‹ L'Égypte à l'Exposition universelle de 1867Chapitre 18 sur 146 · Monument trouvé à Memphis, au pied des grandes pyra · texte numérisé non relu

Monument trouvé à Memphis, au pied des grandes pyra

nides. Il appartient évidemment à l’ancien Empire.

17 et 18. — Deux monuments à libations, presque de même forme et trouvés tous deux au fond d'un souterrain, dans l'enceinte de la grande pyramide. Une paire de lions, la tête droite et le regard fixe, debout, sur leur dos portent une table creusée d'une risole. Ils ont la queue basse et enlacée autour d'un vase dans lequel coulait le liquide répandu par le prêtre sur la table. C'est une idée qu'on rencontre aussi au sabbat, chez nos sorciers du moyen àge, de sacrifier sur le dos d’une bête. Étrange symbole dont le sens est perdu, mais qui avait un sens.

Il v aurait encore, à un autre point de vue, beaucoup à dire sur ces deux meubles funéraires. Les Égyptiens donnaient toujours, ou du moins souvent, à leurs tables, lits et siéges de toute espèce, une forme qui se ramène à la forme plus où moins torturée de quelque animal. Qu'on aplatisse par la pensée le ventre d'un de ces lions et sa poitrine jusqu'à en faire une large planche; qu'on lui relève la tête en manitre d'oreiller et la queue droit en l’air, on aura ainsi, sur les quatre pieds de la bête, un lit égyptien. Pour faire une chaise il faut opérer plus hardiment, fendre l'animal en deux jusqu'à la naissance du cou, ramener une demi-tête à droite, une. demi-tète à gauche, et trouver le dossier où l’on peut. Au reste un

sinple dé de pierre sert aussi de siége et même une planche sur

quatre tiges de lotus. Notons d'abord que les artistes égyptiens n'assevaient Janais indifféremment les statues des dieux et des rois sur un dé de pierre, sur des tiges de lotus où sur un animal. Ils ne choisissaient qu'à bon escient.

19. — Cette statue nous ramène au huitième siècle avant notre ère; elle représente une dame du nom d'Améniritis. Elle est en al bâtre, adossée contre un pilier et posée sur un socle de granit gris. L'inscription du pilier est une invocation aux dieux; celle du socle nous dit les titres dont s'enorgueillissait, de son vivant, la charmante personne. Améniritis était Rectrice du Nord et du Sud. A ses pieds il y a deux cartouches : ils renfermaient, l’un le nom de son frère, l’autre celui de son pere; ils sont martelés. Mais on sait heureusement, par d’autres monuments, qu'elle était fille de Kaschta (on lit sur un scarabée, appartenant au musée de Boulak, La divine épouse Améniritis, fille de Kaschta) et sœur de Sabacon (selon un bas-relief de Karnak). Or Sabacon est le premier roi de la dynastie éthiopienne. Il régnait en des temps bien tourmentés ; il associa Améniritis à l'empire, ou peut-être aussi la princesse parvint à usurper l'autorité royale. Toujours est-il qu'elle était régente du vivant même de Sabacon. Son portrait, d'une élégance fière et chaste, donne d'elle-même, de sa cour et de son gouvernement, une assez bonne idée. Elle s’est fait mettre, par l'artiste, la grande perruque sur la tête, le fouet du châtiment dans la main gauche et une bourse dans la droite, comme pour exprimer qu'elle saurait être, à l’occasion, aussi terrible que bonne. On a du reste sur Améniritis et sur les événements de son temps des détails assez précis. Elle épousa un certain Piankhi, roi du pays de Cousch, un ambitieux conquérant, dont elle légitima ainsi la fortune aux dépens des droits de sa famille. De cette union naquit une fille qui s'appelait Schap-en-ap. Celle-ci, une fois en àge d’être mariée, fit comme sa mère : elle donna sa main à un personnage influent qui ne manqua pas de fomenter à son tour une révolution dans l'Em-

pire, à Psamméticus. Piankhi fut chassé d'Egypte et refoulé en

Éthiopie par son gendre après une assez longue guerre. La chute

de son époux eut-elle lieu du vivant d'Améniritis ? La vieille reine resta-t-elle peut-être en bonne intelligence avec sa fille ? On l'ienore. Mais la destinée de ces deux femmes, leur singulière influence sur les affaires de leur temps, donnent à penser. Certes il y a un abime entre la civilisation raffinée à l'excès des Pharaons des vingt-cinquième et vingt-sixième dynasties et la barbarie sauvage de nos Mérovingiens; mais on ne peut s’en empêcher, on se souvient quand même de Frédégonde et de Brunehaut.

20, 21 et 22. — La vache Hathor et les statues d'Osiris et d'Isis. Hathor est ici la bonne déesse sauvegardant l'âme d’un nommé Psammétichus dans son immortalité. Les trois monuments ont été trouvés dans la même tombe, près de Memphis. [ls sont de l'époque de la dynastie saïte et en portent bien tous les caractères, la

orûce de l'invention et la finesse de l'exécution.

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