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avait succédé avaient péri faute d avoir compris cette nécessité. Mais lorsqu'en 181."), après son retour d'Arabie, Méhémet-Ali voulut introduire le nizam et instruire quelques régiments à l'européenne , une forte opposition éclata dans rarniée. Des sous-ofTiciers instructeurs furent assassinés et un complot pour s'emparer du pacha fut ourdi; plusieurs de ses maisons furent pillées et les Européens du quartier franc du Caire ne durent leur salut qu'aux armes qui leur avaient été distribuées par le gouvernement. Pour venir à bout de l'émeute, Méhémet-Ali iit couper les dio-ues et toute la ville fut inondée. Les rebelles transigèrent alors et le pacha renonça momentanément à ses réformes (5 août I8IÔ1.
Ce fut avec plus de prudence qu'il reprit son projet, et avant de rien entreprendre, il débarrassa d'abord le Caire des Albanais en formant des camps dans la Basse-Egypte et en envoyant une grande partie de Farmée en Xubie. Puis, après avoir choisi des hommes délite, il fit <:'ommencer les premières expériences d'insti'uction à Assouan, afin de les soustraire à l'attention publique. Y\\ nouvel auxiliaire venait en effet d'arriver en l']gypte : le colonel Sèves, vétéran des guerres de 1 Enqiire, qui avait conquis ses galons sur le champ de bataille et avait été distingué par Napoléon pendant la campagne de France, traversa l'Egypte avec l'intention d'aller s'engager dans Farmée persane. Ancien ofllcier d'ordonnance de Xev pendant la campagne de Russie, et de Grouchv à la bataille de M'aterloo, il s'était vu fermer les rani^-s de la j^'arde rovalo
OErVIJE INTERIEURE DE MEHEMET-ALI. 121
et avait pris la résolution de s'expatrier. Reru par Méhéinet-Ali comme tous les Français qui venaient en Egypte, il plut au pacha, qui lui offrit de rester à son service, et malgré les maigres conditions qui lui étaient faites, malgré la dilliculté de la tâche qu'il allait entreprendre, Sèves accepta et fut le grand instructeur, puis le véritable chef de Tarmée égyptienne. Pour affermir son autorité, il se fit musulman sur les conseils de Mélîémet-Ali et devint Soliman-pacha.
Les Mamlouks et les Albanais destinés à être transformés en soldats européens ne montrèrent d'abord que du mauvais vouloir. Les jours des instructeurs eux-mêmes étaient menacés, et une fois, en commandant la manœuvre. Sèves entendit une balle siffler à ses oreilles. Ces obstacles ne le découragèrent pas ; le fils aîné de Méhémet-Ali, Ibrahim, apprenait à faire Texercice comme un simple soldat. Au bout de trois ans on forma assez d'instructeurs pour avoir les cadres de plusieurs régiments. Il fallut alors s'occuper du recrutement de l'armée, qui ne pouvait plus être alimenté par les Albanais. Méhémet-Ali eut d'abord l'idée d'enrôler les nèuTes du Soudan et il fit construire à Syène une immense caserne dans laquelle on envoyait de force les Soudanais capturés par Ibraliim. Les conséquences de cette tentative furent lamentables ; les nouveaux soldats, atteints de nostalgie, mouraient quelque temps après leur arrivée à la caserne. En trois ans vingt mille hommes furent réduits à trois mille. Il fallut chercher une autre ressource et le pacha adopta un projet audacieux qui n'avait aucun précédent : il ré-
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soliit de recruter lariuée égyptienne parmi les ]']gvptiens. Les fellahs avaient du moins, parmi les qualités militaires, l'habitude de la soumission, de la sobriété, de Tendurance. Méhémet-Ali proclama doncle (c nizam » et ordonna une levée en masse dans tous les villai^-es. Mais jamais mesure ne fut plus impopulaire. Les habitants s'enfuyaient devant les sergents recruteurs; les jeunes gens frappés par la conscription se cachaient dans les tombeaux où des femmes restées au villaore leur apportaient des vivres pendant la nuit. L'autorité militaire s'en prenait alors au cheikh-el-beled, qui était rendu responsable de ses recrues, avec menaces de grosses amendes et de bastonnade. On choisissait d'ailleurs les habitants les plus pauvres du village et , après les avoir fait examiner par un officier de santé, on les enrôlait pour un temps illimité ; puis les nouveaux soldats, presque toujours chargés de chaînes pour plus de précaution, s'acheminaient comme un convoi d'esclaves vers leurs cantonnements.
Le résultat de ces violences était une perte considérable d'hommes. Des jeunes gens se mutilaient volontairement ou se mettaient de la chaux vive dans l'œil droit pour échapper au service; beaucoup de paysans s'enfuyaient chez les Bédouins ou en Syrie; un orrand nombre mourait au réj^iment. Malo-ré ces causes d'affaiblissement, Méhémet-Ali triompha à force de ténacité. Six régiments d'infanterie bien équipés furent formés et arrivèrent subitement au Caire, à la grande surprise des chefs albanais, qui, découragés, quittèrent l'Egypte. Méhémet-Ali avait désormais une
armée organisée à l'européenne. Les progrès de cette nouvelle force furent rapides : elle comprenait 19.000 hommes en 1823, 23.000 en 1824, 90.000 en 1826 au moment de la guerre de Tindépendance grecque. Elle eut bientôt une cavalerie et une artillerie créées par des officiers français : le colonel Rey, envoyé en Egypte par Charles X en 1825, introduisit dans l'armée égyptienne tous les modèles de canon usités dans les armées européennes. Des écoles militaires distinctes pour l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie et l'état-major assurèrent le recrutement des officiers. Enfin Méhémet- Ali eut une flotte de guerre, d'abord sur la mer Rouge, puis sur la Méditerranée. Après la destruction des navires égyptiens à Navarin, un ancien employé du port de Rochefort, Besson, célèbre par l'offre qu'il avait faite à Napoléon de le transporter aux Etats-Unis en 1815, fit construire une nouvelle flotte de trente navires armés, dont dix vaisseaux de ligne. Les ouvriers et les matelots de cette flotte furent choisis parmi les Egyptiens; Méhémet-Ali put ainsi tirer de l'Egypte même les ressources qui lui étaient nécessaires pour faire figure dans la politique européenne. Appuyé sur son armée, fort de la prospérité qu'il avait établie dans son gouvernement, il essaya de faire de l'Egypte une des grandes puissances de l'Orient.
104 LEGVPTI-: DE 179S A 1900.
BIBLIOGRAPHIE