‹ L'Égypte de 1798 à 1900Chapitre 26 sur 64 · SAID (1854-G · texte numérisé non relu

SAID (1854-G

projet « comme un de ces nombreux pièges tendus de temps en temps par des imposteurs à la crédulité des capitalistes gobe-mouches ». 11 avait raison d'ajouter que ce projet était « contraire à la politique suivie de tout temps par TAngleterre dans ses relations avec rÉgypte et la Turquie ». C'était en effet pour empêcher rÉgypte de redevenir, sous Tinfluence et au profit de la France, le grand entrepôt des Indes que TAngleterre avait entrepris sa campagne de 1799; c'était pour le même motif qu'elle avait empêché Méhémet-Ali de conquérir la souveraineté de l'Orient et que, par des intrigues sourdes, elle avait cherché à ruiner son pouvoir; il était donc naturel qu'elle vît avec colère des Français réaliser l'œuvre qu'elle avait réussi à retarder depuis la fin du dix-huitième siècle, et dans ses divaga tions hautaines, Palmerston représentait bien la vieille politique de son pays.

Fort heureusement pour l'honneur de l'Angleterre, beaucoup d'esprits libéraux, parmi lesquels Gladstone et Russell, et surtout les représentants du grand commerce, se montrèrent partisans du canal et agirent sur le gouvernement : Derby dut déclarer au Parlement qu'il ne s'opposerait pas à l'entreprise. Un emprunt de deux cents millions de francs divisé en 400.000 actions de 500 francs fut émis le 5 novembre 1858. Il eut un plein succès et la majorité des actions fut souscrite par la France (207.111), par l'empire ottoman (96.517) et par le vice-roi d'Egypte (85.506). 11 n'y eut de souscription ni en Angleterre, ni en Autriche, ni en Russie, ni aux Etats-Unis. Palmerston se

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vengea de ce succès en déclarant que cette entreprise n'était (ju'une association de petites gens; c'est justement parla qu'elle était forte. Le 7 mars 1859, de Lesseps demandait à Saïd la permission d'inaugurer les travaux. La Porte n'avait pas encore accordé son firman officiel, maison s'en était passé pour commencer la construction du chemin de fer du Caire à Suez. Malgré l'avis d'un conseil d'avocats, où figuraient Odilon Barrot, Dufaure et Jules Favre, Saïd donna l'autorisation et, le 25 avril 1859, le premier coup de pioche fut donné entre le lac Menzaleh et la Méditerranée. Les débuts furent difficiles; pour nourrir l'armée d'ouvriers qui afflua de tous côtés, il fallut aller chercher des vivres et de l'eau jusqu'à Damiette. On commença par creuser un canal d'eau douce entre Suez et le Caire; puis, sur une longueur de 130 kilomètres, on résolut d'ouvrir un canal maritime de 56 mètres de large et de 6 mètres de profondeur. En dix-huit mois, on ouvrit un chenal de service de 2 mètres de profondeur d'une mer à l'autre. Tout marchait à souhait, lorsque Saïd mourut en 1863.

Dans tous les domaines d'ailleurs la science française triomphait en Egypte, et Ghampollion, mort prématurément, avait trouvé un successeur digne de lui dans Mariette. Après 1830, la science récente de l'égyptologie avait subi une éclipse et n'était plus représentée que par quelques savants, comme de Rongé au Collège de

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France, Briigscli en Allemagne, Hincks eu Angleterre. Aucune découverte retentissante n'était venue apporter un nouvel aliment aux recherches. Ce fut alors qu'un jeune professeur de septième du collège de Boulognesur-Mer, que son principal avait fait révoquer parce que ses études sur la langue égyptienne lui paraissaient peu compatibles avec son métier, entreprit de continuer l'exploration de l'Egypte. Les moyens dont Mariette disposait étaient minces : marié et père de famille à l'âge de vingt-trois ans, privé de ressources et admis par charité au musée du Louvre, dont le directeur lui allouait un traitement sur « les frais de collage et de réparation », il parvint à se faire donner par l'Académie des Inscriptions la mission d'aller recueillir des manuscrits dans les couvents coptes. En réalité, il se souciait d'autres découvertes et, à défaut de ressources, il avait la foi. En attendant l'accomplissement des formalités nécessaires pour pénétrer dans les couvents, il explora la nécropole de Memphis et eut l'idée de rechercher le Sérapéum ou tombeau des Apis décrit par Strabon. En deux mois il fit déblayer l'avenue des grands sphinx qui conduisait au tombeau (novembre 1850, janvier 1851) et atteignit le seuil du Sérapéum. Mais ce fut alors (pie les difficultés commencèrent. Le crédit alloué par l'Académie pour la recherche des manuscrits coptes avait été complètement épuisé dans ces fouilles. Déplus, on était sous le règne d'Abbas, qui se souciait très peu des fouilles, mais qui ne perdait aucune occasion de vexer les Européens. Sur la plainte de quelques cheiks, le vice-roi fit revivre ^^i^e ordonnance de Méhémet-Ali

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qui défendait à quiconque de commencer dos travaux publics sausTautorisation du moudyr (gouverneur delà province), et les travaux furent suspendus momentanément.

Mais aucun obstacle n'arrêta Mariette, et malgré le moudyr, dont l'insolence reçut un châtiment exemplaire (1), malgré le vice-roi, qui envoya des ofliciers pour surveiller les fouilles et s'emparer des objets découverts, son entreprise fut menée à bonne fin. A son passage en Eg3'pte, de Saulcy avait eu connaissance de ses travaux et il lui avait fait accorder un nouveau crédit de 30.000 francs. En 1852, une dernière subvention de 50.000 francs, allouée parle ministère de la maison de l'Empereur, permit d'achever les fouilles. En novembre 1851, on avait dégagé la rampe qui conduit au caveau funéraire d'Apis. Le 19 novembre, Mariette put pénétrer, les larmes aux yeux, dans les tombes encore intactes où étaient renfermés les restes du dieu. Les merveilles trouvées au cours de ces fouilles furent envoyées à Alexandrie, à destination de la France ; mais Abbas, désireux de faire dans ces richesses la part de l'Angleterre, ne consentait à donner à la France que les monuments découverts dans les premières fouilles, au nombre de cinq cent treize. Mariette, qui avait dû soutenir dans sa maison un siè^fe en rèsrle contre les Bédouins attirés par le bruit de la découverte de trésors, montra la même énergie vis-à-vis des employés du vice-roi. Il persuada à l'effendi chargé de surveiller

(1) Mariette, ayant été insulté par le moudyr à son entrée dans son palais, lui porta un coup de poin<^ et le lit timibor à la renverse.

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remballai^c que les inoiiumriits égyptiens se composaient de plusieurs pièces, puis il bourra tous les vases et les canopes d'objets plus petits. Il obtint ainsi cin([ cent treize colis, mais il envoya au Louvre plus de sept mille monuments; puis, par une dernière bravade, il prit un grand nombre de stèles blanches trouvées au Sérapéum et préparées sans doute pour recevoir des inscriptions votives, y traça des hiéroglyphes avec du noir de fumée et les expédia au vice-roi comme le résultat des fouilles.

De retour à Paris, Mariette fut nommé conservateuradjoint du Louvre, mais il ne tarda pas à retourner en Egypte, où Saïd l'appelait pour entreprendre des fouilles avant le voyage du prince Napoléon. Méhémet-Ali s'était contenté de faciliter le voyage de Champollion : Saïd voulut faire mieux pour Mariette. Il lui donna le titre de bey, l'autorisa à se servir de la corvée pour exécuter des fouilles, décréta la conservation des monuments publics de l'Egypte et fonda pour les antiquités égyptiennes le musée de Boulaq (1857-58). Bientôt trente-cinq chantiers furent ouverts, tant en Egypte qu'en Nubie, et 22.000 monuments furent déposés au nouveau musée. Sous l'impulsion de Mariette et des savants français, l'égyptologie pouvait désormais se développer sans interruption; l'antique civilisation des Pharaons allait renaître tout entière.

\(><^ LEGYPTE DE ITîiR A V.m.

BIBLIOGRAPHIE

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