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un.
LE TEMPLE D’AMMON
et Thothmès III, contestaient ces droits. Bien que leurs prétentions ne fussent point aussi justifiées que celles de leur demi-sœur, leur sexe les désignait au choix de leurs sujets. Des deux frères, Thothmès II avait plus de droits par sa naissance, sa mère étant princesse, alors que la mère de Thothmès III n'avait été qu'une obscure concubine. Mais Thothmès III apporta une heureuse solution au problème en épousant sa demi-sœur. Pendant un certain temps, les deux époux régnèrent conjointement, et pendant que Thothmès agrandissait le temple de Karnâk, Hatshepsu élevait cesanctuaire qu’elle consacra à Ammon. Mais le pays eut à souffrir de la discorde qui régnait entre les deux époux, et Thothmès II ne manqua pas d'exploiter à son profit le mécontentement de la population. Tout d’abord, la reine fut dépossédée par Son mari et l’on donna ordre d’effacer son image des murailles encore inachevées du temple. Le parti de Thothmès IT plaça celui-ci sur le trône. Mais son règne fut de courte durée, et, à sa mort, les partisans de Hatshepsu furent assez puissants pour la rétablir sur le trône. Elle régna jusqu’à la fin de sa vie, et l’'embellissement du temple d’'Ammon fut son œuvre
principale.
Les prêtres d'Ammon, qui étaient ses partisans fervents, firent tout au monde pour affermir son prestige aux yeux du peuple. Dans la colonnade nord, l’histoire de sa naissance divine est dépeinte : son père terrestre, Thothmès I, est entièrement ignoré, et une belle série de bas-reliefs représentent Ahmès devant Ammon Ra; les hiéroglyphes rapportent les paroles du dieu : « Hatshepsu sera le nom de ma fille. Elle régnera sur toute cette contrée ». Plus loin, l'enfant nouveau-né est représenté comme un garçon, et, plus loin encore, la reine couronnée par les dieux porte une barbe et est vêtue de la courte jupe d'un roi. Thothmès n’apparaît que dans la scène finale où, devant la cour assemblée, il reconnaît la reine comme souveraine du pays. Le parti de la reine avait eu soin de faire graver certaines inscriptions pour renforcer son autorité. Son prédécesseur est représenté, disant : « Vous proclamerez sa parole; vous serez unis sous son commandement. Celui qui lui rendra hommage vivra ; celui qui parlera de sa majesté en blasphémant mourra ». Ë
Bien que tardivement racontée, cette légende trouva créance dans le peuple qui de tout temps avait regardé les Pharaons comme les descendants terres-
LE TEMPLE D’AMMON
tres du dieu-soleil, et, malgré son sexe, Hatshepsu continua de régner jusqu’à la fin de sa vie.
La contrée de Pont est regardée comme le berceau des dieux ; les égyptologues la placent à l’extrêmeest de l'Afrique, connu à présent sous le nom de Somaliland ; de temps immémorial on y récoltait la myrrhe dont on offrait l’encens sur les autels. Planter de myrrhe les terrasses de son temple, devint l’ambition de la reine. Cinq navires furent équipés et envoyés sur le Nil, à un endroit où un canal relie le fleuve à la mer Rouge. Ils sont représentés dans la colonnade portant la désignation de l’Expédition en Pont et une large raie bleue qui se déroule au-dessous figure l’eau où se jouent de nombreux poissons du Nil. Lorsque ces mêmes vaisseaux sont représentés sur les côtes de Pont, les poissons particuliers à la mer Rouge figurent à leur tour. Des hommes chargés d'arbres à myrrhe gravissent les échelles des navires ; un lourd chargement se trouve déjà embarqué, et quelques singes se promènent çà et là. La structure et la mâture de ces vaisseaux sont rendues avec une étonnante fidélité.
Des hiéroglyphes relatant cette expédition couvrent les espaces vides de l'arrière-plan.
L'ÊÉGYPTE
Le sujet de la muraille sud nous transporte dans la contrée de Pont. Les envoyés de la Reine sont reçus par le souverain de la contrée ; la pierre où est représentée l'énorme épouse du souverain, ne se trouve malheureusement plus ici ; elle est au Musée du Caire. Des bestiaux à cornes courtes sont offerts au roi ; un village de Pont bâti sur pilotis, sert de fond. Aïlleurs, des indigènes transportent les arbres sur les navires ; leur type, très différent de celui des Égyptiens, a sans doute été minutieusement observé d’après les quelques habitants de Pont qui accompagnèrent l'expédition à son retour à Thèbes. Beaucoup de pierres manquent, elles se trouvent dans les différents musées européens.
La couleur a disparu des portions de la muraille qui furent exposées aux intempéries. Les ocres rouges et jaunes ont résisté à la lumière, mais sont parfois éraflés par les tourbillons de sable. Les parties noires qui ont été exposées au soleil sont entièrement effacées, ainsi que les bleus et les verts que l’on ne retrouve que dans les creux profonds.
Là où les peintures ont été protégées du soleil, de la pluie et du vent, elles ont gardé toute la fraîcheur de coloris qu’elles avaient il y a trois mille cinq cents
LE TEMPLE D’'AMMON
ans, lorsqu'elles furent exécutées par les artistes à la solde d'Hatshepsu.
I1 semble n’y avoir eu que peu de mélange de couleurs. Les artistes employaient une nuance conventionnelle pour chaque objet représenté par le relief, sans faire aucun effort pour employer la teinte exacte ; mais il y a dans l’ensemble beaucoup de richesse et de pittoresque. Çà et là, la pluie et la lumière, en atténuant les tons, ont mis sur ces bas-reliefs une patine admirable.
M. Somers Clarke, architecte honoraire de la Société d'Exploration Égyptienne, a reconstitué les fragments absents de la colonnade sur laquelle se trouvent ces bas-reliefs uniques, et M. Howard Carter a passé deux années à surveiller les travaux. Il reste davantage à faire pour protéger des intempéries les basreliefs de la troisième terrasse, mais on me dit que ce
travail sera bientôt entrepris.
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