvait un tiers environ de plus. On n'y comptait pas moins de 52,549 de ces témoins vivants d'une corruption de mœurs qui effraie. Ainsi 91,663 enfants avaient été exposés, pendant l'espace de dix ans, dans les deux métropoles <le l'orthodoxe empire.
Dans ce même intervalle de temps, il en mourut 31,779 dans les deux maisons de St-Pétersbourg, et 34,715 i Moscou.
Le nombre moyen des enfants exposés dans la première de ces villes est donc de 4,000, et dans la seconde de 5,000 chaque année ; 9,000 en tout pour les deux. Si nous déduisons du nombre total de ceux qui s'y trouvaient en 1831, les 37,599 échappés précédemment à la mort, nous trouverons qu'on en avait exposé cette année-là 11,380, c'est-à-dire 2,380 de plus que le nombre moyen dans les dix ans écoulés. D'où l'on conclut forcément que la cor-
ruption est loin d'avoir diminué dans ]a société russe ^ Pour avoir un tableau plus frappant et plus exact encore de cet état de corruption, il faudrait pouvoir comparer le nombre des naissances légitimes à celui des autres. Mais nous n*osons entreprendre de donner ce tableau, attendu que tous les documents nécessaires ne sont pas entre nos mains, et que nous voudrions, comme
' Le tableau suivant en donnera une juste idée.
Sombre total des enfants troui'és déposés dans les hospices de Saini'Pe'tersbourg et de Moscou, dans un inten^alle de 10 ans.