‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 10 sur 189 · LA LETTRE DE MOHAMED AL Y · texte numérisé non relu

LA LETTRE DE MOHAMED AL Y

Sî Votre Majesté le juge convenable, je suis prêt à me con-

tenter en Syrie du Pachalik d'Acre: cette province a résisté

jusqu'à ce jour à tous les efforts qu'on a faits pour la soulever

L contre moi. Votre Majesté trouvera peut-être juste de faire ^Mjssi laisser sons mon autorité l'Ile de Candie. Mais si ses hautes lumières lui fesaient juger que la Syrie ^XM-tiète doit être maintenue sous mon gouvernement, je suis l>jrêt à combattre jusqu'au dernier soupir. Mon fils Ibrabim a s€>ii^8 ses ordres une armée considérable. Damas, Alep, les principales villes de Syrie, sont encore en mon pouvoir. L'armée d^u Hedjaz est en partie au Caire: le reste y sera sous peu de j ommxs: mon neveu Ahmet Pacha la commandera. Des cheïkiis IxB^uents au Liban qui étaient établis au Caire, partent pour la cn^outagne où. sont également renvoyés sur la demande de votre

IG^-otivemement, les Emirs et les Cheikhs que le Prince Béchir U^^vait récemment fait exiler au Seanâr. I J^ai en outre 40 bâtimens prêts à prendre la mer au premier exgxial de Votre Majesté,

kB^on unique but en fesant aujourd'hui cette démarche aurè« d'EUe^ est de prévenir les malheurs d*une guerre générale: lie n*eu doutera pas après l'assurance que je viens de lui donner de ma détermination de me sacrifier avec mes enfana^ si Elle le jugeait nécessaire.

^^ Faite il y a 20 jours, ou aurait pu voir dans cette démarche Aei la faiblesse. Mais aujourd'hui que mon existence est assxurée, que la France s'est prononcée à cet égard, je ne cours c^ize peu de risques à prolonger la guerre. Ce ne sont pas les forces que l'on pourrait déployer contre moi qui m'effraient. I C^ qui m'e&aie, ce serait d*être la cause d'une guerre gén^éirale qui n'aurait d'autre objet que la défense de mes inté- T&t^ personnels.

Aussi dans cette circonstance, je devais m' adresser à Votre

Majesté dont la sagesse fait l'admiration du monde entier,

€t c'est entre ses mains que je viens remettre mon sort. Je lui

demande seulement de daigner intervenir dans le traité qui

réglera définitivement les relations qui devront exister à l'avenir entre mon Souverain et moi. En retour de ce bienfait, je ne cesserai de témoigner toute ma vie au Roi et à la France la reconnaissance la plus vive, que je léguerai à mes enfans et à mes petits-enfans comme un devoir sacré à remplir.

Je m'arrête en suppliant Votre Majesté de daigner me continuer sa haute bienveillance, et en me recommandant humblement à ses bontés Royales.

7 novembre 1840 (le 12 ramadhan 1256).

Correspondance politique. Egypte, XII, î^ 85-86.

Page 1