CHAPITRE II MASR EL KAHIRA
«Modern-Cairo » ET LE Vieux-Caire. H Influences européennes.
Il ART MAURESQUE ET ART NOUVEAU. H LES BOIS SCULPTÉS DES ANCIENNES FENÊTRES. H LES FONTAINES PUBLIQUES.
Il La Maison-Mosquée.
LE voyageur qui, arrivant au Caire, s'imagine qu'il va se trouver enfin dans le décor d'une ville orientale, s'expose à une déception. La partie de la ville qu'on traverse pour se rendre de la gare à l'un ou l'autre des hôtels, ne ressemble pas plus au vieux Caire que Londres ne ressemble à Pékin. Aucune des maisons qui s'y trouvent n'a quarante ans d'existence, et, d'autre part, je suis bien convaincu que ces misérables bâtisses s'écrouleront quelque jour prochain. Leurs constructeurs avaient, tout près de là, pour les inspirer, de merveilleux modèles de l'art oriental le plus pur, mais le mot fatal d'Ismaël : «L'Egypte fait partie de l'Europe » tourna sans doute
leur attention vers Paris, et nous retrouvons ici une malheureuse imitation de l'art nouveau, ou bien, — ce qui est peut-être pire, — des reproductions honteusement dénaturées de style mauresque.
Vous verrez les hôtels « remplis de tout le confort moderne », comme leurs réclames l'annoncent si bien (sans parler de leurs prix fantastiques) ; mais, hélas ! vous n'y rencontrerez rien de vraiment oriental, à l'exception du personnel domestique qui porte la robe blanche, la ceinture rouge et le fez.
Mais demain, dans les vieux quartiers, vous pourrez enfin admirer dans toute sa beauté le véritable Orient, et ce que vous verrez dépassera votre attente. Les deux ou trois kilomètres qui séparent votre hôtel du Khân Khalîl séparent aussi de l'Occident l'Orient.
Que de changements depuis mon dernier voyage ici ! Le canal qui traversait la vieille ville, du nord au sud, a été comblé et une ligne de tramways électriques suit son ancien cours. Nombreuses sont les fenêtres meshrebiya qui ont été remplacées par des cadres en bois de Suède, et plus nombreuses encore les vieilles maisons qui ont été, soit démolies et puis reconstruites, soit « modernisées » jusqu'à complète
MASR EL KAHIRA
métamorphose; et cependant, même ici, il reste encore assez de l'Orient pour enchanter l'imagination et pour fournir à l'artiste maint sujet de tableau.
En quittant l'Ezbekiyeh, qui est le centre du quartier européen, une petite rue, derrière l'hôtel Bristol, vous conduira, à travers un labyrinthe de passages étroits, jusqu'au Suk-ez-Zalat. Un guide vous sera nécessaire, car déjà le plan bien ordonné des viUes modernes a disparu et les rues en zigzag aboutissent souvent à un cul-de-sac.
Une fois au Fouyatieh, vous vous trouvez tout à fait dans le vieux Caire. Une mosquée et une rangée de maisons aux fenêtres défendues par des grillages de bois sculpté enchantent de suite le regard. Une porte en retrait ouvre sur la cour d'une maison cairote habitée autrefois par un riche marchand et louée aujourd'hui par chambres ou petits logements. Si vous avez eu la chance de tomber sur un guide habitué à conduire des artistes, il pourra vous montrer quantité de maisons semblables et fort intéressantes. Je désire nommer ici le brave homme qui m'accompagna dans mes recherches du pittoresque, dans tous les coins et recoins du Caire. Il s'appelle Mohammed el Asmar, mais il préfère le