‹ L'église selon l'EvangileChapitre 22 sur 30 · EST-IL INUTILE D F. TRAITER LA QUESTION ^'ÉGLISE · texte numérisé non relu

EST-IL INUTILE D F. TRAITER LA QUESTION ^'ÉGLISE

Cette opinion, au moins étrange, fait son chemin au milieu de nous. Je crois quïl n'est pas inutile d'en dire encore ici quelque mots.

L'essentiel, sans aucun doute,^ c'est la fidèle prédication de l'Évangile. L'Évangile fera l'Église; on ne fait l'Église qu'en faisant des chrétiens. Ceci est la chose fondamentale et sans laquelle rien ne va. Ayons partout des chrétiens, et l'Église séparée de l'État se formera certainement partout, puisque nous rendrons partout l'Église distincte du monde.

Mais, est-ce une raison pour que nous agissions en mystiques et en quiétistes, évitant de rappeler les grands principes posés par l'Évangile, sous prétexte qu'ils doivent se développer et se défendre tout seuls? Tout seuls ! Je demande pourquoi il en irait ainsi. La charité est dans l'Évangile; pense-t-on qu'il soit inutile de prêcher la charité? La fraternité est dans l'Évangile; est-il superflu de nous dire et de nous redire que nous sommes frères? La liberté

est dans l'Évangile; nous dispenserons-nous de signaler cette belle conséquence de notre foi?

Il serait commode que les principes se tirassent d'affaire tout seuls. Mais Dieu, en cela comme en tout, exige notre travail. Voyez le système volontaire, puisqu'il s'agit de lui, quel chemin n'a-t-il pas fait depuis trente ans, précisément parce que Vinet et bien d'autres l'ont mis en lumière, parce qu'on l'a pratiqué, parce qu'on a parlé, parce qu'on ne s'est pas croisé les bras, parce qu'on ne s'est pas écrié béatement : Il suffit d'annoncer l'Évangile !

Et croit-on donc qu'on annonce l'Évangile, lorsqu'on n'annonce pas tout l'Évangile, lorsqu'on retranche le principe de l'Église qui fait partie de l'Évangile?

Et croit-on donc qu'en refusant de soutenir la cause de l'Église contre le multitudinisme qui la nie, on n'aide pas à compromettre souvent la prédication efficace de l'Évangile ? Attendre que l'Église sorte toute seule de la prédication efficace de l'Évangile, et compromettre la prédication efficace de l'Évangile par le fait même de l'absence de l'Église, n'est-ce pas s'enfermer de gaîté de cœur dans un cercle vicieux?

On oublie trop ce qu'elle est, cette prédication de l'Évangile, dans un très-grand nombre de villages. On ne pense pas assez aux villages. Pour une grande ville, où la vérité se présente à côté de l'erreur et où la liberté du choix existe, il y a cent villages et petites villes où cette liberté n'existe à aucun degré. Là, si le christianisme libéral est en possession de la chaire, il fait seul entendre sa voix; on n'y connaît pas d'autre christianisme. Pensez donc un peu à ces générations successives qui se déclarent toutes chrétiennes, qui se croient toutes chrétiennes, et qui vivent et qui vivront de cela! Le cœur saigne rien que d'y songer. Le cœur saigne et la conscience s'émeut.

Notre devoir est simple : prendre tout l'Évangile, prendre toute la vérité, sans nous permettre d'en supprimer ou d'y ajouter quoi que ce soit. Je rends grâce à Dieu de ce qu'il s'est trouvé des chrétiens qui, tout en réservant la première place au salut par le sang expiatoire de Jésus- Christ, ont réclamé résolument la distinction de l'Église et du monde, la séparation de l'Église et de PÉtat. C'est

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