‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 112 sur 189 · OFAUTÊS MILITAIRES DES ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

OFAUTÊS MILITAIRES DES ÉGYPTIENS

à la tête des régiinens, des compagnies, des escadrons, des batteries, etc; physiquement il se présente très bien; mais à côté de lui, il a son instructeur (soldat ou mauvais caporal, déserteur de quelque régiment européen) qui lui souffle les commandemens, ou, sMl sait lire, il aura des notes qu'il se sera fait donner la veille. Qu'espérer d'une brute qui depuis 12 à 15 ans n^a pas pu faire entrer dans sa tête, plus dure qu'une enclume, l'Ecole de Bataillon?

Voyez au contraire le soldat, qu'il soit fellah, arabe, bédouin ou nègre; il exécute avec vivacité, aplomb et intelligence les ordres qui lui sont donnés: le fusil, le canon, le cheval, lui sont bientôt famibers: je ne crois pas que pour la manœuvre et la justesse du tir des pièces de campagne il soit inférieur à nos meilleurs artilleurs.

Les Turcs qui dévorent tout avec une morgue révoltante sont peu nombreux: par rapport aux fellahs ils sont comme 1 est à 180 environ, rapport que ces derniers, fort mécontens, n'ignorent pas. Je dis: fort mécontens; en eflFet, j'ai entendu dire à l'un d'eux, que si l'état de choses actuel restait debout encore 5 ans, on verrait, dans le pays le plus fertile de la terre, les hommes se dévorer entr'eux pour se nourrir.

Avec de pareilles pensées, n'est-U pas à craindre que ces malheureux, malgré leur préférence bien marquée pour la France, ne se jettent dans les bras des Anglais qui, comme de raison, ne négligeront rien pour les pousser à cet acte de désespoir.

Contrairement à ce que je disais dans ma dernière lettre l'armée ne sera réorganisée que lorsque toutes les troupes seront rentrées; son effectif est encore aujourd'hui d'environ 100 mille hommes, d'après des données qui me paraissent certaines. En supprimant les élémens nuisibles, il resterait environ 70 mille hommes, qui se battront tous très bien pour le pacha, si on a le bon esprit;

l^ de tenir leur solde au courant et d'établir une discipline convenable;

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2^ de leur faire comprendre que, ici cooime en Syrie, pendant que les Anglais les flagornent pour les désunir et les affaiblir, ces mêmes Anglais, à Constantinople, excitent Torgueû et la cupidité du Sultan, pour que ce dernier impose aux Égyptiens des conditions telles que la plus grande partie du numéraire sortirait du pays, ce qui les rendrait encore plus misérables, ainsi que les fellahs parmi lesquels sont leuiB parens;

3*^ Enfin de leur expliquer qu'en dernière analyse le but de toutes les fourberies anglaises est de faire en Egypte comme dans les Indes, c'est-à-dire de s'en servir, comme ils font partout des indigènes des pays qu'ils ont conquis. N^est-ce pas d'ailleurs la dernière barrière à renverser pour assurer la communication entre F Angleterre et la Chine qu'ils empoisonnent^ tout en se targuant de philanthropie?

Les Egyptiens ont toutes les qualités de bons soldats et asfieï d'intelligence pour saisir des raisonnemens aussi simples^ et nul doute qu'éclairés sur leurs véritables intérêts, le paelia n'en tirât de très bons services; mais ce résultat ne sera probablement pas obtenu, parce que la plupart des officiers turcs, dont le meilleur ne vaut pas le plus médiocre de nos sous-officiers, sont trop égoïstes et orgueilleux pour comprendre que leur intérêt bien entendu consisterait à instruire leurs soldats et à faire cause commune avec eux.

Plus je vis dans ce pays, plus je pénètre, il me semble, au fond des choses, et plus j'acquiers la conviction que rœovrf de Méhémet-Ali ne sera durable que tout autant que la France l'aidera d'une manière efficace à expulser les Turcs de TKgypte et à réorganiser de fond en comble toutes les parties de son administra tion«

Je stiis toujours auprès de lui dans les meilleurs terme», jt l'ai vu il y a trois jours et comme à l'ordinaire je l'ai quitté avec le regret d'avoir toujours un tiers entre nous*

Je pense que M. le Constil général s'occupera incessamment de la fixation de ma position dans ce pays.

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