B'ÉGYPTE
perdirent de leur importance, à mesure que s'élevait le nouveau faubourg royal, et rien n’en reste aujourd'hui, si ce n’est cette mosquée en ruines. El Katai, ou les baraquements, eut un meilleur sort; elle devint une cité prospère dont les historiens arabes ne se lassent point de vanter la splendeur ; son emplacement est couvert de maisons plus récentes et seule la mosquée déserte qui porte son nom survit au glorieux faubourg que bâtit Ibn-Tulûn et que son fils Khumârenyeh embellit. Les descriptions de ce palais, la Maison Dorée, le Pavillon d'Eté, ou Le Dôme de L'air, et les jardins et les fontaines inspirèrent sans. doute les auteurs des Mulle et une nuits plus que les richesses d'Haroun-al-Raschid, moins luxueuses que celles de ses SUCCESSEUTS.
La mosquée que fit élever Anir, et qui fut la première construite en Égÿpte, n’est pas arrivée intacte jusqu’à nous. La Couronne des Mosquées, ainsi que les guerriers arabes appelèrent leur première mosquée élevée en terre conquise, était de structure plutôt modeste, différente de ce qu’elle devint plus tard sous l'influence artistique des Coptes et des gouverneurs turcs. Elle fut rebâtie dans deplus grandes
proportions deux siècles plus tard, et restaurée en 1708
DANS LE QUARTIER COPTE
par Murad Bey. La plus grande partie de ce que nous voyons, date par conséquent du 1x® siècle ; elle peut donc toujours s’enorgueillir d’être la première mosquée du Caire. Les colonnes de marbre soutenant l'immense arcade provenaient d’églises chrétiennes pillées, et le fait qu’elles ne correspondaient point les unes aux autres sembla inquiéter fort peu les architectes : on raccourcit l’une, on allongea l’autre, de manière à les rendre égales. On aurait pu tout de même, à mon humble avis, s'arranger de façon à ne pas mettre les chapiteaux à l’envers !
Les guides vous montreront la colonne faisant face à la chaire, avec le Kurbäg du Prophète dessiné par les veines mêmes du marbre, et vous diront comment cette colonne vola à travers l’espace, de la Kaaba à la Mecque, jusqu’à Anir, afin de l’aider à orner sa mosquée. Leur chronologie laisse quelque peu à désirer, mais leurs contes sont amusants. Une prophétie dit que l'Islam tombera en ruines en même temps que cette mosquée, mais à en juger par le peu d’entretien dont elle est l’objet, il me semble que les fidèles ne doivent guère ajouter foi à la prédiction. Une promenade.à pied ou à dos d’âne, d'ici aux tombes des
Mamelouks, est charmante. Les lueurs du couchant
CEIST À)
allument les dômes de la citadelle-mosquée, qui de loin a un aspect imposant, puis ce sont les collines de Mokattam, avec, plus loin, la petite mosquée de Giyüshi. Une grande ombre pâle couvre l'arrière-plan et cache de ses effets de clair-obscur les détails inférieurs du tableau. Les derniers rayons du soleil dorent ces collines, puis les vêtent d’une teinte orangée qui se fond bientôt dans l’ombre rosée du couchant.
Les tombes des Mamelouks sont moins intéressantes que celles des soi-disant Califes, mais la promenade, au coucher du soleil, laisse une impression durable. Nous rentrons en ville par la Bâb-el-Karâfeh, et le
tramway nous conduit jusqu’à Esbekîyeh.