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__ pas le loisir de sonder. C’est de lui-même surtoui qu'il se préoccupe, et qu'il s’est toujours préoccupé.
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— Vous l’avez découvert, s’écria Claire.
— 1] me l’a découvert. Le miracle, c’est que le monde n'ait pas voulu s’en apercevoir. Mais le monde ressemble à un troupeau de bétail servile, devant le riche monsieur qui remplit l’auge, et Willoughby l’a toujours remplie avec beaucoup d’habileté. En dehors de moi, il n’y a que des femmes qui aient su voir clair. Je ne l’ai jamais trahi. Je me suis Contenté, purement et simplement, d'observer, parce que j appréhendais une autre catastrophe, quelque chose comme la quatrième, à ma connaissance ; le public en à Connu une...
— Vous avez connu Miss Durham
— Et aussi Harry Oxford. Et ils forment un couple aussi heureux que des merles dans un cerisier, quand le soleil d'été se lève et que le propriétaire du jardin est endormi. A cause de cette appréhension, j'ai refusé d’être garçon d'honneur jusqu’à ce que Willoughby m'’ait écrit pour la troisième fois. Il a insisté. Je suis venu, j'ai vu et j'ai été vaincu. J'espère, de tout mon cœur, que Je ne me suis point trahi. Ma situation m'imposait le devoir de garder le secret, Quant à cacher tout à fait que je me suis servi de mes yeux, je ne sais pas. Que mes yeux en soient Tesponsables ! »
Le Colonel se servait de ses yeux avec une suavité croissante, plus dangereuse qu’une paisible douceur.
Claire répondit : « Je crois que vous avez montré une sincère bienveillance. Nous allons descendre par le sentier autour du lac. »
Pendant la descente, elle ne refusa pas sa main, mais le Colonel ne la retint plus, dès que Claire put se passer de ses services. Comme il jouait le rôle admirable de l’homme d'honneur, il s’observait avec soin, dans les moindres détails ; bien qu'il commençât à se sentir sûr de Claire, il pressentait chez elle quelque chose d’inconnu et n'osait pas feindre l'assurance.
Cependant, une impulsion presque irrésistible le poussalt. Il obéissait à la fois à son émotion et à une règle de conduite. [ regardait cette main, la main d’une jeuns
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fille libre maintenant. Willoughby écarté, ses propres chances étaient grandes. Qui d’autre lui barrait le chemin ? Personne. Il se donna le conseil d'attendre. Elle avait peut-être ses idées à elle sur la délicatesse. Claire | montrait un visage inquiet, absorbé, un front soucieux, %
des lèvres serrées.
« Ce m'est pas Miss Dale qui vous à renseigné ? de- | manda-t-elle.
Hier soir, ils étaient ensemble ; ce matin elle prenait la fuite. Ce matin j'ai vu qu’elle était très malheureuse. Elle ne peut se décider à vous envoyer un message, elle parle va-
guement de vous voir dans quelques jours. Et ce n'est pas la première fois qu'il vient demander à Miss Dale de le consoler. »
Claire réfléchissait : « Ce n’est pas une demande en mariage, il est trop prudent. Il n’a pas demandé sa main, À ce moment-là. N’êtes-vous pas allé trop vite, | Colonel ? |
Des ombres passaient sur son visage. Elle jeta un coup d'œil du côté de la maison, et cessa de marcher.
« La nuit dernière, Miss Middieton, quelqu'un écou-
tait. | — Qui ? | —— Crossjay se dissimulait sous cette belle couverture de soie que brodent les demoiselles Patterne. {l rentra tard, |
trouva sa porte fermée, et se glissa, au rez-de-chaussée, dans le salon, où il s'installa confortablement et s’endormit. Les
deux interlocuteurs le réveillèrent. Le pauvre enfant eut J peur, par amour pour vous, ei après leur départ, il voulait ! fuir la maison. Je l'ai rencontré, au moment même où Je rentrais, après l'avoir cherché. Il étouflait ; je l'ai emmené dans ma chambre, je l’ai couché sur le sofa, et je l'ai injurié, parce qu’il ne restait pas tranquille. I s’agitait comme un poisson sur le talus de la rivière. Le matin, quand je me suis éveillé, Crossjay était parti. Le docteur ; Corney l’a rencontré quelque part sur la route el l’a conduit au cottage. Je sonnais au même moment à la porte de Miss Dale, Corney me dit que le gamin se tourmentait | | % EE Ep a — “4 :
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et souffrait à cause de vous ; alors Crossjay et moi, nous avons causé.
— Crossjay ne vous à pas répété la conversation qu il avait entendue ? demanda Claire.
— Non. »
Fière de l'enfant, elle sourit avec satisfaction, et reprit sa marche.
« Mais vous me pardonnerez Miss Middleton — et je prends comme vous le parti de Crossjay — si Je me suis permis de jeter un peu la ligne.
— C'est au poisson que va toute ma sympathie.
— ]] portait un secret douloureux. Le pauvre enfant montait à la surface et appelait l’hameçon. Je l'ai épargné deux ou trois fois, parce qu'il éprouvait certain sentiment sacré que j'ai respecté. Personne autre que Mr Whitford ne devait être son père confesseur.
— Crossjay ! » s’écria-t-elle, toute vibrante de tendresse pour Je jeune garçon.
« Ce secret était tel, qu'à Miss Dale surtout, on ne pouvait de communiquer.
— Ïl à dit cela ?
— Presque dans ces termes. Elle m'a confié aussi qu'elle ne pouvait obtenir que Crossjay la regardât en face.
E …. Oh ! cela paraît bien vrai. Et Crossjay était malheureux ? très malheureux ?
— Il en était juste au point où les yeux se mouillent, et les larmes auraient coulé si le gamin m'était pas si courageux.
— Cela paraît... y» De nouveau Claire pensa à Willoughby et se reprit à douter ; comme un aveugle elle tendit les mains en avant et se rappela ce vieux monstre étrange qu'elle avait découvert en son fiancé. Un tel homme était capable de tout.
Cette conclusion l’encouragea à marcher dans la direction du château, et à livrer bataille pour sa liberté. Willoughby lui paraissait à peine humain, indéchiffrable, à moins qu’on ne se servit de cette clé qu’elle pouvait fournir. Elle résolut de se fier à ce pouvoir magique, grâce
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auquel Horace de Craye devinait dans l'ombre les événe- | ments. Les événements merveilleux nous fournissent de solides armes, quand nous sommes attaqués par de véritables prodiges de la nature. Le visage de Claire se rassÉréna. Elle parla avec de Craye de la haute societé mondaine ; et politique, en rejetant loin d'elle son propre fardeau, | et elle charma son interlocuteur. |
À l'extrémité du jardin, sur Île pont qui, par-dessus le | fossé, donnait accès au parc, une seconde impulsion, | presque un avertissement intérieur, poussa Île Colonel à saisir cette occasion divine. Pourquoi ne réclamerait-il pas | un remerciement. Pourquoi ne demanderait-il pas aux tendres paupières baissées de faire al] usion à une Técompense ? Mais il douta que cette question fût sage, et il se : contint.
Dans l'esprit de Claire s’ébauchait quelque formule comme « Dieu me pardonne ». Cependant, à qui l'eüt interrogée, elle restait prête à protester de son innocence.
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