‹ L'égoi͏̈steChapitre 100 sur 160 · IT · texte numérisé non relu

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qué aussi et il lui demanda des nouvelles de son père. Elle répliqua que son père n’était pas encore levé, puis elle partit rejoindre Crossjay.

« Si le malade dort longtemps, c’est bon signe, expliqua le docteur. Mais la jeune fille ne paraît pas se porter aussi bien. Il est vrai que les femmes varient. Leur attitude trahit leur état d'âme. Elles n'ont pas reçu, comme nous, ces coups de poing qui nous apprennent à cacher nos sentiments. Elles ressemblent aux drapeaux qu'on hisse pour

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les funérailles ou les galas : un jour ils flottent, le lendemain, ils rentrent dans leur fourreau. Les hommes sont comme les figures sculptées à la proue du navire ; à peu près les mêmes par les temps calmes et par les tempêtes — et point trop beaux, grâce à l'Océan. Un siècle s'est écoulé depuis notre dernière rencontre, Colonel. Sur le bateau de Dublin, je m’en souviens, et par quelle nuit |

— Je me rappelle que vous m'avez remis sur pied, docteur.

—— Ah ! je serai heureux de vous entendre témoigner que Corney, en mer, n’est pas un charlatan, grâce aux moïnes de la Chartreuse, dont l’élixir possède le pouvoir d’apaiser les vagues. Et on vous dit qu'il ne se fait plus de miracles !

— Pétrissez ensemble un moine et un médecin, docteur.

— C’est vrai. Cette combinaison serait déjà un miracle. Et cependant, la guérison de l'âme entraîne souvent une ouérison entière et totale du corps ; on tient un méchant propos lorsqu'on prétend qu’en abandonnant le corps à un médecin, on donne à l'âme le signal de la fuite. Dites donc, Colonel, ce gamin a quelque chose sur le cœur.

—— Je suppose qu’il aura tracassé un fermier ou un gardechasse.

—— Mettez-le à l'épreuve. Vous verrez qu'il se défend bien. C’est à Miss Middleton qu'il songe. Il y a là quelque chose comme un secret, et ce secret ne rend pas Crossjay très joyeux.

— Nous verrons ».

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Le docteur fit oui, de la tête : « J'irai tout à l'heure voir mon malade. Je suis trop matinal pour lt, aussi vais: je faire une ou deux visites médicales chez les oiseaux qui sont réveillés. » Et la voiture partit.

De Craye parcourait à grands pas le jardin. F1 était de ces esprits ouverts et prompts, qui, si jamais ils réfléchis-

sent, avancent par sauts et par bonds. Le monde extérieur semble se réfléter en eux sur quelque miroir dansant.

En un éclair, il devinait un projet. En un éclair, :l formait un autre dessein, mais, dans les deux Cas, au lieu de délibérer anxieusement, il tenait son esprit en suspens, et se fiait patiemment au Jeu de ses rapides intuitions. Crossjay paraissait songer avec anxiété à Miss Middleton là-dessus, devant les yeux du Colonel, se déroula une série d'images en relief qui se rapportaient aux faits et gestes de Crossjay, pendant les dernières quarante heures. Il n'arrêtait sa pensée sur aucune de ces images, il se contentait de glisser et de planer au-dessus d'elles. Son esprit, qui tenait du faucon, tout comme son beau visage, permettait à son instinct de désigner à loisir l'endroit où il fallait frapper. Une nature réfléchie m’évite pas dans l’action certains dangers : le plus souvent, elle se hâte de formuler une hypothèse, afin de pouvoir travailler sur des probabilités, d’après certaines méthodes, et suivant les chemins auxquels elle est accoutumée ; maïs faire des hypothèses hasardeuses, c’est jouer dans les détours du labyrinthe. Celui qui peut, assez longtemps, épier d'en haut, en décrivant de grands cercles, qui examine tranquillement, tandis que tous les détails se groupent sous ses regards, celui-là découvre les faits grâce auxquels certain mystère prend toute son importance. Alors s’éveille l’esprit : ou bien la piste est bonne ou bien aucune piste ne se découvre, c’est le cas le plus fréquent ; mais notre observateur évite les pièges tendus par sa propre intelligence, il est toujours plus près de résoudre l’énigme que les devins ou les calculateurs, et sa vision atteint une ampleur à laquelle tous ses rivaux ont renoncé. Cependant, s’il veut garder ses chances de succès, il doit observer de près, et avec le plus grand calme,

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