Mign«, P. L., t. LXXX, c
décision devait avoir force de loi pour les cas analogues. Tantôt le décret était pris sur la seule initiative de l'empereur, tantôt le sénat ou bien le conseil impérial appelé auditorium, consistorium, étaient consultés ; il pouvait intervenir soit en appel, soit en i'^* instance ^ Les papes agissent à peu près de même que les empereurs ; leurs décrétales sont leurs oeuvres exclusivement personnelles ou bien le fruit de leurs délibérations soit avec le synode des évêques de leur province, soit avec l'assemblée du clergé cardinal de Rome 2. Les décisions pontificales visent originairement tel ou tel cas particulier, mais comme on lesinvoque souvent dans des circonstances analogues à celles qui leur ont donné occasion, elles prennent peu
I. Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio, article Edictum-Decretuni, t. II, Ire partie, 1893, p. 455. CL Encyclopédiede Pauly-Wissowa, t. IV, c. 3390-2 191, article de Hesky.
a. Le terme de consistorium qui jadis signifiait le conseil de l'empereur fut-il emprunté au droit civil pour désigner la réunion du clergé cardinal autour du pape, et le fut-il dès cette époque ? On ne saurait ni l'affirmer ni le nier. Le silence des documents sur ce point est à peu près complet. C'est dans un concile romain du temps de Boniface II (53o-533), tenu en 53 1 probablement, qu'on trouve employée pour la première fois cette expression relativement à la curie romaine, encore désigne-t-elle plutôt le lieu de la réunion que la réunion elle-même ; « Post consulatum « Lampadii et Orestis in consistorio Beati Andreœ Apostoli, praeai- « dente venerabili viro papa Bonifacio, una cum Sabino, etc.. « civitatis episcopis... residentibus etiam (suivcntlesnoms)... pres- « byteris. adstantibus (suivent les noms)... diaconibus, » jMansi, t. YIII, c. 7/40-41, Concilium ronmnum tertium, Sessiola.) Dans le Liber Pontijîcalis, le mot consistorium n'est employé pour la première fois que dans la notice consacrée à Alexandre III (iiôg- 1181), et il a presque son sens moderne. (Edition Ducbesne»
t. II, p. ^il.)
1 2 LA DISCTPLOE DE L EGLISE WISIGOTHIQUE
à peu force de lois générales. Enfin les difficultés qu'elles tranchent peuvent être soumises à l'évêque de Rome aussi bien en i""'' instance qu'en appel.
Pour être complet il faut encore relever deux autres expressions, celle d'u ordonnance invitatoire » que le canon 2 du XIV'' concile de Tolède applique à la lettre de Léon II envoyant les actes du VP concile œcuménique aux évêques d'Espagne et leur demandant de les signer S et celle d'u épîtres synodales )) qu'emploie le IIP concile de Tolède - faisant peut-être allusion au fait signalé plus haut de la collaboration des synodes romains aux décrétales.
Mais ces titres et ces appellations 'sont dans leur généralité assez peu explicites ; certaines déclarations des Pères ou des conciles d'Espagne ont plus de portée. Saint Isidore fait commencer l'ordre sacerdotal à saint Pierre, parce que c'est à lui tout d'abord que le pontificat a été donné dans l'Eglise quand le Christ lui a dit (( tu es Pierre, etc. » . Mais il ajoute que les autres apôtres entrent en partage égal d'honneur et de pouvoir avec Pierre ^. Saint Braulio, dans la lettre même
I, « Invitatoria^ epistolaris gratiic consulta susccpimus. » (Bruns, t. I, p. S^g.)
a. Bruns, t. I, p. 2i3 : u Synodicic sanctorum romanorum <( praesuhun epislolit'. »
3. « Sacerdotalis ordo a Pclro cœplt. Ipsi enim primum datus « est ponlificatus in Ecclosia CLirisli. . siquidem et ccteri aposloli « cura Pelro pari consortio honoris et polcstatis elîecti sunt. » [De officiis eccle.ùasliris. 1. I, c. xlui.) IVous ne citons pas la lettre Vie d'Isidore qui est beaucoup plus explicite sur le pouvoir pontifical. Personne n'admet plus son authenticité et on la date généralement du xn«3 siècle. (Migne, P. L., t. LXXXIII, col. 903-904 ; Turmd, Histoire de la théologie positive, t. II, p, ig^)
KOME ET l'Église wisigothique i3
où il réplique assez vivement aux reproches d'Honorius, proclame ouvertement le droit de surveillance générale du pape sur la discipline et la doctrine. C'est le rôle du pontife romain, rôle que Dieu même lui a confié, d'étendre sa sollicitude à toutes les Eglises et de les éclairer de ses lumières ^. Le Christ lui-même donne à la pierre de Pierre sa stabilité 2. Le pape est exhorté à promouvoir la vraie discipline tant en Orient qu'en Occident ^. On ne s'étonne donc pas de voir les évêques espagnols, dans une note adjointe à la lettre de Braiîlio, proclamer le pape, comme nous l'avons indiqué plus haut, le chef de leur ministère. Enfm la chaire de Saint-Pierre était fêtée en Espagne dès le vif siècle, car un homiliaire de Tolède publié par Dom G. Morin et qui doit être antérieur à la conquête arabe contient une homélie de saint Léon P^ u in cathedra Sancti Pétri '^ ».
Les décrets, les usages même d'un siège si important doivent donc exercer leur influence en dehors de sa mouvance immédiate. Saint Isidore recommande de ne pas jeûner le dimanche, surtout parce
I . « Optime satis A'aldeque congrue cathedrie vestrœ a Dco « Yobis collatae munus persolvitis cum sancta sollicitudine omnium « Ecclcsiarum pra3nitente doctrina3 lumine... tutamina provi- « detis. » (Migne, P. L., t. LXXX, col. 667.)
3. u Petra Pétri quam fundatam esse novimus stabilitate (' Domini nostri Jesu Christi. » [Ibid.)
3. « Utraque pars voce tua commonita et divino prœsidio tuo « sibimet inesse sentiat esse adjutorio. » (L. c.)
4. Analecta Maredsolana, t. I, p. 409. Sur la date de cet homiliaire appelé liber comiciis, cf. la préface de Dom Morin, p. vu, et suivantes.
l4 LA DISCIPLINE DE l'ÉGLISE AVISIGOTIIIQUE
que le Siège apostolique garde cette règle ^ Les décidions des pontifes romains sont mises sur le même pied que celles des conciles et forment avec elles l'essentiel du droit canon. Le IIP concile de Tolède commence son œuvre de réforme en décrétant que les constitutions de tous les conciles, en même temps que les lettres synodales des saints pontifes romains, doivent demeurer en vigueur -. Les Pères du lY" concile, s'en référant à une réponse de saint Grégoire à saint Léandre sur la question de l'immersion baptismale triple ou une, avertissent qu'ils ne suivent pas ce qu'ils ont établi eux-mêmes, mais ce que les Pères ont établi ^. Le canon XYIP du même concile décrète la canonicité de l'Apocalypse, s'en référant à l'autorité de nombreux conciles et aux décrets synodaux des saints pontifes romains 'K
Voilà les principes : comment les appliquait-on ? Quelles étaient, dans la pratique courante des affaires, les relations de l'Eglise wisigotliique avec Rome ? L'étude d'un certain nombre de cas concrets nous l'apprendra.
I . « Pracsertim ciim apostolica sedcs hanc regulam servet. » [De ojjicus, t. I, c. xmi.)
a. <( Maneant in suo vigorc couciliorum omnium constituta. <( simul et svnodicio sanclorumpra^sulum romanorum cpistola^. » (Tolède, III,^ I ; Bruns, I, 2i3.)
3. « Non nostrara sed paternam institulionera sequentes. » (Canon 6, Bruns, I, 323.)
4. « Multorum concilionim auctoritas et synodica sanctorum « prœsulum romanorum décréta. » (Bruns, 1, p. aaS.)
Parmi ces cas, il faut d'abord ranger quelques exemples de recours spontané à l'autorité des papes. Tantôt on en appelle aux anciennes décisions des pontifes ; c'est ainsi que le IIP concile de Tolède adopte purement et simplement un canon d'Innocent P"" S que le VP invoque une décrétale de saint Léon P' pour permettre aux pénitents trop jeunes d'user du mariage. Cette décrétale on la glose et la commente comme un texte de droit faisant force de loi, et l'idée ne vient même pas qu'elle ne pourrait valoir que pour un fait particulier ^. Tantôt, en face d'une difficulté qui laisse perplexe, on écrit à Rome, comme le fit saint Léandre, ainsi que le relate le IV^ concile de Tolède qui cite tout au long la réponse où saint Grégoire laisse son ami libre de choisir, suivant les circonstances, l'immersion baptismale triple ou une 3. Il est à remarquer que sur ce même sujet le patriarche de Constantinople fut également consulté ^y mais la tradition conciliaire espagnole n'a retenu que la lettre de l'évêque de Rome.
Le roi, aussi bien quelesévêques, s'adresse au pape ; le fait se produisit au moins une fois. Le registre des lettres de saint Grégoire contient une lettre de Récarède au saint Pontife. La missive s'en tient aux formules générales, ce n'est que la lettre d'introduction des envoyés du roi wisigoth. Ce dernier salue le pape comme 1' « homme très vénérable dont le pou-