LE RAPPORT DE MOLTHIB-EFFENDI
lorsqu'on en aura besoin, comme en cas d'une guerre, je pourrai envoyer la quantité de troupes qu^on me demandera, et cju'on m'ordonnera d'envoyer »*
« Il faut effectivement que V. A. rende ces sortes de services à la Sublime Porte, et c'est ce que nous espérons. Mais supposé même. Dieu garde, que quelqu'évènement ait lieu en Afrique, et bienf! alors, aussitôt que l'on aura fait connaître à la Sublime Porte, et qu'on aura demandé son autorisation pour lever le nombre des nouvelles troupes qui sera jugé nécessaire, nul doute que la Sublime Porte n'accorde cette permission et n'y donne son assistance nécessaire d'après l'exigence du cas. Le nombre des troupes tel qu'il vient d'être fixé est suffisant,
« Puisque la Sublime Porte doit m'accorder Pautorisation que je lui demanderai au besoin, et qu'elle y donnera son assistance, ce que vous dites est raisonnable; et le nombre fixé à présent paraît, en effet, suffisant pour la défense de la province d'Egypte. Ainsi, je séparerai, des troupes qui arrivent de la Syrie, et de celles qui se trouvent ici, les bommes peu propres au service; et mettant en exécution la volonté du Sultan à cet égard, je n'emploierai pas plus de troupes que le nombre qui a été fixé, et toutes les fois qu'on aura besoin de troupes, et qu'on m'en demandera, j'aurai soin de les équiper, et je m'empresserai de les expédier à tel endroit qu'on voudra w.
Tel est l'engagement pris par S, A, Quant à la flotte existante en Egypte, attendu qu'elle fait partie de la flotte impériale, le Pacha a donné sa parole positive que, comme pour les troupes de terre, toutes les fois cjue la SubHme Porte demandera un tel nombre de bâtimens ou toute la flotte, il ne manquera pas d'expédier sans aucun délai tel nombre de bâtimens qu'on lui aura demandé et même toute la flotte au grand complet, qu'il renonce à faire construire un plus grand nombre de bâtimens et qu'il ne fera pas construire un nouveau bâtiment pour remplacer celui qui ne sera pas en état de tenir la mer, qu'après en avoir obtenu la permission de la Sublime Porte.
Le Pacha s^engagea aussi de se conformer, par rapport i la monnaie, à ce qu'il est prescrit par le firman, et à faire battre ses monnaies sur les modèles qui lui seront envoyés de lliôtel impérial des Monnaies.
Le Pacha demanda: a Comment peut-on changer les soldats une fois chaque 5 ans, ainsi qu'il est dit dans le firman et dans le Code des règlemens impériaux?
a Considérant que les soldats formant les troupes renées impériales se trouvent depuis longtems éloignés de leur pays natal et de leurs familles, et que quelquefois leurs affaires sont en souffrance, il vient d'être inséré dans le Code des règlemens, par ordre de S. H., qu'au bout de 5 ans on changera par compassion ceux des soldats qui désirent être remplacés. Or, puisque l'Egypte fait partie des Etats de S. H., que ses habitans sont les sujets de la Sublime Porte, et que les troupes égyptiennes font partie des armées réglées impériales, Y. A. doit mettre ses soins à agir à ce sujet d'après la volonté souveraine t.
«( Il faut, il est vrai, que les troupes égyptiennes servent aussi d'après le Code des règlemens impériaux. Mais les Arabes ne ressemblent point aux peuples de la Roumélie. Il faut à on soldat pour le moins 5 ans pour apprendre à faire l'exerdee du pas. Cela étant, si au bout de chaque 5 ans, il faut les remplacer par d'autres, ce ne serait plus des troupes réglées, mais tout uniquement des troupes irrégulières qu'on aurait; vous le savez vous-même, le naturel des hommes d'un pays de la Roumélie diffère de celui des hommes d'un autre pays. Les soldats de ces contrées-ci doivent être remplacés une fois les 15 ans, parce que, supposé qu'on les remplace chaque 5 ans, alors l'agriculture en souffrira, et les troupes ne seront pas des troupes vraiment réglées; enfin, je connais, moi, l'état des choses de ce pays-ci parfaitement bien, et je vous dis la vérité toute nue. Je suis tout à fait excusable en cela, et je suis oblige de prier qu'on me favorise sur ce point. Et puis le firman impérial dit que le Gouverneur de l'Egypte ne doit pas conférer un grade supérieur à celui de Col-Agassi (grade inunédia-
LE RAPPORT DE MOUHIB-EFFENDL
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tement au-dessous de celui de Chef de Bataillou). Or j'étais autorisé auparavant à donner même le grade de général de brigade. Comment puis-je faire ce que Ton me propose main* tenant, tandis que jusqu^ici j^ai donné des grades militaires sans avoir à en demander Pautorisation? )>.
Le pacha ayant parlé dans ce sens-là, je lui répondis de la manière suivante;
»a Effectivement vous étiez autorisé par le passé à donner des grades militaires* mais le système suivi alors était bon pour ces tems-là. A présent. Dieu soit loué! tout a changé, et même les Mouchis et les Yisirs, qui sont dans la nécessité d*avoir des troupes réglées impériales auprès d'eux, ne peuvent pas conférer un grade au-dessus de Cùi*Agassi qu'au préalable ils n'en aient obtenu Fautorisation. Or vos troupes étant considérées comme des troupes réglées impériales, il est flatteur pour V. A. de demander l'autorisation de donner des rangs militaires n^
■ « Eh bien, mon fils, ce point est tout à fait insignifiant pour la Sublime Porte; les serviteurs jouissent, suivant les mérites, de différents degrés de faveur auprès de leurs maîtres. Ne pas être autorisé à présent à faire ce que j'étais autorisé à faire autrefois, c^est une chose qui me fera du tort. Je dois donc indispensablement demander et prier d'avoir l'autorisation que j'ai eue jusqu'ici )>.
L (c Monseigneur, pourquoi dîtes-vous que ce point ne signifie rien? Les troupes réglées sont pour ainsi dire l'âme de la Sublime Porte, et c'est un devoir pour nous tous de maintenir tous les règlemens qui les concernent ».
^ <c Oui, sans doute, c'est un devoir pour nous tous de maintenir tous les règlemens qui les concernent, mais moi je ne parle que de l'autorisation dont je dois être revêtu comme je l'ai déjà dit »,
C'est en vain que j'ai tant raisonné sur ce point; tous les moyens de persuasion ont échoué, c'est-à-<Hre qu'il ne m'a pas été possible de le faire accéder à la proposition.
Je parlai de Penvoi à Constantinople de Fiin de seg fik.
« Ce sera très bien, dit le Pacha, mais lequel envenrai-je? Enverrai -je mon petit-fils Abbas-Pacha?
A ces questions je répondis:
« n vaut mieux que V. A. envoyé un de ses fils qui présenterait ses respects à S. M, I. et qui ferait la connaissance des Ministres de la Sublime Porte: ce qui fera plaisir à S, H,
<( Cela étant, comme mon fils Sa!d-Bey est un jeune homme lettré, qui parle persan, arabe, français et anglais, et qui est un marin instruit, c'est lui que j'enverrai au printems prochain, s'il plaît à Dieu, à Constantinople, accompagné de Sami-Bey »,
{( Le firman qui parle de Thérédité, ajouta le Pacha, dit que lorstjue, par la volonté de Dieu, il y aura vacance dans le gouvernement d'Egypte, la Subhme Porte éhra un des membres de ma famille, et Pappellera à Constantinople afin qu'il y soit nommé Gouverneur de la province d'Egypte. Mais il est évident qu'une pareille disposition fera naître des discussions, et peut-être même une guerre entre les membres de ma famille. Je ne veux pas, moi étant en vie, exposer ma famille à de pareils malheurs, parce qu'en effet, si on allait nommer gouverneur le cadet, tandis que l'ainé existe, cela ferait naître entre eux une froideur qui évidemment dégénérerait à la longue en dissensions et en troubles ».
« Dieu ayant donné à chaque homme un degré plus ou moins grand d'esprit et de jugement, il y aura dans chaque membre de votre famille plus ou moins de capacité. Or si l'on donne le gouvernement de rEgypte à celui des membres de la famille qui montre les meOleures dispositions à bien gouverner, et si celui-ci gouverne avec cette sagesse et ce jugement dont il est doué, voûà le repos et la tranquillité de votre famille assurés. La Subhme Porte y a réfléchi plus que V, A., et à cet égard aussi la volonté souveraine est telle que je le dis !•
«IN on, non, le grand n'obéira pas au petit, il y aura dei dissensions et des querelles parmi les membres de ma fa*