L'Égypte de 1798 à 1900
Ce livre est destiné à ceux qui veulent éclairer leur opinion sur la question d' Egypte et trouver rapidement les renseignements nécessaires à quiconque cherche à juger sans parti pris. Les épisodes si dramatiques de l'histoire de l'Egypte au xix*" siècle ont fait l'objet d'un grand nombre d'études et de monographies, dispersées dans les revues françaises et anglaises, dans les correspondances et les récits des voyageurs, sans parler des documents officiels, des pamphlets et des œuvres à tendance. Chercher la vérité au milieu de témoionaoes contradictoires, présenter un tableau d'ensemble qui permît de rassembler dans un même jugement la complexité des faits, tel est le but que nous nous sommes proposé. Au moment où les affaires d'Egypte semblent résolues, du moins pour quelque temps, nous avons une occasion, qui sera peut-être fugitive, d'étudier sans préoccupation du présent l'évo-
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lut ion séculaire qui a conduit rÉgypte à l'état où nous la voyons. Après avoir été pendant plus de six cents ans un pays passif, l'Ég^'pte a été réveillée de son long sommeil par les canons français : au milieu des hasards de la politique européenne une alliance s'est formée entre des Français énergiques et une dynastie d'Albanais pour faire d'elle une puissance civilisée. L'œuvre a réussi malgré tous les obstacles, mais après son achèvement, des fautes impardonnables ont permis à la puissance anglaise d'en recueillir tous les bénéfices. Aujourd'hui l'Angleterre règne en maîtresse sur les bords du Nil et, après avoir apaisé les dernières convulsions de la crise ([ui lui a permis de s'y implanter, il semble qu'elle veuille persuader aux Egyptiens de reprendre le long sommeil que le xix*^ siècle a interrompu.
Telle a été la succession vraiment dramatique des faits qui constituent l'histoire de l'Egypte pendant cent ans. 11 nous a semblé que l'étude de cette histoire présentait, pour les Français du xx*^ siècle, un intérêt de premier ordre. Il n'est plus dans notre société contemporaine de grande puissance digne de ce nom sans empire colonial ; une nation ne peut aflirmer son existence que si elle est capable de répandre à travers le monde ses pro-
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tliiits, sa langue et ses idées. C'est ce qu'a compris la France et elle a su, pendant ces vingt dernières années, se constituer une réserve de territoires, qui ouvre, s'ils sont bien exploités, un champ illimité à son développement pour l'avenir. Mais à ceux qui vont créer la France extérieure, il est bon de présenter l'œuvre accomplie par leurs devanciers, non pour décourager leur enthousiasme, mais pour leur montrer, au contraire, de quels prodiges les Français sont capables, lorsqu'ils sont livrés à leurs seules forces, et pour les garder, s'il en était besoin, des fautes qui ont compromis les résultats obtenus. L'Egypte a été en effet, depuis la perte du Canada jusqu'en 1860, la première et la plus belle des colonies françaises; savants, ingénieurs, commerçants sont venus d'eux-mêmes, sans encouragement, et quelquefois contre le gré du pouvoir. Les Français n'ont pas été les seuls, il est vrai, à accourir au Caire et à Alexandrie, mais de tous les Européens qui ont aidé la dynastie de Méhémet- Ali à créer l'Egypte contemporaine, ce sont eux qui ont exercé l'action la plus profonde. Le tort de leur œuvre a été de ne pas être assez une entreprise officielle; sans mission aucune, ils ont répandu liniluence française ; mais à l'heure du danger, ils n'ont été soutenus suffisamment ni par les gouver-
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nements, ni par l'opinion publique. Leur expérience néanmoins ne sera pas perdue pour l'avenir; elle prouvera qu'en dépit des sophismes, les Français sont capables d'organiser des colonies de leur propre initiative, et sans protection ofTicielle ; elle sera donc un utile encouragement pour ceux qui cherchent à fonder do nouvelles Frances dans la Méditerranée, dans Focéan Indien et en Extrême- Orient.
Clermont-Fei-rand. le 2i décembre 1900.