NOUVELLES D'ACRE
il avait donné carte blanche à son fils, celui-ci aura agi sans ordre.
UEuphraie vous portera peut-être quelque chose de plus important que les nouvelles; c'est la conclusion de la question d'Orient, et cela, sous la forme d'une lettre de Méhémet-Ali au Roi. Voici à peu près, quel serait le contenu de cette lettre. Méhémet-Ali proteste à la face du monde de sa reconnaissance pour le Roi et la France.
La déclaration que le Gouvernement français vient de faire de ne pas souffirir Panéantissement de Tcxistence politique du Vice-roi, impose à ce dernier des devoirs qu'il saura remplir et d'abord celui d'exposer franchement les motifs de sa conduite:
Il a toujours eu en vue la puissance de l'Empire ottoman, son bonheur, etc.
Il tenait particulièrement à conserver le gouvernement de la Syrie parce qu'il était convaincu que si ce gouvernement lui était enlevé la Syrie retomberait dans l'état d'anarchie, de désordre, dont lui Méhémet-Ali l'avait tiré, parce que entre ses mains la Syrie était unélément de force qui le mettait à même de prêter un appui réel au Sultan et à la Turquie contre leurs ennemis; entre les mains de la Porte, la Syrie était voué "^ au désordre et à la guerre civile et devait être la proie de la première puissance qui voudrait s'en emparer.
Aujourd'hui, ce que redoutait Méhémet-Ali est arrivé, l'influence étrangère, après une première tentative impuissante, est parvenue non pas à soulever la Syrie entière, mais à armer les populations les unes contre les autres et à jeter pour longtenus dans ce pays le trouble et la désolation.
Les motifs d'intérêt général qu'avait Méhémet-Ali pour conserver le gouvernement de la Syrie n'existent donc plus; restent ses intérêts personnels et ceux de sa famille, mais pour ceux-là, il est prêt à les sacrifier au repos du monde, il ne voudrait pas surtout être la cause d'une guerre générale et entraîner la France à laquelle il doit tout dans une guerre
générale. Aussi, dans cette poeition, tout lui faisait un devoir de recourir à la sagesse du Roi des Français, I! vient donc metlare son sort entre les mains du Roi,
Il se contentera» s'il le faut, du Pachalik d'Acre dans lequel il n'y a eu aucim symptôme d'insurrection^ et auprès des populations duquel tous les eflforts des étrangers ont été infructueux.
Peut-être le Roi croira- t-il devoir lui faire accorder en plus nie de Candie •
Si, au conteaire, le Roi ne pensait pas qu'il fallût danjs ce moment faire des concessions, il est prêt à combattre jusqu'à son dernier soupir, lui et ses enfans^ Ses chances sont encore fort belles. Ibrahim Pacha a concentré son armée sur Damas et compte déjà plus de 25000 bayonnettes autour de lui. Saint Jean d'Acre se défendra à outrance.
Ahmet-Pacha, à la tête de 12.000 h. de troupes régulières, arrive de THedjaz à marches forcées pour se porter sur la Syrie, il est déjà au Caire.
Les Hédouins du Delta partiraient dans cinq jours au nombre de 3000 pour recombattre les tribus arabes des environs de Damas qui se sont soulevées et pour assurer les com munications. Enfin 40 bâtiments sont prêts à prendre la mer au premier signal du Roi des Français*
Méhémet-Ali espère donc que personne n'attribuera à la peur la démarche qu'il fait, sa vie entière protesterait contre une pareille inculpation.
D'ailleurs, il y a quinze jours, quand son existence était menacée, ou aurait pu voir de la faiblesse s'il avait cédé; mais aujourd'hui que la France a déclaré son existence politique nécessaire à l'équihbre européen, qu'a-t-il à craindre? La prolongation de la guerre n'a que fort peu de risques pour lui, mais, il le répète, ce qu'il craint c'est d'être la cause d'une guerre générale, c'est surtout d'entraîner la France dans une guerre qui n'aurait pour but que ses intérêts personnels, aussi il prend pour suprême arbitre de sa conduite le Roi des Français