‹ L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 21 sur 76 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

LA MOSQUÉE DU SULTAN HASAN

LE PLUS BEAU MONUMENT DU CAIRE. || L’EXODE DES LAMPADAIRES. {| LE SUPPLICE D'UN ARCHITECTE TROP GÉNIAL. || ENTERREMENTS ET PLEUREUSES DE PROFESSION. || LA MOSQUÉE BLEUE.

IRIGEONS-NOUS à présent vers la mosquée au

dôme gris qui s'élève de l’autre côté de la place. C’est là non seulement le plus beau monument du Caire, mais le spécimen le plus parfait qui existe de l’art sarrasin. Elle fut construite sous le Sultan Hasan, en 1356, pour servir de Medreseh ou Collège de Théologie, mais elle est devenue depuis une mosquée de congrégation. Nous avons déjà vu une belle mosquée, celle de Ibn-Tulün, construite dans le but de recevoir une nombreuse congrégation dans sa vaste cour intérieure. Les medresehs étant construites à l'intention des étudiants, il n’était pas nécessaire de

sacrifier tant de place aux fidèles, mais il fallait avant

L'EGEPIE

tout considérer les besoins des professeurs et conférenciers et songer au logement des élèves. Le dôme, bien plus important ici que dans les autres mosquées du Caire, n'appartient pas à la mosquée elle-même : il recouvre une tombe. Il y a au Caire beaucoup de monuments religieux servant de dernière demeure à leur fondateur, et l’ona pris à tort l’habitude de considérer ces mausolées recouverts d’un dôme comme faisant partie d’une mosquée.

Le plan en forme de croix de la mosquée du Sultan Hasan n’est pas visible de l'extérieur, les angles étant occupés par des constructions qui renferment les divers appartements d’un collège. Le grand mur qui longe la rue n’est percé çà et là que pour éclairer ces appartements. La simplicité de cette façade fait ressortir la beauté de la corniche qui court tout le long du bâtiment. L’ornementation en forme de stalactites coupe les lignes horizontales à la projection de chaque assise de pierres, et la nudité du mur sous la corniche est embellie par les ombres que celle-ci projette. À midi, ces ombres s'étendent sur presque toute la surface du mur jusqu’à l’angle où celui-ci est exposé plus directement au soleil. Ici, les ombres s'arrêtent

brusquement comme si elles craignaiïent de violer le

LA MOSQUÉE DU SULTAN HASAN

contour du magnifique portail sous lequel nous allons pénétrer.

Après avoir monté quelques marches, nous nous trouvons sur le palier d’où cette immense niche s'élève à 22 mètres au-dessus de notre tête. L’arche en forme de voûte semi-sphérique se dresse en 12 rangées de pendentifs ; de délicates petites colonnes arrondissent les angles près de la base, ainsi que les niches cintrées qui se font face de chaque côté de la porte. Un cadre de ravissantes arabesques, des panneaux et des médaillons décorés de dessins géométriques finement taillés, ornent cette porte majestueuse.

Ayant franchi un vestibule voûté, puis deux passages, nous arrivons à une porte où le gardien nous remet des pantoufles, afin que nos bottines ne souillent pas les planchers, et nous pénétrons dans le San, ou Cour intérieure. Incontestablement, ce qui impressionne le plus, ce sont les quatre arches colossales qui séparent cette cour du transept ; elles donnent une impression de grandeur bien supérieure à ce que l'ensemble est réellement. Selon l'habitude, la fontaine pour les ablutions se trouve au centre de la cour, et il y a ici une autre fontaine plus petite, pour l’eau

potable. Le Ziwan ou sanctuaire est un peu surélevé

et couvert de nattes et de tapis à prières. La dikka ou chaire, d’où le Coran est lu, est en pierre et repose sur de gracieuses colonnes. La Mvhrab ou Kibla, niche sacrée, est à l’extrémité du bâtiment, tournée vers la Mecque, et à côté du pupitre de pierre.

J'eus la bonne fortune de pouvoir peindre le sanctuaire (tel qu’il est reproduit ici) avant que les travaux de restauration ne fussent commencés. Je ne doute pas que ces travaux ne soient accomplis d'excellente façon, mais il faudra quelques années pour que le neuf s’harmonise avec l’ancien.

Dix ans plus tard, je fus empêché de peindre de nouveau dans cette mosquée par les échafaudages et le bruit que faisaient les ouvriers. De grands morceaux de la fresque, légère comme une toile d’araignée, avec ses inscriptions kufiques, jonchaient le sol en compagnie des pierres moulées et coloriées qui devaient être nettoyées et retaillées avant d’être cimentées à leur place, travail nécessaire sans aucun doute, et d’ailleurs dirigé d’une façon fort habile. Puisqu’on en est là, il serait à souhaiter qu’on fit un peu plus encore et qu'on remit en place les magnifiques lampadaires de bronze qui, à différentes époques, ont été enlevés

de là. Quelques-uns, et des plus beaux, sont actuél-

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