‹ L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 13 sur 76 · ETES · texte numérisé non relu

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Jouent sans contrainte das FRERE (#5)

LELVIEUXN CATRE

vont et viennent avec la dignité qui sied si bien à un oriental. La vie en plein air est beaucoup plus active ici que dans les pays du nord. Les marchandises sont déployées et exposées sur les trottoirs mêmes, et les magasins à l’européenne semblent avoir disparu.

À un certain endroit de cette rue Derb-el-Gamäâmiz, par une large porte qui s'ouvre au-dessus de quelques marches, vous pouvez jeter un coup d'œil dans l’intérieur d’un monastère derviche. La grande cour pavée, qu'embellissent des arbres et une jolie fontaine en tuiles, paraît bien attrayante, surtout vue d’une rue chaude et poussiéreuse. Dans la rue même, près d'ici, 11 y a quelques érables justifiant son nom de Gamämiz, et, juste en face, se trouve la porte de la Bibliothèque Vice-Royale. Cette Bibliothèque a une très grande importance pour ceux qui étudient les langues orientales, et les personnes qu'intéresse simplement l’art du pays ne regretteront pas de la visiter, ne serait-ce que pour admirer les exemplaires enluminés du Coran qu'on y conserve. On accorde ici toutes les facilités possibles aux étudiants européens, ce qui n’est pas toujours le cas dans les

bibliothèques musulmanes, lesquelles sont généra-

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L’'ÉGYPTE lement consacrées exclusivement aux études de la religion mahométane,

Le Ministère de l’Instruction publique se trouve à côté. De toutes les tâches dont l’Angleterre a pris la responsabilité‘en Egypte, il n’y en a pas de plus difficile ou demandant plus de tact et de discrétion que celle de la direction des études des jeunes musulmans. Lorsque les Anglais vinrent occuper l'Égypte, l’instruction donnée dans les écoles consistait, comme elle consiste encore presque entièrement du reste à l'Université d’'El-Azhar, à lire, à expliquer et à commenter des passages du Coran. Il s'agissait d'apprendre par Cœur, mécaniquement, sans que les autres facul- | tés fussent exercées. Raisonner était chose inconnue. À présent, des professeurs diplômés des Universités d'Oxford et de Cambridge enseignent aux enfants les mathématiques, l’histoire, la géographie et les préparent d’une façon générale à se débrouiller plus tard, au milieu des conditions déjà bien changées de leur pays. Certes, tout cela est excellent, mais on ne s'arrête malheureusement pas là. Bien à tort, on semble croire que progrès signifie européanisation et que ces deux idées doivent avancer de iront, de

sorte qu'au lieu de développer leur propre civilisation,

LRHAVIEUSAENIRE

on leur impose petit à petit une civilisation étrangère. Pour ne citer qu'un exemple, il n’est permis à aucun enfant de suivre les cours d’une école khédiviale dans son gracieux costume national porté avant lui par ses pères. On l’oblige à y aller habillé à l’européenne, veste et pantalon, et coiffé du ridicule arbouche rouge. On se demande un peu quel effet moral ou quelle influence au point de vue civilisation peut bien avoir un pantalon. Il est vraiment regrettable qu'on ne permette pas à ces écoliers de porter leur costume national. Une fois habitués à nos affreux vêtements, ils continueront à les porter toute leur vie. Déià, leurs vastes et belles maisons, si bien comprises pour un climat chaud, disparaissent rapidement et font place à des appartements trop petits.

Nous suivrons cette rue un peu plus loin encore, jusqu'à ce que nous rencontrions à gauche une jolie sebfl (fontaine). Là, tournant encore à gauche, nous nous trouvons en face de l’entrée d’une des écoles khédiviales. L’aquarelle que j'ai faite de cette école fut peinte il y a quelque dix ans, avant que la loi ridicule sur les vêtements ne fût en vigueur. C'est un spectacle bien différent qui se présente aujourd’hui à

nos yeux quand les enfants sortent de l’école en cou-

L'EGVPRE

rant. Des complets faits à la douzaine en Europe remplacent le gelabieh et la {6b flottante. Si étrange que cela puisse paraître, ce changement de costume semble avoir affecté leurs manières aussi bien que leur apparence, car leur tenue n’a pas plus de dignité que leur complet. D'autre part, les robes qu’ils portaient autrefois étaient plus faciles à nettoyer que les costumes d’aujourd’hui, et étaient par conséquent, au point de vue sanitaire, bien préférables. La nouvelle mode est aussi beaucoup plus coûteuse, et j'ai entendu bien des pauvres gens s’en plaindre amèrement.

Faisons le tour de ce bâtiment et prenons le chemin qui conduit dans la direction sud. Ici, des murs élevés entourent les jardins d’un pacha. Nous longeons ces murs et nous passons encore devant une ou deux mosquées plus ou moins importantes, chacune cependant ayant un caractère bien personnel. Nous arrivons bientôt à la maison du cheik Sadaat, mais le promeneur n’entrevoit de toutes les beautés de ce noble et vieux palais que les fins grillages de bois qui cachent les fenêtres. J'avais eu la bonne fortune d'être présenté au dernier descendant du cheik

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