LES DÉPENSES MILITAIRES
Les deux fameuses Cabyles de Hudel Chaim et Yemein fortes de 2000 fusils, et qui se trouvent aux portes de la Mecque dans les environs d^ Arafat ne payent aucun impôt, elles sont toujours rebelles et leurs montagnes arides et presque inaccessibles empêchent ou rendent toute expédition plus dispendieuse qu^utile. Il faut observer que les contributions n^appardennent pas en entier au gouvernement; elles sont réparties ainsi qu'il suit, en supposant qu'il n'y ait que 100 tbalaris:
le gouvernement en reçoit thalari 40
les chérifs id. 20
les prêtres et les pauvres id. 20
les chefs du pays id. 10
ceux qui sont chargés de les ramasser . id. 10
Total 100
On voit d'après cela que l'Hedjaz coûte à Méhémet-Ali des sommes énormes et ses meilleurs soldats, sans lui rapporter presque aucun bénéfice. Les lieux saints le ruinent en hommes et en argent.
L'Yemen bien administré nourrirait et payerait par an 6000 h., tous ses administrateurs, et pourrait rapporter encore à Méhémet-Ali de fortes sommes, mais il faudrait une réforme complète. Les douanes rapportent beaucoup, mais toutes sont dirigées par des hommes cupides et sans honneur.
GonPMpondanee pditîqiie. Egypte, XIII, fo^ 117-129.
94. — H. Cochelet à Son Excellence Honaienr Chmot, Ministre des Affaires Etrangères.
SomiAiBB: On attend Ibrahim-Pacha à Damiette d^in moment à l*«ntie; on le dk très malade et aoid profondément irrité. — Mohamed- Aly garde tonte ta enfiance dans la France: c Je ne m'abnse pas: sans elle, je n^anrais pas en l*hérédîlé de l*Égypte... Je n*ai d*amie sincère qne la France ». — Cochdet le prie de tnriger snr ce point les opinions de quelques personnes de son entonrage; fl findrait notamment publier qudques-uns des documents de cette histoire et, pv exemple, la note du 8 octobre 1840. — La conversation ramène tout le paaé depuis la bataille de Néaîb: Cochelet explique toute la politique de la F^iaei dont la modération aurait sans doute gardé la Syrie à Mohamed- Aly; le TiM> roi en convient. — c II faut qu*on sache, dit Cochelet, que nous avons tmqooB voulu, plus qu'aucune nation, Fintégrîté et Findépendance de Fempire ottoM que nous vous avons considéré conmie une partie nécessaire et essentielle de cet empire, et que nos représentations sont parvenues à vous faire assurer lliévédill de rÉgypte. — Soyei sftr, répond le Vioe-roi, qu*on en est bien certain, et qoe je travaiUerai à propager cette idée». — En attendant, condntCodielet à l'adieM du ministre, nous devons Pentretenir dans ses bonnes diQKMÎtiona,en éritait, par une conduite prudente et réservée, de donner lieu à des rivalités.
Alexandrie, 12 février 1841.
Monsieur le Ministre,
Depuis ma dépêche du 6 de ce mois, on n'a rien appris et il ne s'est rien passé d'important à Alexandrie. On a eu des nouvelles de l'armée de Syrie; elle avait beaucoup souffert pendant sa retraite. Elle a éprouvé toutes les angoisses de la faim. Il y a eu un grand nombre de désertions. Ibrahim Pacha n'est pas encore arrivé au Caire; il est attendu à chaque instant, à Damiette. On assure que sa santé est très altérée; on a même des inquiétudes pour sa vie. Il paraît qu'il a une maladie de foie, suite des fatigues et des excès en tous genres, n a pris un embonpoint extraordinaire, ce qui fait supposer qu'il est atteint d'hydropisie. A peine âgé de 50 ans, sa barbe est entièrement blanche. Il affecte, dit-on, beaucoup de calme et parle des événemens qui ont eu lieu, avec une certaine gaité; mais on sait qu'il est profondément irrité. H rejette
«HT d'autres les fautes qui ont été commises. Il en veut à radministration égyptienne, aux alentours de Méhémet-Ali. D dit qu'il n*a pas reçu des ordres pour attaquer. U paraît même qu'il s'est exprimé sur la France d'une manière peu convenable*
Sans rien laisser supposer de ce que j'avais appris de lui à cet égard, j'ai eu^ il y a deux jours, avec Méhémet-Ali, une conversation qui ne laisse rien à désirer sous le rapport de l'opinion que le Vice-roi s'est formée des services que nous lui avons rendus et de l'influence que nous sommes appelés à conserver eu Egypte sous son gouvernement.
Méhémet-Ali commença par se plaindre, en termes très obligeans, de ce que je ne venais plus le voir aussi souvent. Je lui répondis que les affaires ayant perdu de leur gravité* je ne voulais pas l'importuner inutilement de mes visites. «Les vrais amis ne gênent jamais» me dit-il. Nous com^ mençâmes alors à parler de sa sauté, de sa nouvelle position, de ses projets à venir. Toute sa conversation se résume par ces mots: «Qu'il avait été préoccupé d'une grande idée; qu'il y avait sacrifié ses hommes et ses trésors; qu'il voulait maintenant penser exclusivement à assurer le bonheur de l'Egypte, et à l'avenir de ses enfans; qu'il comptait encore pour cela sur l'intérêt et la bienveillance dont la France hn avait donné tant de preuves, et surtout dans ces dernières circonstances; car, ajouta-t-il, je ne m'abuse pas, sans elle, je n'aurais pas eu l'hérédité de l'Egypte. Si, en apparence, je me montre empressé et reconnaissant vis-à»vis des autres puissances, je sais à quoi m'en tenir sur l'affection qu'elles me portent. Je n'ai d'amie sincère que la France ». Je félicitai Méhémet-Ali d'être dans de tels sentimens à notre égard, et je l'engageai, dans sou intérêt, à nous les conti* nuer; mais je lui recommandai aussi beaucoup de prudence et de circonspection, afin de ne pas exciter la jalousie des autres nations. «Il y a cependant, lui dis-je, quelque chose que vous devez faire. Il me semble, d'après quelques propos
qui me sont revenus, que les grands qui vous entourent ont des idées fausses sur la part que nous avons prise aux évènemens, et croient cjne nous vqus avons fait des promesses que nous n'aurions pas tenues. Il faut réformer leurs opinions à cet égard, et leur dire avec sincérité ce qui s'est passé. Ne croyez pas, me répondit-il, ce qu'on vous a répété de cette prétendue opinion des hommes qui m'entourent. Mes neveux Achmed et Ibrahim Pachas, mes généraux Kourchid et Sélim Pachas, qui sont revenus de l'Arabie, mes principaux employés, Boghos-Bey, Hussein Pacha, Sami-Bey, Hussan-Bey, savent parfaitement ce qu'a fait la France pour moi. Je prends soin de les en informer, et j'en informerai les autres, à leur retour de la Syrie », Je lui dis alors qu'il faudrait aussi accréditer cette opinion dans les masses, et que le meilleur moyen pour réussir, serait de faire un recueil de toutes les pièces importantes, relatives aux négociations, qui ont été traduites en turc et qu'on ferait circuler dans la population. Je lui ai cité, entre autres documem importans qui témoignent de tout l'intérêt qne nous Im avions porté, notre plan de transaction du mois de septembre 1839, auquel il n'avait pas voulu malheureusement se soumettre, et la note du 8 octobre 1840, qui avait été le point de départ de toutes les négociations qui ont conduit à lui faire accorder l'hérédité de l'Egypte. Il en est convenu avec moi, et il m'a dit, avec beaucoup d'entraînement et de sensibilité, qu'il n'avait pas le moindre reproche à faire à la France; qu'elle l'avait toujours éclairé sur ses véritables intérêts; qu'elle ne lui avait fait aucune promesse, et qu'elle avait été enfin, pour lui, au-delà de ce qu'il pouvait attendre- (f On nous reproche cependant, Iiu dis-je, de vous avoir arrêté à Nézib; mais alors il était de notre devoir, dans l'intérêt de l'Empire ottoman, de la paix de l'Europe, d'empêcher les hostilités de continuer. Tout ce que nous pouvions faire, et nous l'avons fait, c'était de stipuler pour vous les conditions justes et équitables que nous vous avions pro-