Statuette d'Ammon en or massif
41.— Un uréus dressé sur sa queue, portant le soleil sur sa tête. Nous avons déjà essayé de dégager plusieurs des impressions relioieuses que les Égyptiens voyaient condensées dans l’aspic, dans la vipère, dans le serpent, en général. Peut-être l’ont-ils choisi pour emblème solaire, parce qu'ils croyaient qu'il ne vieillissait pas et qu'ils le voyaient se mouvoir avec une grande aisance, quoique sans pieds ni pattes. C’est là, du moins, l'avis de Plutarque. D'après cette interprétation, ils s’imaginaient donc que le soleil glissait à travers les espaces célestes d'un mouvement analogue à la marche du serpent.
44.— Plusieurs scarabées. L'un est d'or massif, les autres sont moulés en bronze.
Une autre cage renferme un choix précieux de monuments religieux, funéraires, civils et historiques : statuettes, stèles, petits meubles symboliques, ustensiles divers, vases, emblèmes, ete., en bronze, en faïence émaillée, en porcelaine verte ou grise, en pâte, en albàtre, en porphyre, en basalte, en granit où même en bois. M. Mariette, dans son livret de l'Exposition égyptienne, les décrit en détail, et il n'y a pas lieu d'en donner iei un deuxième catalogue. Négligeons donc les figures des dieux avec qui nous avons déjà fait connaissance suffisamment, et Osiris, Isis, Nephtys, Horus, Typhon, Ammon, la déesse Nout, le dieu Chons, Hathor, Ptah ne nous arrêteront pas davantage.
Pour Apis pourtant, peut-être vaut-il la peine de faire une exception. Il est représentée dans notre collection par une statuette de bronze finement modelée. Dans Apis, on l'a lu plus haut, les anciens Égyptiens vénéraient le peuple, une génération du bon peuple. Bœuf ou taureau, où même à la fois l’un et l'autre, quadrupède vulgare, mais utile, doux et fort, voilà Apis, voilà l'idée que les prêtres des Pharaons se faisaient des classes inférieures. Le dieu mourait tous les vingt-huit ans, et un autre le remplaçait, comme à une g
Dé
nération éteinte une nouvelle génération succède. Parfois l'animal sacré avait la vie plus longue; mais il était alors d'usage, dans le culte pharaonique, de le tuer de mort violente. Je ne sais si cela se faisait au cri de « Place au jeunes, place aux jeunes!» ou bien s'il en résultait quelque jeu de bascule politique, comme dans nos temps révolutionnaires; mais, en vérité, Apis prend toujours part du haut du ciel au gouvernement de la vie humaine.
Non moins qu'Apis, Thoth est une divinité éternelle. Avec la tête d'ibis et quelque emblème solaire, Thoth est le secrétaire des divines sciences; avec la tête de chien, coïffé du disque lunaire, il est le révélateur de toute poésie. Sous une forme, il est celui qui sait
que tout est fait avec nombre, poids el mesure, qui calcule, pondère, expérimente d'un œil clair; sous l’autre il écrit fidèlement ce que son sentiment lui dicte à la pleine lueur de la lune.
Parmi les monuments funéraires il y à une statuette d'albètre, haute de vingt-deux centimètres, trouvée à Thèbes, et datant de la dix-huitième dynastie. Elle est un de ces nombreux portraits dont on parsemait le sol des tombes, et qui figurent auprès du mort autant d’autres lui-même, avec mission de l'aider dans les luttes de sa vie éternelle. Cet usage de donner à un homme, pour compagnons de son immortalité, plusieurs schabti se justifie tout à fait dans la réalité des choses. En effet, il n’y a pas qu'un Napoléon, mais plusieurs Napoléon, tous vivants à jamais dans la mémoire des hommes et tous le secondant dans le difficile labeur de son existence d'outre-tombe.
Citons ensuite, parmi les monuments civils, un manche de boite à parfum ou de cuiller, très-curieusement façonné en forme de femme nue, nageant les bras étendus devant elle; un miroir dont le manche se termine par une tête d'Hathor et dont le disque est de bronze, autrefois vernissé d’or; cinq magnifiques vases d'argent massif, précieux échantillons d’ustensiles sacrés; un panier en jonc tressé, teint de couleurs diverses; enfin des vases de diverses matières, des flacons de verre, etc.
Le grand intérêt des monuments historiques consiste dans les problèmes qu'ils posent ou qu'ils tendent à résoudre, des solutions qu'ils corroborent ou qu'ils infirment. Prenons pour exemple une statuette du dieu Harpocrate, en albàätre, haute de sept centimètres : elle est ornée de quatre cartouches qu'on rencontre isolés ailleurs, mais ici pour la première fois unis ensemble, et la question maintenant est de trouver leur lien historique. Un scarabée en pâte verte nous parle du Pharaon Néchao, que la Bible nous montre battu à Karkémisch par Nabuchodonosor. Néchao v est représenté en guerrier victorieux, avec deux prisonniers à ses pieds, et la déesse Neith lui
accorde la victoire sur toutes les contrées : il est donc clair qu'il a été
un prince aventureux et entreprenant. Un petit vase en granit noir,
dont un singe grimpant forme l’anse, nous ramène au temps de la reine Hatasou, comme aussi une tête de lion, en jaspe rouge, d'un tres-beau travail et portant en inscriptions les divers noms adoptés par la régente quand, après la mort de Thouthmès IT, elle occupa
seule le trône.