De Méhémet AU au Roi des Français
;^^9IM4tltE: Remercicmeiits lurtoul pour la note françaiBe du 8 octobre disant que ton
cadstecce politique est indiapeusable â Féquilibre européen* — H d*& jamaii voulu
qtte la prospérité et la véritable iodépendance de T Empire ottoman. — Résultats
qu'il avait déjà obtenus en Syrie pour Tordre et la complète civilisation de cette
province. — Les influences étrangères malfaiaantea y ont désormais ramené le
désordre et la puerre civile: il n'a donc plus de raisons pour désirer conserver la
Syrie. — Pour le reste il s'en rapporte à la baute sagc««e du Roi. — Sans doute
il f^nviendrait qu'il pût garder le pachE^ik de Saint Jean d'Acre et Tîle de Candie. —
J] cat prêt à combattre jusqu'au dernier soupir ai la France estime que la Syrie en *
■^^Te doit être maintenue sons son gouvernement « — Il énutnère toutes les resaour»
^^^ militaires dont U dispos encore, — Cependant il ne voudrait pas être la cause
^''une guerre générale. — En tout cas, il demande que la France intervienne dans
jg^^ ti^té qui réglera définitivement ses relations avec le Sultan.
7 novembre 1840.
Très Haut, très Puissant, très Majestueux Seigneur l'Empereur Auguste de la Grande Nation Française,
Il me serait difficile d'exprimer la reconnaissance dont je smu^ pénétré pour Tinter et bienveillant que Votre Majesté et la. Orande Nation Française ont de tout tems daigné me téncEoigner. Je ne saurais surtout remercier assez Votre Majesté f»ovi:r avoir déclaré dans la note officielle adressée de sa part Aiaïc: grandes Puissances de TEurope que mon existence poEtique est: indispensable à l'équilibre européen. Cette nouvelle mar- €|xie de l'intérêt que me porte Votre Majesté m'impose des clc^voirs que je saurai remplir, et d'abord celui d'exposer cl3.iJ€inent à Votre Majesté et à la France les motifs de ma conduite.
Depuis le commencement de ma carrière, le vœu le plus
^ncère de mon cœur a été la prospérité de l'Empire ottoman:
\e désirais le voir heureux, tranquille et puissant. Mon am-
bitiou la plus grande a toujours été de lui venir en aide contre
ses ennemis et de sacrifier pour sa défense tout ce que j'ai
ac^s péniblement par de longs travaux* Dieu m'est témoin
que je suis encore aujourd'hui animé des mêmes vues; et je le dirai avec franchise, si j'ai toujours été natuJrellement porté pour la France, c'est que de tous les gouvememens de l'Europe, c'est celui qui veut le plus sincèrement l'intégrité, l'indépendance et la prospérité de l'Empire ottoman.
Je prie Votre Majesté de croire que c'est l'amour de mon pays qui a toujours dirigé ma conduite.
Ainsi, après beaucoup de soins et de peines je commençais . à faire régner l'ordre en Syrie, à faire succéder la paix et la j tranquillité à l'anarchie et au désordre, à imprimer une nou- « velle impulsion au commerce, à donner un libre essor aux arts <« et à l'industrie. Ces résultats ottenus en peu d'année me fe-^ saient espérer de parvenir à la complète civilisation de cette^ province; et si j'ai insisté si vivement pour qu'elle restât sou^ mon autorité ^c'est parce que j'avais la conviction que si ell^ m'était enlevée, tous les maux que j'en avais extirpés retomberaient de nouveau sur ce malheureux pays, tandis que la Syrie entre mes mains était un élément de force qui me mettait à même de porter des secours efficaces à mon souverain.
Mais aujourd'hui ce que je voulais éviter s'est en partie réalisé. L'influence étrangère est venue en aide aux élémens de désordre et d'insurrection. Une première tentative avait été impuissante, elle avait été éteinte à sa naissance. Cette fois-d, ceux qui ont cru travailler pour l'intégrité de l'Empire ottoman en excitant à la révolte une de ses provinces, ont réussi, à force d'intrigues et d'instigations, à en armer les habitans les uns contre les autres, et à provoquer la guexre civile.
Les motifs d'intérêt général qui me portaient à désirer conserver la Syrie, n'existent donc plus: il reste mes intérêts personnels et ceux de ma famille; ceux là je suis prêt à les sacrifier à mon pays et à la paix du monde.
Aussi c'est à la haute sagesse de Votre Majesté que je m'adresse: je mets mon sort entre ses mains; Elle réglera à sa volonté les arrangemens qui doivent terminer ce différend.