‹ L'égoi͏̈steChapitre 106 sur 160 · CUS RE · texte numérisé non relu

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J'avais entendu quantité de choses avani de savoir où je me trouvais. Et c'était poétique |

— Cependant, Crossjay, cette conversation pouvait être importante ! — l’était-elle ? »

Le cœur du gamin battit de nouveau à coups pressés et le Colonel demanda : « Miss Dale sait-elle que vous avez écouté ?

__ Elle ! s’écria Crossjay. Oh ! je ne pouvais pas le Jui dire, à elle. »

Sa respiration devenait haletante, puis il eut envie de pleurer. « Elle ne voudrait rien faire qui pût blesser Miss Middleton. J’en suis sûr. Ce n'était pas sa faute. Elle — voici Mr Whitford ! » Crossjay bondit vers lui.

Le colonel ne fut pas tenté d’attendre le retour du petit garçon ; il s’avança rapidement sur la route, sans avoir nettement conscience qu'il était poussé par le désir de devancer Vernon Whitford : à qui, après tout, les nouvelles révélées par Crossjay ne seraient pas d’un grand secours. Le pauvre garçon se précipiterait Sans doute sur Willoughby, et le querellerait parce qu’il avait manqué à Îa parole donnée. Et de Craye pensa : Il y a des hommes qui ne voient rien, qui ne sentent rien.

[1 franchit une barrière, pour pénétrer dans le bois et loncer le lac. Là il aperçut Claire, et comme il était disposé à se croire le favori de la fortune, il trouva tout naturel que la femme devant qui son cœur apprenait à bondir eût été placée là par le destin. Et il ne s’étonna guère du pouvoir qu'elle exerçait, car le monde avait rarement vu s unir comme en cette silhouette de jeune fille, la sylphide et Ia princesse. Elle se penchait, en se retenant à une branche de hêtre, et elle regardait l'eau fixement.

Elle ne l'avait pas entendu. Lorsqu'elle regarda, elle rougit en voyant une de ses mille péhsées prendre forme, mais elle ne tressaillit pas, et c’est un visage sérieux que le sang colora. |

« Ge n’est pas tout à fait la première fois que Wil- Joughby a joué ce tour », lui dit de Craÿe, qui sourit avec malice, la bouche entr ouverte.

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Les lèvres de Claire remuèrent, elles semblaient appeler les remarques qui auraient dû préparer un plongeon si abrupt et si étrange.

Il sourit, comme s’il venait de découvrir, en pleine Iumière, un spectacle comique. Pour le moment, 1l n'était plus que le faucon. Il éprouvait plus de surprise que Claire, car Claire n'était pas disposée à se laisser surprendre. La vue de Claire avait décidé de Craye à frapper : 1l fondait sur sa proie.

Un autre instinct à l’œuvre, (ls surgissent par vingtaines plutôt que par couples, lorsque c’est le cœur qui œuide la chasse) le fit partir droit devant lui, très vite, pour que le flot de la découverte entraïnât la jeune fille.

Elle retrouva un peu de sa maîtrise d'elle-même, dès qu'elle put prêter à ces paroles un sens auquel elle n'avait pas encore songé, mais elle dut se laisser conduire tout en percevant nettement l’endroit où bifurquait le courant; d’un côté la pensée du colonel, de l’autre la sienne propre.

« Miss Middleton, je ressemble un peu au messager qui s’en fut trouver le glorieux despote : — ma tête saute si Je ne dis pas la vérité. Je joue tout ce que je possède sur ce dé. Ai-je mal interprété votre désir ? Je déchiffre dans les ténèbres, avec mon cœur. Mais voici qui est certain : Willoughby vous rend votre liberté.

— (C'est lui qui vous envoie ? » Aucune autre pensée ne lui vint, mais elle ne put s’obliger à rester impassible. Elle se mit à trembler.

« C'est Miss Dale.

— Ah! » Claire fit un geste découragé. « Elle m'a déjà dit cela une première fois.

= —— Ce sont les faits qui parlent maintenant. = — Vous ne l’avez pas vu depuis que vous avez quitté = la maison ?

— Confusément : Une image assez nette pourtant :

quelque Chose comme la main de la destinée, derrière uñ

voile. Il à demandé Miss Dale en mariage, la nuït dernière,

à l’heure fatidique : entre minuit et une heure. É — Miss Dale ?

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__ Voudrait-elle d’un autre ? Pourrait-elle ? La pauvre jeune fille languit depuis plus de dix ans. C’est une incarnation féminine de l’amour.

— Parlez-vous sérieusement, Colonel ? | Oserais-je plaisanter avec vous, Miss Middleton ?

— J'ai mes raisons de croire que c’est impossible.

— Aussi sûr que j'ai une tête, c’est une vérité toute fraîche, toute épanouie. Bien plus — toute ma vanité est en jeu. |

— Permettez-moi d’aller trouver Miss Dale ». |

Elle fit quelques pas en avant. |

« Réfléchissez.

__ Miss Dale et moi, nous sommes d'excellentes amies. Elle ne jugerait pas ma démarche indélicate. Elle garde pour moi quelque considération, à cause de Crossjay. Oh | | est-ce possible ! Il doit y avoir quelque erreur. Vous avez | vu — vous voulez m'être utile — vous pouvez vous laisser | tromper trop aisément. La nuit dernière 7... Et ce Tna- | ul. |

— Ce n’est pas la première fois que notre ami a joué ce même tour, Miss Middleton. |

—— Mais c’est incroyable : cette nuit même... et, ce matin, | en présence de mon père il insiste l. Vous avez vu Miss |

Dale ? Tout est possible, venant de lui : ils étaient ensemble, je le sais. Colonel, je n’ai pas la plus petite chance de vous rien cacher. Je crois que j'ai senti cela dès notre première rencontre. Voulez-vous me dire d'où vient voire certitude ? | __ Miss Middleton, lorsque, pour la première fois, j'ai Ÿ eu l'honneur de vous regarder, j'étais dans une posiure qui m'obligeait à lever les yeux, et..., moralement, }'aë gardé depuis la même attitude, j'ai compris que Wil= loughby avait remporté le plus enviable des prix que puisse offrir de monde. Mais, bientôt après, ai conclure qu'il ne l'avait gagné que pour 1eéperdre. Qu'il s’en soucie beaucoup, c'est un mystère que J6 n'ai

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