‹ L'Égypte de 1798 à 1900Chapitre 20 sur 64 · LEC.YPTE DK IT'.ts A l<.i(lO · texte numérisé non relu

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Suez. Or, elle trouvait un allié disposé à seconder ses projets dans le sultan Mahmoud, qui ne voulait pas mourir sans s'être vengé de son orgueilleux vassal. Méliémet-Ali n'avait reneontré de sympathies en Europe que du côté de la France, qui lui envoyait sans compter ses ofliciers et ses ingénieurs, et dont les agents entretenaient chez lui le désir de fonder une dynastie en Orient en se faisant reconnaître la possession héréditaire de ses conquêtes. Mais, depuis 1830, la politique française était liée à celle de TAngleterre pour des nécessités dynastiques et les ministères de Louis-Philippe, forcés de se débattre entre des exigences contradictoires, n'avaient pti introduire dans leur politique extérieure la fermeté et l'esprit de suite qui sont les seules conditions du succès. Dès 1834, les révoltes excitées en Syrie par les émissaires du sultan et réprimées cruellement par Ibrahim avaient été les signes avant-coureurs de la rancune de Mahmoud. Bientôt le sultan dirigea toutes ses troupes disponibles vers l'Euphrate, et les frontières du gouvernement de Méhémet-Ali furent menacées. Le pacha résolut alors de rompre, et dans une note adressée à la Porte réclama l'hérédité de toutes ses possessions. En réponse, les troupes turques passèrent l'Euphrate le 21 avril 1839, sous le commandement de Ilafiz-pacha, et Méhémet-Ali fut déclaré traître et rebelle.

Le jilan des Turcs ne manquait pas d'habileté. Au lieu d'attaquer la Syrie par les défdés du Taurus, ils avaient concentré cent cinquante mille hommes sur l'Euphrate, devant la frontière la plus dégarnie. Desof-

ficiers européens et surtout prussiens dirigeaient l'étatmajor de Ilafiz. Le quartier général d'Jbraliim était à Alep, mais ce fut seulement au bout d'un mois que les deux armées prirent contact près de Nézib. Les Turcs s'étaient retranchés dans une position formidable, défendue })ar les redoutes que les oiïiciers européens avaient fait construire. Ibrahim ne songea même pas à attaquer de front ces positions et le 23 juillet, avec un rare sang-froid, sous les yeux mêmes des Turcs, il tourna l'ennemi par le flanc gauche. Les ofiîciers prussiens conseillèrent àHafiz, resté immobile pendant toute son opération (1), de se réfugier dans son camp retranché de Biredjik. Il refusa et les Turcs se préparèrent à combattre en tournant le dos à tous leurs ouvraofes, devenus désormais inutiles. Le lendemain, 2^i juin 1839, l'armée égyptienne, forte de quarante mille hommes, disposée en trois lignes, mais dans un ordre oblique, se porta entièrement sur la gauche des Turcs. Une charge dirigée par Ibrahim lui-même échoua ; un officier français engagea Hafiz à faire charger les Égyptiens à la baïonnette : il eut le tort d'hésiter ; le colonel Sèves profita de ce moment pour rétablir l'ordre parmi les Egyptiens (2) et faire mettre l'artillerie en batterie. Les bataillons kurdes lâchèrent pied pendant que Sèves se portait eu avant avec toute sa droite. Bientôt toute l'armée turque et Hafiz lui-même furent entraînés dans la déroute. On ramassa sur le champ de bataille

(1) Les ulémas lui avaient défendu de combattre parce qu'on était un vendredi.

(2j II fit pointer les canons sur ceux qui fuyaient.

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([uinze mille fusils jetés par rinfanterie turque. Cent soixante-dix canons, quinze mille prisonniers, le camp turc en entier et jusqu'aux dépêches et aux décorations d'Hafiz tombèrent aux mains des Egyptiens. La Syrie était sauvée et les projets de Mahmoud avaient échoué. Six jours plus tard, le sultan mourait en laissant pour successeur un jeune homme de seize ans, Abd-ul-Medjid. Le désarroi était tel à Constantinople que le capitan-pacha, Achmet. en haine du grand vizir Khosrew, faisait défection avec toute la flotte turque et se déclarait pour Méhémet-Ali. L'amiral français Lalande, qui occupait le détroit des Dardanelles, le laissa passer et l'aida à donner le chani>-e aux Anq-lais.

La situation de l'empire ottoman eût été peut-être plus critique encore qu'en 1833, si les puissances européennes n'avaient encore une fois résolu de le sauver. Il fallait surtout empêcher la Russie de profiter des clauses d'Unkiar-Skelessi pour mettre le jeune sultan et tout l'empire sous sa tutelle. Aussi, sur l'initiative delAutriche, une note fut rédigée par les cinq grandes puissances pour inviter la Porte à ne conclure aucun traité sans leur concours. Le concert européen semblait donc rétabli, mais ce n'était qu'une apparence. L'Angleterre et son premier ministre , Palmerston, voyaient lé moment venu de punir Méhémet-Ali des terreurs qu'il leur avait inspirées et voulaient le réduire à la possession viagère de l'Egypte. Le cabinet Soult et le cabinet Thiers, qui lui succéda, soutenaient au contraire la nécessité d'accorder l'hérédité au pacha d'Éo^vpte pour toutes ses possessions. Telles furent

les instructions données à Guizot, ambassadeur de France à Londres; de son côté, Thiers préparait un arrangement seci'et entre Méhémet-Ali et la Porte. Ce plan devait échouer devant la ténacité et en même temps la duplicité de Palmerston. Pendant qu'il endormait la vigilance de Guizot par des discussions sans fin sur les pouvoirs à accorder au pacha d'Egypte, le ministre anglais fomentait à prix d'or une nouvelle l'évolte en Syrie et négociait à Finsu de la France avec les autres cours de FEurope. Le 15 juillet 1840 fut publié tout à coup le traité de Quadruple Alliance entre l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche et la Russie. La France était ainsi exclue du concert européen et mise en demeure de défendre sa politique par la force. Un ultimatum menaçant était préparé pour être envoyé par le sultan à Méhémet-Ali. La Crète, les villes saintes, le nord de la Syrie lui étaient enlevés; il gardait à titre héréditaire l'Egypte et le pachalik d'Acre; si dans un délai de six jours il n'avait pas fait sa soumission. Acre lui serait enlevée, et au bout de dix autres jours, aucun territoire ne lui était plus garanti.

Une grande émotion saisit l'opinion française et une guerre européenne parut près d'éclater. Pendant que l'amiral Napier bloquait les côtes de Syrie et bombardait Be3;routh, Thiers essayait encore d'agir auprès du Divan et n'aboutissait qu'à une déclaration de déchéance de Méhémet-Ali. Il publia alors la note du 8 octobre où il déclarait que la France considérerait comme un motif de guerre toute tentative faite pour

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déposséder Méhémct-Ali de l'Egypte ; puis, devant l'hostilité de Louis-Philippe, il donna sa démission et fut remplacé par Guizot le 29 octobre. Les Anglais semblaient triompher. Saint-Jean d'Acre avait capitulé le 2 novembre devant la flotte anglaise. La Syrie était en pleine insurrection et l'escadre de Napier se préparait à bombarder Alexandrie. Méhémet-Ali cédait devant la force et acceptait une convention courue en termes vagues, d'après laquelle la Quadruple Alliance, moyennant sa renonciation aux autres possessions, s'efforcerait de lui faire accorder l'hérédité de l'Egypte. Enfin, pour comble de malheur, la Porte, travaillée par les agents de Palmerston , refusait de reconnaître cette convention. Ce fut alors qu'eut lieu en Europe un revirement contre l'attitude de l'Angleterre; Guizot déclara à la Chambre des députés qu'il maintiendrait la note du 8 octobre et écarterait tout accord qui ne reconnaîtrait pas à Méhémet-Ali la possession héréditaire de l'Egypte. L'Autriche, effrayée par le mouvement d'enthousiasme que l'annonce d'une guerre avait excité au delà du Rhin, voulait conserver la paix en Europe. D'accord avec la Prusse, elle prit l'initiative, dans sa note du 31 janvier 1841, d'inviter la Porte à révoquer son acte de déchéance et à accorder à Méhémet-Ali le gouvernement héréditaire de l'Egypte. Parles négociations de Londres, les autres puissances acceptèrent cette note. Le sultan s'exécuta et publia les hatti-schérifs du 13 février et du 19 avril 1841 qui sont encore aujourd'hui, à quelques modifications près, la charte diplomatique de l'Egypte. Méhémet-Ali re-

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fusa cradmctti-o que le sultan choisît à chaque avènement l'héritier parmi les membres de la dynastie. Il fut convenu que F hérédité aurait lieu par ordre d'aîné, (|ue le pacha d'Egypte paierait au sultan un tribut fixe, que l'armée serait réduite à 18.000 hommes en temps de paix et que tous les officiers généraux et les colonels seraient nommés par le sultan, qu'enfin chaque nouveau pacha devrait venir demander Tinvestiture de ses fonctions à Constantinople.

Le 10 mai 1841, Méhémet-Ali accepta cette convention, et le traité de Londres, signé le 13 juillet, rétablit pour un temps l'accord des grandes puissances.

Dès lors, jusqu'à sa mort, Méhémet-Ali ne cessa d'entretenir des relations pacifiques avec l'Europe. S'il n'avait pas fondé l'empire oriental qu'il avait paru rêver un moment pour sa dynastie, il lui laissait du moins la possession héréditaire de l'Egypte. Ses échecs l'avaient cependant jeté dans le découragement ; à la fin de sa vie son esprit s'afl'aiblit et il fut en proie à des hallucinations. Il entreprit en 1848 un voyage en Occident, et il apprit à Naples la chute de son fidèle allié Louis- Philippe, au fils duquel il avait fait une réception si brillante trois années auparavant. Sa colère fut telle qu'il parla sérieusement de conduire une armée à Marseille pour restaurer Louis -Philippe sur le trône, et la secousse que lui causa cette nouvelle porta son état jusqu'à la démence. Le prince Ibrahim prit la régence avec l'assentiment de la Porte, mais il mourut lui-même en novembre 1848. Avant même que son grand-père fût mort, le fils de Toussoun,

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Abbas, exerça le pouvoir, et l'illustre vieillard se survécut encore à lui-même jusqu'en août 1849.

BIBLIOGRAPHIE

Bibliographies relatives : à la conquête du Soudan : Demérain. Le Soudan Egyptien. — A la question d'Orient : Debidolr. Histoire diplomatique, I. — Driault. Histoire de la question d'Orient. — Seioobos. Histoire de l'Europe contemporaine.

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