‹ L'Égypte de 1798 à 1900Chapitre 9 sur 64 · C.s I/Kf.VF'TF Dl- IT'.IS A lUOO · texte numérisé non relu

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I \ novembre i7î)*.), et les huit ingénieurs qui la formaient achevèrent le nivellement de la Méditerranée. Ils (onslalèrent à Suez la hauteur de la marée pendant une svzygie, le 2'i janvier 1799, puis observèrent la basse mer de vive eau sur la Méditerranée à Tyneh et ils trouvèrent que le niveau de la mer Rouge était supérieur de 9'", 908 à celui de la Méditerranée. Ils en conclurent que les bassins des Lacs Amers pouvaient recevoir dans quelques parties plus de cinquante pieds de hauteur d'eau, soit de la mer Rouge, soit du Nil. « Il est donc certain, déclare Lepère, que les eaux de « la mer Rouge sont susceptibles de couvrir les terres « du Delta et que les craintes de cette submersion {( n'étaient que trop fondées chez les anciens, dans ces (( temps reculés où le Delta et le lit même du Nil « étai(^nt incontestablement plus élevés. » Ce résultat, dû à une erreur de calcul, devait donner longtemps des arguments aux adversaires du canal. Lorsque eut lieu en IS-^iT un nouveau nivellement sous la direction de ringénieur Talabot, deux membres de la commission d'Egypte encore vivants s'émurent des conclusions toutes dilTérentes de ce travail. On put constater que la source de l'erreur des savants de 1799 provenait d'une diilerence de 8'", 67, cotée à tort entre Suez et le pi({uet 119. Presque toutes les autres parties du travail, au contraire, concordaient avec les résultats trouvés par Talabot. D'ailleurs, malgré la différence de niveau des deux mers, Lepère ne croyait pas que le rétablissement de l'ancien canal fût impossible. Il préconisait dans ses conclusions l'antique tracé de Bubaste sur le

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Nil à Suez et le percement d'un canal d'eau douce du Caire à Suez. Il évaluait la dépense à trente millions de francs.

Dresser une bonne carte de l'Egypte parut aussi une entreprise nécessaire ; on ne possédait en elîet que celle de Banville, qui était à une trop petite échelle ; or, avant de coloniser le territoire, il fallait au moins en connaître toutes les parties. Bonaparte résolut donc de charger l'ingénieur Testevuide de dresser une carte au trente millième ; mais il put à peine commencer les travaux, car il fut tué dans l'insurrection du Caire, le 29 novembre 1798. Malgré cette perte, les travaux furent entrepris de tous les côtés à la fois. Pendant l'expédition de Syrie, l'ingénieur Jacotin releva l'itinéraire du Caire à Saint- •lean d'Acre. Le 28 juin 1799, les ingénieurs géographes furent rattachés à l'état-major général de l'armée et reçurent des grades militaires ; on choisit pour échelle le deux cent millième ; mais pendant la crise qui précéda la bataille d'Aboukir les savants ne disposaient plus d'aucune escorte pour visiter l'Egypte; ils se contentèrent de lever le plan du Caire et ce ne fut qu'après la bataille d'Héliopolis que les travaux reprirent sérieusement. On put lever la carte de la Basse-Egypte €t entreprendre quelques expéditions dans les oasis, sur les bords de la mer Rouge et sur le Haut-Nil. Le 4 mars 1801, sur l'ordre de Menou, une autre commission composée d'ingénieurs des ponts et chaussées reçut la mission de faire le cadastre de l'Egypte. La plupart des éléments nécessaires à cette carte étaient donc réunis à la fin de 1801. Jacotin parvint à sauver tous les tra-

i.iicvi'Ti: IH-: iT'.ts A ii»ûo.

vaux parik'ls de ses collalioraleurs ; il les versa au dé- )».»l (le la î^uiTi-e, où la t-arlc fut plus laid c-oustruite et

gravée.

Vai uu'iue Iciiips, ri']g'ypte était étudiéeàtousles points (le viii' par les savanis qui la parcouraient en tous sens ; leurs ellorts avaient été un peu éparpillés sous le gouvernenienl de Bonaj)arte. Kléber résolut de les rendre plus systématicpies et, le 1 1 novembre 1799, il forma une grande commission (jui adopta un plan de travail en neuf articles : I. Législation; usages civils et religieux. — II. Adniinislrntion. — III. Police. — IV. Gouvernement et histoire. — V. Etat militaire. — \\. Commerce et Industrie. — VII. Agriculture. — YIII. Histoire naturelle des habitants. — IX. Monuments et costumes. — X. Géographie et liydraulique. — Chacun prit à son compte, suivant sa spécialité, une de ces études; mais Tarticle traité avec le plus de soin fut le dernier. Lepère et .lacotin, qui s'en étaient chargés, dressèrent pour l'étudier un questionnaire fort complet qui fut imprimé à un grand nombre d'exemplaires et distribué, pour être rempli, aux agents des provinces et aux voyageurs : Noms de village (en français et en arabe). — Provinces dont ils dépendent. — Rives du Xil. — Distances en heures de marche, au Nil, au cliei'-liou. — Populations (l'amilles, hommes, femmes, enfants, total). — Occupations des habitants (fellahs, pécheurs, artisans). — Nature des cultures (nombre de feddans cultivés en canne à sucre, riz, blé, indigo, orge, dourah, tabac, lin, palmiers...). — Canaux d'arrosemeiit (noms, origine, feddans qu'ils ar-

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rosont). — Religions (coptes, grecs, musulmans, juifs). — Ti'ibus d'Arabes (noms, populations, nombre de chevaux et de chameaux...) : telles furent les bases du monument élevé par les savants de Fexpédition d'Egypte. Leur œuvre fut interrompue par l'invasion anglaise, mais du moins ne périt-elle pas tout entière et ses résultats ont été rassemblés dans le srand ouvrasre commencé en 1802 par ordre des Consuls et achevé seulement sous la Restauration, la « Description de l'Egypte ». La première partie, qui devait être consacrée à l'histoire de l'Egypte depuis les temps les plus reculés jus({u'à la domination française, fut abandonnée ; mais les parties publiées qui traitent des Antiquités, de l'Etat moderne et de l'Histoire naturelle, suffisent à nous montrer avec quelle ampleur ces vrais enfants du dixhuitième siècle entreprirent leur tâche. Non seulement leurs dissertations forment la base de toute étude sérieuse sur l'Egypte ancienne et moderne, mais sur bien des points ils furent des précurseurs et appliquèrent à l'histoire et à la géographie la méthode rationnelle qui devait en faire, au dix-neuvième siècle, de véritables sciences. Loin d'être confus et livrés an hasard, leurs travaux furent subordonnés à un plan vigoureux, qui s'élevait du simple au complexe et cherchait à montrer les rapports entre la terre, le climat et les hommes.

L'étude fondamentale est en efîet l'étude physique de l'Egypte. Girard et de Rozière étudient la constitution du sol, la nature des roches, l'exhaussement séculaire de la vallée du Nil; des mémoires spéciaux sont consacrés à la vallée des lacs de natron, à la vallée de

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Kosseïr, etc. Xond, Cdutcllccl de Hdzièrorociioillent les résullats (les oliscrvatioiis aslronoiiiiiiiics et inétrorologiijiies (jiii pcriiicltciil (le déleriniiicr la nature du climat de l'Egypte (1|. Les iiaturalisles étudient la flore et la fauue. Dclile et Coquebert s'occu[)eiit des plantes endémiipies, du palmier et des jdantes cultivées (2), tandis (pie Geoirioy Sainl-Hilaire et de Savigny étudient les diiïércuts (udres de vei-léhrés qui se trouvent leprésentés en Egypte (3).

(1) Giiivr.D. Description do la vallée de l'Egarement (llisl. nat., II, 25). — Observations sur la vallée d'Egypte et sur l'exhaussement séculaire du sol qui le recouvre (id., II, 343). — De Rozière. Discours sur la représentation des roches de l'Egypte et de l'Arabie par la gravure (id., II, 'il). — Description minéralogique de la vallée de Qoceyr (id., II, 83). — Gratien Lepère. Extrait d'un niémoire sur les lacs et les déserts de la Basse-Egypte (État moderne, II, 469). — D'Andréossv. Mémoire sur la vallée des lacs de natron et celle du fleuve sans eau d'après la reconnaissance faite les 4-8 pluviôse an VII (^23-27 janvier 1799) (État mod.. I, 279). — Dlbois-Avmé. Mémoire sur les anciennes limites de la mer Houge (Et. mod., II, 715, I, 187). Xouet. Observations astronomiques faites en Egypte pendant les années VI-VII-VIII (1799-1800) (État moderne, I, 1). Observations météorologiques et hygrométriques faites dans diverses villes de l'Egypte Ilisl. nat., II, 339). — Coltelle. Observations météorologiques faites au Caire en 1799-1801 (Mist. nat., II, 321). — De Rozière. De la constitution physique de l'Egypte et de ses rapports avec les anciennes institutions de cette contrée (Ilist. nat., II, 407).

[2) CoQLKHERT. Comparaison entre les plantes d'Egypte et de France (Hist. nat., I. 59). — Delii.k. Description du palmier doum dans la Haute-Egypte llist. nat., I, 53). Mémoire sur les plantes qui croissent spontanément en Egypte (id., II, 1). Histoire des I)lanlos cultivées en Egypte (id., II, 11).

|3) Geoikroy Saint-IIilaire. Histoire naturelle des poissons du Nil (Ilist. nat., I, 265). Description des reptiles (id.. I, 115-121). Description des crocodiles (id., I, 185). Histoire naturelle des poissons de la mer Rouge et de la Méditerranée (id., I, 311 >. Description des

Enfin (les travaux étaient consacrés aux différentes races ([iii habitent l'Egypte : aux Egyptienspar Larrey ( 1) , aux Arabes par Jomard, Dubois-Aymé et Jaubert (2), aux Nubiens par Costaz (3). J^arrey étudiait d'autre part les maladies endémiques de l'Egypte et de la Syrie (4), tandis que Desgenettes dressait les tables nécrologiques du Caire pendant les trois années de l'occupation française (5) et que Rouyer, pharmacien, décrivait les médicaments dont usaient les Egyptiens (6). Une étude physique de l'Egypte était ainsi constituée et ses résultats pratiques devaient hâter l'œuvre de la colonisation.

L'étude politique est renfermée dans trois mémoires qui donnent les détails les plus minutieux sur le système de gouvernement des Mamlouks (7), mais ce

mammifères qui se trouvent en Egypte lid., II, 99-733). — Savigny. Système des oiseaux (Mist. nat., I, 63). Description sommaire des mammifères carnassiers qui se trouvent en Egypte (id., II, 744).

(1) Notice sur la conformation physique des Egyptiens et des différentes races qui habitent en Egypte (Etat mod., II, 1).

(2) Jomard. Observations sur les Arabes de l'Egypte (Et. mod., I, 545). — Dubois-Aymé. Mémoire sur les tribus arabes des déserts de l'Egypte (Et. mod., I, 577). Mémoire sur la ville de Qoceyr et ses environs et sur les peuples nomades qui habitent cette partie de l'ancienne Troglodytique (Et. mod., 1, 193). — Jaubert. Nomenclature des tribus arabes qui campent entre l'Egypte et la Palestine.

(3) Mémoire sur la Nubie et les Baràbras (Et. mod., I, 399).

(4) Larrey. Mémoire et observations sur plusieurs maladies qui ont affecté les troupes de l'armée française pendant l'expédition d'Egypte et de Syrie et qui sont endémiques dans ces deux contrées (Et. mod., I, 427).

(5) État mod., II, 311.

(6) Et. mod., I, 217.

(7) Delaporte. Abrégé chronologique de l'histoire des Mamlouks

furent surtout les études économique, sociale et historique qui absorbèrent Tattention des savants et formèrent comme le couronnement d<' leur œuvre.

Quel est le régime du Xil et jusqu'où s'étend son influence sur la fertilité de F Egypte? Quel est le meilleur système d'irrigations, et dans quel état sont les canaux et les digues actuellement? Quelles sont les ressources agricoles, industrielles et commerciales du pays? Il fallut pour répondre à toutes ces questions envoj^er de nombreuses missions et recueillir les documents de toute espèce. Girard fut attaché à l'armée de Desaix qui envahissait la Haute-Egypte et dut chercher des renseignements sur les inondations du Xil et les irrigations. Sur sa route, il fit un détour et accompagna Belliard, chargé de s'emparer du port de Kosseïr. Revenu au Caire en octobre 1799, il fut adjoint par Kléber à la commission de l'agriculture et du commerce et il explora la Basse-Egypte. Il rassembla tous les matériaux recueillis au cours de ses recherches dans un important mémoire sur l'agriculture, l'industrie et le commerce des Egyptiens (1). Les diverses parties de ce vaste sujet étaient d'ailleurs l'objet de travaux distincts. Le lac Menzaleh est étudié par le général d'Andréossy (2),

d'Egypte depuis leur orig-ine jusqu'à la conquête des Français (Et. mod., îl, 121). — EsTKVi:. Mém. sur les finances de l'Egypte depuis sa conquête par le sultan Selim I-^'" jusqu'à celle du général en chef Bonaparte. — Lancret. Mém. sur le système d'imposition territoriale et sur l'administration des provinces de l'Egypte dans les dernières années du gouvernement des Mamlouks (Et. mod.. I. 233).

(1) Et. mod.. II, 491-714.

(2) D'après la reconnaissance faite en vendémiaire an VII ^Et. mod., I,-2G1).

la fontaine do Moïse par ïMoni^c (1), le canal d'Alexandric par Lancret et Chabrol (2), le Fayoum par Martin (3). Malus cliorclie à retrouver les vestiges des sept bouches par lesquelles le Nil s'écoulait autrefois dans la Méditerranée, et il conclut à la possibilité de creuser rancienne branche tanitique (4). Lepère, Jollois et Jomard écrivent les descriptions les plus complètes des villes d'Alexandrie, de Rosette et du Caire (5). Enfin les procédés employés par les fellahs pour arroser leurs terres (6) , les principales industries égyptiennes (7) , les monnaies (8) et les poids et mesures en usage (9) donnèrent lieu également à des monographies spéciales. Une exploitation scientifique des forces de F Egypte et un emploi plus rationnel des eaux du Nil furent préparés ; beaucoup de ces travaux devaient recevoir leurs applications plus tard.

Mais l'état social d\in pays entre comme un facteur des plus importants dans les éléments qui constituent sa richesse. Sa connaissance permet de pénétrer plus intimement dans la conscience des hommes et de fonder le gouvernement sur une base plus rationnelle. En vrais disciples de Montesquieu, les savants français

(1) Et. mod., I, 409.

(2) Et. mod., II, 185.

(3) État mod., II.

(4) Extrait d'un mémoire sur l'état ancien et moderne des provinces orientales de la Basse-Egypte (Et. mod., II, 304).

(5) Et. mod., II-, p. 269, 333, 579.

(6) Jomard. Etat mod., I.

(7) Et. mod., I, 203, 413.

(8) Et. mod., II, 321, 468.

(9) Et. mod., II, 228.

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recueillirent donc de nombreux renseignements sur les mœurs des Egyptiens (1) et même des peuples voisins (2). De Chabrol fit sur ce sujet un ti-avail d'ensemble (3), pendant que Villoteau s'attachait spécialement à Fart musical et aux instruments de musique.

Enfin, grâce à leur esprit philosophique, les savants sentirent qu'une étude de TEgypte moderne ne pouvait avoir d'utilité que si elle était suivie d'une exploration des monuments qui permettent de remonter jusqu'à l'antique civilisation des Pharaons. Les conditions naturelles étant permanentes, il était nécessaire de comparer l'Egypte affaiblie des Mamlouks à la prospérité que révèlent les témoignages antiques. Ces recherches ne tardèrent pas d'ailleurs à porter leur but en ellesmêmes ; mais, comme toutes celles de l'Institut d'Egypte, elles ont eu un double résultat : elles ont enrichi la science et ont eu une application pratique en apprenant aux possesseurs modernes de l'Egypte par quels procédés ses anciens maîtres en faisaient surgir des richesses considérables. L'égyptologie était fondée et, malgré des erreurs, excusables d'ailleurs, car elles ne pouvaient être évitées que par la lecture des hiéroglyphes, ces prédécesseurs de Champollion et de Mariette ont fait les principales découvertes qui servirent

(1) Dubois-Aymé et Jollois. Voyages dans rintérieur du Delta (Et. mod., II, 91).

(2) CouTELLE. Observation sur la topograpliie de la presqu'île du Sinaï; les mœurs, usages, industries, commerce des habitants (Et. mod. II, 277).

(3) Essai sur les mœurs des habitants modernes de l'Egypte (Et. mod., IF, 361).

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de points de di'part à leurs successeurs. Appuyés sur les textes d'Hérodote et de Diodore, ils essayèrent de trouver dans les monuments les éclaircissements nécessaires à Tintelligence de ces historiens, et ils s'aperçurent bientôt qu'une Egypte nouvelle allait surgir de ces fouilles. Chacune des provinces de l'Egypte eut ses explorateurs (1). Jollois, Jomard, Devilliers, Saint-Genis cherchèrent à retrouver les restes des villes disparues. Les ruines d'Abydos, d'Antinoé, do Memphis, d'Heliopolis, de Thèbes, etc., furent explorées. Un jeune ingénieur, Villicrs du Terrage, visita le temple de Denderali; mais, trompé par le style de l'édifice et dans l'ignorance des caractères hiéroglyphiques, il crut pouvoir attribuer aux anciens Egyptiens le dessin d'un zodiaque qui ne remonte en réalité qu'à F époque des Ptolémées. L'ardeur des jeunes gens était telle que leur chef, Girard, se plaignit au général Belliard et déclara que les hiéroglyphes n'étaient pas la besogne des ingénieurs. Ces plaintes importunes n'étaient guère de saison et ne furent pas écoutées. Villiers remonta le Nil jusqu'à l'île de Philœ et put explorer les ruines de Thèbes. Il fournit d'utiles renseignements aux deux commissions nommées en septembre 1799 par Bonaparte pour interpréter les bas-reliefs et il rapporta au Caire des plans , des élévations et des coupes de tous les temples, palais, tombeaux, qu'il avait visités, ainsi qu'une carte de la plaine de Thèbes.

Grâce à ces travaux, les savants parvinrent à tracer

(l)Ét. mod., I, 607, 8i7.

une première esquisse de l'état de rancienne Egypte et, on procédant comme ils Favaient fait pour l'Egypte moderne, étudier successivement l'état politique, les sciences, l'agriculture, l'industrie, les mœurs des contemporains de Ramsès. Jomard comparait la population ancienne à la population actuelle de l'Egypte (1 ) ; Boudet essayait de démontrer que les Egyptiens avaient inventé le verre (2) ; de Rozière recherchait les industries disparues aujourd'hui (3); Costaz étudiait l'agriculture, l'industrie et les mœurs (4) ; Rouyer les embaumements (5) ; Yilloteau les instruments de musique figurés sur les monuments (6) ; Fourier, Jollois, Devilliers et Jomard les sciences et l'astronomie (7) ; Girard et Jomard les anciennes mesures (8). Aucune branche de l'antique civilisation n'était négligée, tandis que les ingénieurs, Dubois-Aj^mé, Jomard et Lancret essayaient de retrouver les traces des anciennes bouches du ]\il et du lac Mœris, qui servait alternativement de réservoir et de déversoir au Xil (9).

Mais de toutes les découvertes la plus féconde devait être celle de la pierre trouvée à Rosette au mois d'août 1799 [»ar l'officier du génie Bouchard et sur laquelle se lisaient trois inscriptions en trois

(1) Antiquités. Mémoires. II, 88,

(2) Antiquités. Mém. II, 17.

(3) Mémoire sur les vases murrhins. Antiq. Mem. 1, 115.

(4) Anti([. Mém. I. 49.

(5) Antiq. Mém. I, 207.

(6) Id.. I., 181, 357.

(7) Id., I.. 71. 255, 427, 803.

(8) Id., I., 1, 325, 495-803; II, 57.

(9) Antiq. Mém. I, 70, 251, 277-91. .

])andcs parallèles, ruiio en grec, Taiitre en caractères Jémotiques, l'autre en hiéroglyphes. Ce petit rectangle de granit noir lut, sur Tordre de Menou, envoyé au Caire et étudié par les membres de Tlnstitut; on en fit plusieurs empreintes que Ton expédia en France, et nul ne douta plus désormais qu'elle ne renfermât la clef de l'écriture hiéroglyphique. Après le traité d'Alexandrie, cette pierre tomba au pouvoir des Anglais et fut transportée au British Muséum; Chainpollion devait l'y retrouver un jour et achever l'œuvre de l'Institut d'Egypte (1).

Il semblait donc que l'antique Egypte dût livrer tous ses trésors; l'activité des savants avait encore augmenté pendant l'année 1800, lorsque l'invasion anglaise vint tout arrêter. Les Français avaient jeté les fondements de la rénovation de l'Egypte; les Anglais empêchèrent leurs résultats d'aboutir. Si la route des Indes n'a pas été ouverte dès le commencement de ce siècle, si l'égyptologie a dû attendre de longues années ses Champollion et ses Mariette, il faut l'attribuer à la politique de l'Angleterre et à rindifîérence du Directoire. L'Angleterre a senti tout le danger qu'une Egypte puissante et soumise à l'influence française ferait courir à l'Inde. Elle a donc inauguré dès 1799 et 1800 la politique de jalousie et de méfiance qui devait être sa ligne de conduite jusqu'à ce qu'elle pût absorber l'Egypte à son tour. Mais si elle a ainsi enlevé l'Egypte à la France, elle n'a pas

(1) Explication sommaire de la pierre de Rosette par Jomard (Ant. Mém. II, li3).

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pu détruire le résultat moral de l'œuvre de ses savants. La science a fait de l'Egypte une terre française, et un barbare de talent, s'inspirant de cet exemple, va reprendre avec des Français Fœuvre que Bonaparte dédaigna d'achever.

BIBLIOGRAPHIE

Consulter les ouvrages généraux relatifs à la Révolution, au Directoire, à Napoléon P^ Ouvrages spéciaux sur l'Egypte :

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