‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 122 sur 189 · LE RAPPORT DE MOUHIB-EFFENDI · texte numérisé non relu

LE RAPPORT DE MOUHIB-EFFENDI

d'attendre une ou deux heures afin «pie Tori préparât la troupe et la musiqpie; et il nous quitta pour retourner à terre, en me disant qu'il allait revenir pour m^informer de ce qu'il avait à faire.

Vers les 5 heures, Zeki Effendi retînt avec la felouque de S, A.; il me dit que les troupes et la musique étaient prêtes, que S. A. m'attendait et que nous pouvions partir. Je lui demandai 61 le firman allait être lu. Il répondit: i\ Non, il faut que ft S. A. le voie d^abord », J'allai donc à terre dans la felouque de S. A. accompagné de mon adjoint Shefig Bey. Lorsque je débarquai à l'Echelle, les bâtimens que S, A. possède sous les auspices du Sultan, et qui se trouvaient dans le port furent pavoises; l'on tira des coups de canon en signe de joie et de reconnaissance; et une compagnie de troupes de marine, dont les officiers étaient en grande tenue, vint, musique en tête, à ma rencontre.

Enfin lorsque je me présentai chez le Pacha, S. A» après une conversation indifférente, m'ayant demandé le firman dont j'étais porteur, je le lui remia très respectueusement,

S, A. me fit lire d'abord une lettre du Grand Vizir et puis le firman relatif à l'hérédité, après quoi, elle me dit:

tf La pubUcation des conditions que ce firman renferme doit, dans un pays tel que celui-ci, causer des désordres ».

Je lui répondis que loin que la publication de ce firman puisse donner lieu à des désordres, il est en lui-même une faveur éclatante dont tout le peuple et ceux qui rentendront auront à s 'enorgueillir; et conformément à mes instructions, je fis tout l'usage que je pus de ma langue et de mon juge* ment pour l'amener à de meilleurs sentimens en l'y disposant par des propos encourageants et par les menaces nécessaires; et je lui représentai que la nature de cette affaire exigeait que le firman fût lu dans une assemblée solennelle, et porté

rla connaissance du public. Le Pacha répliqua: u Que Dieu conserve notre Padishab et bienfaiteur! Je suis l'esclave du Sultan; je ne saurais lui témoigner assez de re-

il — Tome IV.

connaisBânce pour la faveur dont je viens d'être l'objet, et il est de mon devoir d'exécuter promptement tous ses ordres; mais comme la lecture en public de ce firman, dans ce momentci, présente quelques iuconvéments, nous en parlerons plui tard et nous verrons ce qu'il y aura à faire ».

Je lui dis alors que les conditions dont il s'agit ont étf établies avec le concours des hautes Cours alliées, que la volonté de S< H, à cet égard est positive, et que rbérédité tient à ces conditions. Mais comme S- A. avait dit que nous verrions tout cela après, Sami-Bey, qui était aussi présent, prenant la parole: « L'Effendi, dit-il, est fatigué du voyage; que V* A. lui permette d'aller reposer m, A ces mots la séance fut levée et je me rendis à la maison de Sami Bey qui m'avait été destinée.

Lundi, je me rendis de nouveau auprès du Pacha: « Comment vous portez- vous, mon fils, — demanda S. A, — Etes- vous bien? Avez-vous reposé? )>, A ces questions je répondis:

« Je suis à mon aise, parce que, grâce à Dieu, les démêlés et les différends, qui ont pendant quelque tems traîné en longueur, venant de cesser sous les auspices de S. M. I., il n'y a plus aucune scission, aucune division. Cependant les propos que V. A. a tenus l'autre jour, tendant à faire voir que quelques-unes des conditions dont il s'agit ne sauraient vous convenir, et qu'il n'est pas convenable de lire publiquement le Firman impérial, m'ont extrêmement affligé ».

<c Mon fils — répliqua le Pacha — la lecture publique du firman est sujette à une foule d'inconvéniens; comment peut-on gouverner FÉgj^te avec ce nombre de troupes?» — «Grâce i Dieu, il n^ a plus en Egypte de troupes d ^aucune espèce, et ce nombre de troupes a été jugé suffisant pour la défense du pays )» -^ <( Fort bien! fort bien! Mais ce pays-ci est la clé de l'Afrique, la clé même, peut-être, de Constantinople* Et quoiqu'il n'y ait pas de troubles ici, il est de l'intérêt de la Sublime Porte qu'il y ait beaucoup de troupes en Egypte, car

Page 1