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Eee ROSET-T À d'après le menu du sh quê je ne courrais aucun risque de l’augmenter tant que je séjournerais à l'hôtel Karalambo ! M’étant rendu compte, à l’aide d'une bougie, des endroits dangereux de ma chambre, je plaçai mes malles de manière qu’elles ne fussent pas trop à la portée des rats et des souris, et je priai Simpson de me montrer le chemin de la salle à manger, Car je n'avais mangé que des dattes vertes depuis mon déjeuner. Il me répondit, à mon grand désappointement, que nous prendrions nos repas au bakhal, du côté opposé au square, et, l’un après l’autre, nous descendîmes l’escalier dangereux. Un bakkal est une combinaison d’épicerie, de café et de restaurant, et comme il n’y avait pas là de chambres à coucher, Karalambo, le propriétaire, avait loué le bâtiment que nous venions de quitter, afin de recevoir les voyageurs assez braves pour ne pas reculer devant l'escalier. : .
:. Je fus présenté à Karalambo qui essuya poliment ses doigts graisseux avant de me tendre la main. Puis ce fut le tour de Mme Karalambo, et avant qu’une ratatouille fumante fût apportée sur notre table, j'avais fait la connaissance des notabilités de Rosetta. Ce
bakkal était le lieu de réunion de l'élite de la ville et
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était rempli d’Arabes fumant leur nargilehs et jouant au tric-trac. Je fus heureux de me mettre à table et n’essayai pas de deviner de quoi se composaient les mets qu’on nous servait.
Le docteur indigène vint se joindre à nous au moment du café; c'était un joyeux garçon, très affable, qui parlait très bien l’anglais. Bien qu'il n’eût jamais quitté l'Égypte, il était aussi instruit que si ses études avaient été faites à Paris ou à Londres. Il nous raconta ses luttes acharnées contre les préjugés de ses coreligionnaires et combien il lui était difficile, pour ne pas dire impossible, de donner des soins aux femmes. Il était pourtant arrivé à obtenir l’autorisation de quelques maris, de tâter le pouls ou de regarder la langue de leurs femmes, au moyen d’une ouverture pratiquée dans un rideau. Généralement, la maladie était bien avancée lorsqu’onse décidait à l'appeler. Il nous invita à dîner avec lui le jour suivant et nous abandonna au bas de notre dangereux escalier.
Rosetta, en tant que source d’inspirations artistiques, justifia tous mes espoirs. Les bazars étaient dans tout leur éclat ; les étalages s’ouvraient, remplis de fruits de Syrie et des pays environnants. Rien ici ne rappelle l’Europe, et peu d’indigènes ont aban-
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donné le costume national. On remarque cà et là des colonnes d'anciens temples ou des premières églises chrétiennes, employées pour soutenir un étage ou fimir le coin d’un bâtiment. Les maisons sont construites en briques longues et étroites, laissant un vide entre elles ; elles sont d’une riche couleur brun rouge. On trouve beaucoup d'ouvrages en bois sculpté, mais la meshrebiya est plus grossière qu’au Caire. La mosquée de Sidi Sakhlûn est fort imposante avec sa voûte supportée par d’antiques colonnes de marbre. D’autres mosquées, plus petites et bien délabrées, offrent néanmoins de jolis sujets de tableaux. Les fontaines, les bains, les écoles sont plus modestes qu’au Caire, mais nulle part ici l’on ne trouve les illogismes que l’on rencontre si souvent dans la grande cité.
Simpson fit quelques délicieux tableaux dans plusieurs des petits cafés, et j'espère que Londres connaîtra bientôt ces exquises aquarelles. La période de Rosetta est, à mon avis, la meilleure de son art.
Malgré le manque de confortable de mon installation, je décidai de séjourner à Rosetta aussi longtemps que possible, car cet endroit est vraiment un joyau. Je fus assez heureux pour pouvoir engager un gardien de nuit qui, pendant que je travaillais, me protégea
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de la foule curieuse et des chiens. Les étalages des fruitiers m'attirèrent tout d'abord. Les oranges et les citrons, en énormes monceaux, attendaient la vente à la criée. De longues grappes de dattes, des corbeilles débordant de grenades, des piles de cannes à sucre et des tas d’artichauts formaient un tableau pittoresque de tons vifs. Les tons de lumière de ces bazars sont très beaux. Les rayons de soleil tamisés par les nattes et les treillis qui protègent l’étalage, ne baïignent de clarté que l'extérieur, tandis que les fruits sont éclairés d’une douce lumière d’un brun chaud. Naturellement, ces sujets doivent être peints rapidement, car le tas de citrons d'aujourd'hui peut être remplacé demain par une pile de grenades. En outre, la vue est continuellement interrompue par les allées et venues du vendeur et des clients. Mon labeur, au moment où la crue du Nil rendait l’air chaud et humide, était extrêmement fatigant.
Après deux jours de travail avec un étal de fruitier comme modèle, je commençai l’intérieur d’une mosquée. Un ordre du Mahmoor (le gouverneur de la ville) au Cheïk, aplanit toutes difficultés, et 1l nous fut permis de placer nos chevalets devant l'autel de
Sidi Sakhlûn. La vie de ce saint personnage m'a été
ROSETTA
racontée, mais elle se confond tellement dans mon esprit avec celle des autres célébrités musulmanes, que je ne me hasarderai pas à la redire.
Un autre saint de la localité repose sous le dôme d’une mosquée située au bord du désert qui sépare Rosetta de la baie d’Aboukir. Les vents de la mer ont amoncelé le sable à un tel point que cet édifice est à moitié enseveli, et l’on est constamment obligé de déblayer le portail pour permettre aux fidèles d'y pénétrer. Le cimetière actuel se trouve à plus de dix pieds au-dessus du niveau du sol de la mosquée. J'ai fait le dessin reproduit dans la gravure ci-contre durant le mois de Shanwäl qui succède au jeûne du Ramadân. Il est d'usage pour les femmes, à ce moment-là, d’aller visiter les tombes de leurs défunts et de les orner de feuilles de palmiers. Elles demeurent au cimetière toute la journée, les unes pleurant une mort récente, tandis que d’autres, accroupies en rond, passent leur temps à discuter les affaires de leurs voisines.
Une attaque de fièvre intermittente me retint pendant près d’une semaine dans mon taudis de l'hôtel Karalambo. Notre ami le médecin s’institua encore infirmier, et surveilla la cuisine de Mme Karalambo.
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ses visites duraient le temps d’un gros cigare. Lorsque le cigare arrivait à sa fin, le joyeux petit Hakim se souvenait brusquement d’un autre malade qui l’attendait et filait prestement, en me promettant de revenir dans le courant de la journée. Lorsque je pus enfin me lever, je ne me sentais guère la force de travailler, et la maigre chère de notre hôtel n’était pas faite pour me réconiorter. La saison des pluies ayant commencé, je m'aperçus que le plafond de fna chambre était aussi crevassé que le parquet. Une douche glacée ou le bruit d'un morceau de plâtre qui se détachait du plafond, m'éveillait en pleine nuit. De fortes pluies sont très fréquentes à la fin de l'automne sur la côte égyptienne, et je craignis que notre escalier, emporté par l'eau, ne tombât tout à fait. Je me décidai enfin à quitter Rosetta et à retourner au Caire. Simpson, resté à Rosetta pour terminer une série d’aquarelles, me rejoignit bientôt. J'espère avoir l’occasion de peindre encore dans cette ville pittoresque, mais je me promets de camper ou de demeurer en dahabiyeh, car j'ai dix ans de plus maintenant, et je ne pourrais plus me résoudre à vivre dans un bakkal grec.
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