‹ L'égoi͏̈steChapitre 77 sur 160 · SEP · texte numérisé non relu

SEP

mt

L'ÉGOÎSTE 191 } | cela de la paresse — que de faire usage de mes facultés | pour monter à cheval.

| — On ne perd pas son temps lorsqu'on cause avec Miss | Dale », intervint Willoughby.

4 La lumière était plus douce à son teint, dans Ja demipénombre où elle restait assise.

De Craye demanda si l’on avait rattrapé Crossjay. Letitia murmura quelques paroles bienveillantes. Willoughby examinait la broderie.

Mesdames Eléonore et Isabelle survinrent. Elles venaient inviter Letitia à monter en voiture avec elles.

Letitia ne répondit pas tout de suite, et Willoughby s’écria : « Miss Dale a grondé Horace pour sa paresse, et je vous recommande d'inviter notre ami à faire son devoir : je le remplacerai ici. »

Ces dames n’eurent qu’à regarder le colonel. Il se tenait à leur disposition, si elles voulaient de lui. On l’expédia vers dla voiture.

Letitia rangeait ses fils.

« Le Colonel de Craye parlait de Crossjay, dit-elle. Puisje espérer que le pauvre enfant a obtenu son pardon, Sir Willoughby ? »

Il répliqua : « Plaidez en sa faveur.

— Je voudrais être éloquente.

— Vous l’êtes, à mon avis.

— S'il commet des fautes, ce m'est jamais par bassesse. Il brillerait à l’école, auprès d’autres camarades. Ici, il vit dans une lumière trop éclatante ; ses sentiments et sa nature morale sont surexcités.

— Crossjay était différent, lorsqu'il vivait avec vous.

— Je suis sévère ; je suis dure.

— Une mère spartiate !

— C'est bien le modèle que je choisirais pour élever un garçon, excepté en ceci : il sentirait à chaque instant qu'il peut toujours obtenir son pardon.

— Pas aux dépens de la justice ?

—— Ah ! les jeunes enfants ne doivent pas être accusés devant les plus imposants tribunaux. Je crois qu'il est dan-

nn nee. tp rentré pe gimaitarrnagctr mmmre ” 7 . — = gt séstnés

nn es ——.., 7 ——. és £ > : — PA = = . nn ane

a . —- at à e r à - — . 1 ÉCS mais LÉ Z

étain à Fee DE ) ef

ASP ES I CS mr >.

RRCAIERE + ‘ STUNT RE SL ,

: F * LES "2 ne Fe dis dns dé nhei à : : e NS 4 Æe " % ut, , : du ns Pr 2 & + Ju à bte Shots he sai : É c D Ô à Hat « The RE + ze tr, aa ss pole bag SU £ D f à til a tas aééte . ss n . … L de. n ac ) A Ï ASE: : à VrY Jai (à k “ 6 , fl PART PAT + n% \L so É: a - +R DS . 2 À L Le Le és 2 a " >. D . TP ee de ù ere » rc F … sa : — #44 £a à re à tés -= A nr ) az dE s - pa apr rs HA "ya : - : LS 2 : " ; = “à CUS PR MAIRE Te Te s $ : Fae L 2e 7 £ ARE ÿ + R ds ju OT tr) é à «. : DES 55 nt iC DT | Ler h PA ol IST 7 CPE i Taxi Torr + dd CE : F : pe è DS FT te $ LAMPE C 2e NE : pe re 1 + . ERA Du ' 2 dm d 7 x d 1 L 4 - d a J 2" » . : : dr

c : rt FA d jf ANR C NU AT m | ANT PET PSS © DU E

Aides if sé * |

gereux de terrifier leurs imaginations. Ou bien alors, ne créons-nous pas, très probablement, le mal même que nous combattons ? Les jeunes gens devraient passer tour à tour de l’école à la maison, et au fond du cœur, ils devraient être sûrs que le pardon alterne avec la discipline. Leur âge trop tendre doit ignorer les rigueurs du monde. Nous risquons d’endurcir les enfants. Je vous prouve que je suis mal douée pour l’éloquence. Vous m'avez encouragée à parler, Sir Willoughby.

— Vous parlez sagement, Letitia.

— Je vous dis la vérité. Ne voulez-vous pas y réfléchir ? Je suis sûre qu'’alors vous pardonneriez. Mais je deviens hardie, et il me faudra demander moi-même à être par donnée.

— Vous écrivez toujours ? Vous continuez à travariler avec votre plume ? demanda Willoughby.

— Un peu ; très peu.

— Je n'aime pas vous voir vous gaspiller, vous épuiser

pour le public. Vous êtes trop précieuse pour servir @e pâture au monstre. Une production incessante doit à da fin

vous laisser diminués. Gardez-vous pour vos amis. Pourquoi une si grande part de vous-même leur serait-elle dérobée ? N'’est-il pas raisonnable de supposer que si vous laissiez votre esprit en jachère, votre vie domestique s’en trouverait enrichie. Sincèrement, si je possédais assez d'autorité, je confisquerais votre plume, je voudrais « en finir avec cette marotte ». Vous ne m'entendrez pas souvent citer Cromwell, mais ses paroles s'appliquent ici. Je devrais plutôt dire : cette lancette. C’est sans doute le terme le plus exact. Vous vous saignez, vous vous épuisez. Pourquoi ? Pour un souffle de renommée.

— J'écris pour gagner de l'argent.

— Et alors — je le dirais de tout autre que vous — vous courez le risque d'’avilir votre esprit. Qui sait ? votre âme ! Trafiquer de son intelligence pour de l'argent doit, avec le temps, avilir l'esprit au niveau de ceux qui l’achètent. Je confisque votre plume, Letitia.

— Vous confisquerez votre propre don, Sir Willoughby.

— Alors cela prouve... voulez-vous me rappeler la date.

__ Vous m'avez envoyé un porte-plume d'or, le jour de mon seizième anniversaire.

— Cela prouve que j'étais alors bien étourdi, et plus tard. Et plus tard !

Il appuya son coude sur son genou et mit une main sur ses yeux, pour se réfugier dans cette ombre profonde que hante la voix du passé repentant. Puis il murmura

« Et plus tard ! »

Cet acte pouvait s’accomplir. Willoughby arrivait à la conclusion qu'il pouvait s’accomplir. Avec beaucoup de laborieux efforts et de clignements d’yeux, ils s’appliquait à harmoniser les traits de Letitia, assise auprès de fui, et la figure idéale qu'il avait parée avec les plus belles couleurs de sa palette (‘e n’était pas non plus impossible. Sa voix agréable, ses paroles sensées et la lumière favorable à son teint, tout cela facilitait les efforts de Willoughby. Letitia était comme un breuvage apaisant, apaisant et sain. Le délire ne convient qu’à l’adolescence. Les hommes qui demandent des coupes enivrantes jettent un défi au destin.

Chose étrange, et pourtant certaine — si la certitude

existe en ce monde — le mari de cette femme pourrait vanter partout ses vertus et ses trésors. Maïs il ne pourrait pas — on ne sait pour quelle raison — célébrer la beauté

de sa femme ou la gloire d’avoir épousé un bas-bleu. Letitia, une fois mariée, aurait besoin que son mari lui donnât le ton, et elle se mettrait au diapason voulu. C'était un mérite de caractère neutre, mais peu Commun.

Letitia devinait bien que Willoughby était sérieusement tourmenté. Dans sa surprise de le voir s’abandonner ainsi au chagrin, elle maîtrisa un frisson de vague alarme. Elle était nerveuse. Elle restait immobile, s’attendant à quelque éclat de regret ou de passion.

« Puis-je espérer que vous ayez pardonné à Crossjay !

— Mon amie, dit-il, en découvrant son visage, j'obéis à des principes. Convainquez-moi d’erreur, et je me suivrai pas avec entêtement le chemin que je m'étais tracé. Mais vous me connaissez. Les hommes qui ne règlent pas leur

Page 1