CONCLUSION
La hiérarchie de l'EgHse d'Espagne était fortement organisée et sagement distribuée. Les pouvoirs des métropolitains et de l'archevêque de Tolède, l'autorité des conciles provinciaux et nationaux assez souvent réunis assuraient l'unité de vue et d'action de ce grand corps. D'autre part, comme les ressorts métropolitains étaient une réalité canonique et que les synodes qui avaient lieu dans les diverses métropoles assuraient à chaque province ecclésiastique sa vie propre, on échappait aux périls d'une centralisation sans intermédiaires, à l'anarchie et à l'autoritarisme dont elle est trop souvent la cause.
La subordination des moines aux évêques en chaque ^diocèse empêchait une action d'ensemble du clergé régulier de venir parfois contrecarrer l'impulsion générale donnée à l'Eglige wisigothique par les prélats séculiers. Enfin le grand rôle joué par les assemblées conciliaires permettait au clergé de s'entendre, de se concerter fréquemment et de se maintenir toujours étroitement groupé.
Malheureusement si l'Eglise espagnole du vii^ siècle
possédait une organisation intérieure la fois forte et souple, elle se tenait peut-être trop à l'écart de la vie de la catholicité. On y tenait compte sans doute et des conciles œcuméniques et du droit canon universel ; on n'y ignorait pas les prérogatives de l'évêquede Ptome, mais on y vivait néanmoins un peu à l'écart et comme replié sur soi-même, les interventions pontificales en particulier portaient assez facilement ombrage. Ce particularisme national fut une des causes principales des interventions et des empiétements de la puissance séculière, ainsi que de la mainmise des clercs sur rEt§,t : on confondait trop facilement les intérêts de la religion et ceux de la nation, et l'action du reste de la chrétienté était trop faible pour remédier aux dangers de cette confusion. Le roi nommait les évêques et parfois dirigeait les conciles, les évêques et les conciles à leur tour faisaient les rois. Cette compénétration du civil et du spirituel firent qu'à la longue l'Etat et l'Eglise virent leurs forces s'user par ces frottements trop fréquents. Et ainsi la catastrophe de 711 ne fut que le terme d'une décadence depuis longtemps commencée.