INCENDIÉ. || JE REGAGNE LUXOR POUR ALLER ENSUITE A KARNAK
[| UNE CITÉ DE RUINES, TOUTES EN COLONNADES GRANDIOSES. || LE MONOLITHE DE GRANIT ROSE.
oRs de ma première visite au temple de Seti, j'eus le plaisir d’être accompagné par Howard Carter, très documenté en matière d’art égyptien.
Bien que l’art fût arrivé à son apogée pendant la dix-huitième dynastie, on ne trouve aucune trace de décadence dans les bas-reliefs de ce temple, et j’incline à les regarder comme la plus grande manifestation d'art décoratif que l’ Égypte nous ait donnée. Ils sont l'œuvre d’un grand artiste qui, quoique encore imbu des traditions de la dynastie précédente, y apporta le sceau de son génie personnel.
D'une manière générale, l’art était dans une période
de décadence, mais non pas l’art de celui qui dessina les ornements de ces murs ; quant à la partie du temple qui est couverte d'inscriptions datant de Ramsès II, la décadence y est très marquée. Les règnes de Seti et de son fils ayant été fort longs, une période de quarante à cinquante années sépara probablement l'apogée de l’art de son déclin.
Les reliefs de Seti sont légèrement plus accentués que ceux du temple de Hatshepsu à Thèbes, mais ceci est peut-être une conséquence des plus grandes dimensions des figures. Ils ne sont pas tous colorés, mais nous ne pouvons que nous en féliciter, puisque le temps a presque partout effacé le coloris des autres. J'ai choisi un sujet dans les deux séries. Dans le premier sujet où la patine du temps a donné une belle teinte chaude à la pierre, on voit Seti apportant une offrande à Osiris dont une partie de la silhouette est demeurée intacte. Dans la série de reliefs colorés, j'ai choisi celui qui représente Seti allaité par Isis. Le modelé est plus beau dans le premier ; dans le second les éraflures de la couleur nuisent aux effets de lumière et d'ombre. J'ai restauré les visages de la déesse et du jeune roi, afin de rendre le sujet intelligible. Les bleus
et les verts sont presque effacés, tandis que les rouges
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ISIS ALLAITANT SÉTI Le ABYDOS FE an
KARNAK
et les jaunes ont gardé toute leur vivacité ; nous ne pouvons donc donner d’opinion sur cette œuvre quant à la combinaison des teintes. En tout cas, son dessin la place au rang des grandes œuvres artistiques du monde. Maintenant que ces murailles sont exposées au soleil et aux rares pluies de la Haute-Égypte, elles se dégraderont probablement plus en un an que pendant tout le temps qu’elles ont été enfouies sous le sable.
Les rochers servaient autrefois de toit à ces murailles et 1l est regrettable qu'on n'ait pas trouvé un moyen de protéger les quelques fragments colorés qui nous restent. Jadis, la couleur était protégée par un vernis dont on retrouve des traces là où n1 le soleil n1 la pluie n’ont pu pénétrer.
Le temple qui est érigé non loin du tombeau supposé du dieu Osiris, lui fut dédié ainsi qu’à la déesse Isis et à leur fils Horus. Les honneurs rendus à la divine triade forment le sujet traité par l’artiste, qui ne manqua pas de faire ressortir la faveur spéciale dont jouissait Seti, qui alla jusqu’à usurper la place de l'enfant Horus. Nous voyons le roi dans difiérentes scènes sur la muraille nord du hall hypostyle de
Karnak. Il y est représenté sous les traits d’un guer-
rier subjuguant un chef lybien, et les vigoureuses scènes guerrières qui précèdent et suivent cet épisode ont sans doute servi de modèles à celles que nous trouverons plus tard sur les temples de Ramesid. Nous trouvons encore des traces d’un beau travail Sur les murs en ruines du temple mortuaire de Seti à Karnak, et le plan de celui de Abu Simbel, connu comme œuvre de Ramsès II, fut établi pendant le règne du père illustre de ce Pharaon. Tous les genres de décoration murale ont été employés durant le règne de Seti. Les bas-reliefs d'Abydos sont les plus beaux, mais le relief en creux était également très employé et avec beaucoup d'effet ; ici, le fond n’est pas enlevé, mais le contour est coupé et le relief est formé par la profondeur de cette incision. On trouve un beau spécimen de ce travail dans la tombe de Seti à Thèbes, où le jeune roi est représenté faisant une offrande à l’image de la Vérité. Cette même tombe est aussi richement décorée de peintures murales plates. Peu après mon arrivée à Abydos, le Khamsîn rendit l'endroit aussi inhabitable que Dêr-el-Bahri. Le nom donné à ce vent provient du mot arabe signifiant cinquante, parce qu’il souffle pendant cinquante jours,
à partir du commencement d’avril. On l’appelle aussi
KARNAK
Simoon. Il est précédé par une élévation de la température, un changement de la teinte du ciel qui passe du bleu au gris, et une tranquillité spéciale de l’atmosphère. Bientôt la teinte grise du ciel passe au jaune vers le sud et une ou deux rafales d'air brûlant annoncent l’arrivée imminente du fléau. Il semble que les portes de l'enfer s'ouvrent. Un tourbillon de sable se meut à travers le désert, et l'horizon est noyé dans un brouillard jaune. J’ai essayé de peindre cet effet, mais je n'avais pas le temps d'appliquer mes couleurs tant elles séchaient vite. La surface de ma palette et de mon croquis ressemblait à du papier d’émeri avant que j'aie pu reprendre de la couleur, si ma toile faisait face au vent, et d’un autre côté, si Je faisais face au vent moi-même, j'étais aveuglé par le sable. Il n’y a qu’un parti à prendre au moment du Khamsiän, c'est de rester chez soi. On se demande ce que ce sera en juin si la chaleur est déjà si fatigante en avril. Je m'étais empressé d’emballer tous mes vêtements chauds pour les expédier chez moi par petite vitesse, mais deux jours plus tard je m’estimais heureux de ce que l'expédition n’ait pu être faite, car un changement de vent m'avertissait qu’ils pourraient
m'être encore utiles. La seule consolation de ces
L'ÉEGVNPETE
brusques changements est que cette plaie d'Égypte, les mouches, en souffre également. Le mois d'avril, en Égypte, n’est jamais attristé par la pluie, et il dépend de la direction du vent que le séjour y soit charmant ou détestable.
Je m'en retournai à Luxor par un train de nuit, car je ne me souciais pas de refaire le trajet par la chaleur du jour. Il faisait un peu plus frais à Dêr-el-Bahri lorsque j'y arrivai le matin suivant. Les fouilles étaient terminées et tout le monde était parti, sauf Currelly qui surveillait l'emballage de fragments provenant du temple de Mentuhotep. La trouvaille de l’année précédente, la vache de Hathor, ayant été acquise par le Musée du Caire, toutes les autres découvertes devaient revenir à la Société d'Exploration Égyptienne. Mes bagages furent vite prêts et expédiés à dos de chameau sur la rive opposée à Karnak, où attendait la dahabiyeh de mon ami Nicol. J’eus le regret d'abandonner Currelly dans cette fournaise, avec une si grande quantité de fragments à emballer, mais mon temps était limité et j'avais hâte de visiter Karnak.
Lorsque nous atteignîmes Karnak, mon ami
Erskine Nicol fit jeter l’ancre à cinq minutes du grand
KARNAK
temple. Howard Carter m'avait donné une lettre d’introduction auprès de M. Legrain qui était à la tête des travaux de Karnak et qui est un des hommes les mieux renseignés de notre temps sur cette partie de la contrée; ma première matinée se passa en compagnie de cet aimable Français et de Nicol, à visiter les temples de la région. M. Legrain nous conta l’histoire de Karnak et nous fit remarquer le développement de cette citée dédiée à Ammon. Nous trouvâmes des traces de son histoire depuis la douzième dynastie jusqu'à l’ère chrétienne, soit pendant une période de deux mille ans. On peut y voir aussi des vestiges des temps archaïques, mais comme je ne veux parler ici que des monuments intéressants au point de vue artistique, je laisserai de côté ces ruines des premiers âges. M. Legrain est un artiste élève de l’École des Beaux-Arts et sa connaïssance des lieux jointe à ses qualités artistiques en font un guide unique.
Pour avoir une idée vraiment grandiose de cette vaste étendue de ruines, il faut se diriger vers le Nil par l’avenue des Sphinx. On passe sous un gigantesque portail, érigé par l’un des Ptolémées ; c’est le pylône principal. Les dimensions de ce portail sont imposantes, mais nous ne nous y arrêtons pas long-
PEÉGPTE
temps, car la grande cour qui suit attire notre attention. Nous remarquons une haute colonne à chapiteau en forme de calice, qui supportait sans doute autrefois une statue ; des neuf autres colonnes qui formaient une double rangée dans la cour, il ne reste que les bases et des tronçons brisés. Contre le bleu clair du ciel, le beau chapiteau du pylône de Ramsès I se détache hardiment. L'Éthiopien Taharqua éleva, dit-on, ces hautes colonnes durant la vingt-cinquième dynastie, période qui marqua le début de la dernière renaissance de l’art égyptien.
Nous dépassons le grand pylône pour pénétrer dans le hall hypostyle élevé par Seti I et terminé par Ramsès II. En entrant pour la première fois dans ce hall orné de 134 colonnes, on ressent quelque chose de l’effroi et de la surprise qu’inspire une première vue des Pyramides, mais ici un art plus raffiné a aidé la force brutale dans la construction de cette œuvre monumentale. Ce que nous voyons suffit pour nous permettre d'imaginer l'impression que l'édifice entier devait produire; telles qu’elles sont, ce sont les ruines les plus grandioses de l'univers.
La gravure ci-contre représente imparfaitement les
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