‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 134 sur 189 · LES BRIGADES DE DÉFENSK · texte numérisé non relu

LES BRIGADES DE DÉFENSK

Duvivier sur des monceaux très élevés de déblais provenant de rescavatiou récente dn canal d^Alexandrie à son entrée dans le vieux port; enfin les chicanes qu'on peut créer au moment même de Faction et surtout les difficultés des cheminemens, toujours est-il, dis-je, que ces différents ouvrages bien défendus^ sont susceptibles de donner lieu à une résistance assez prolongée pour user les ressorts de Tarmée la mieux organisée.

Je n*ai pas encore pu envoyer un plan d'ensemble parce que le tems m*a manqué: il est bien pénible d'être en même tems, au lever des plans, dessinateur, copiste, ingénieur, directeur, etc, et comme je sens surtout mon insuffisance pour remplacer le Comité du Génies je vous supplie bien instamment, Monsieur le Maréchal, de vouloir bien, nonobstant les renseignemeng incomplets que j*ai Fhonneur de vous adresser, m'éclairer de vos conseils. Cet inmiense travad peut bien ne pas être au-dessus de mon courage, mais pour sûr je crains beaucoup qu^il ne soit au-dessus de mes lumières, et de mon trop peu d'expérience pratique de la bonne guerre. Par suite des idées d'ensemble sur la défense, que je me suis faites sur une mauvaise carte, j'ai proposé au Pacha, mais dans une conversation seulement, d'organiser la défense du pays de la manière suivante:

Après avoir prélevé les troupes nécessaires à la garde immédiate des placeSt des forts et des postes de la frontière, de former le reste de l'armée en 7 brigades dont:

Deux réparties à Damanhour, Ramanieh, Fouah, Ro* sette, etc., auraient leur quartier général à PAtfé et pour mission de voler au secours de la côte depuis Pextrême frontière à l'ouest, jusqu'au Boghas de Bourlos.

Deux autres, en garnison à Mansourah, Damiette, etc., ayant leur quartier général à Salehieh, veilleraient depuis le Boghas de Bourlos jusqu'à Arich vers la Syrie,

Deux, au Caire, observant Suez et destinées d'ailleurs à marcher vers le point menacé.

Et enfin une à Keneh pour protéger Cosseir et maintemr la haute Egypte,

Je sens que poux qu^une semblable disposition produise tous les effets désirables^ 0 faudrait, ce cjui n'existe «jue pendant quelques mois de rannée, une route directe allant de l'Atfé à Saléhieh, en passant par Mansourab, Au reste si, comme on le prétend, je dois faire rinspection des côtes avec Soliman Pacha, je ne donnerai mon opinion par écrit, sur ce sujet étranger à ma spéciaUté, que lorsque J'aurai vu les lieux et consulté le général en question, à moins, Monsieur le Maréchal, qu'un juge aussi compétent que vous ne veuille bien m*aider de ses conseils; je ne vois personne aujourd'hui qui puisse me diriger mieux que celui qui sur tant de champs de bataille a illustré nos armes.

Une pensée pleine d'amertume, me poursuit au miheu de ces travaux et de ces études, qui, dans d'autres circonstances, m'auraient rendu heureux: c'est qu'elles tournent ou parais* sent devoir tourner à l'avantage de la race turque, que je regarde, maintenant que le voile que le journalisme avait mis devant mes yeux est tombé, comme trop dépravée et trop ignorante pour qu'eUe ne sait pas toujours nuisible au genre humain; ce n'est, je crois, qu'en la rejetant au rang des ilotes qu'on peut espérer de la régénérer; il est fâcheux, très fâcheux poux la civilisation que la jalousie des puissances européennes la maintienne à la tête des populations de l'Orient auxquelles elle est maintenant inférieure et dont elle fera toujours le malheur. Le Pacha exécutera-t-il le projet dont je vous ai entretenu précédemment et qui certainement a occupé et occupe encore sa pensée, car sans cela, et au détriment de ses finances, il ne conserverait pas sur pied la garde nationale sur laquelle il compte sans doute; tous les jours il la force a s'exercer et parce qu'elle est commandée en général par des Arabes, je la trouve à peu près à la hauteur de Farmée, bien que son organisation soit encore récente; aurait -il assez d*a* dresse et lui reste-t-il assez de forces pour faire tourner les

NOUVELLES DE MASSOUAH. 868

circonstances actuelles à son avantage? J'en doute, parce que, ni lui, ni son fils ne me paraissent assez éclairés. La position est très difficile et s'il réussit, c'est avec beaucoup d'empressement que, pour mon compte, je lui décernerai le titre de grand homme.

Avant un ou deux mois, on peut-être plus tôt, je saurai, en observant le développement des plans qu'il arrête en ce moment au Caire, s'il mérite ou non la réputation dont il a joui jusqu'à ce jour.

Je suis, avec le plus profond respect, etc. .

Galuce.

Cnrapondaiice politique. Egypte, Xm, fot 211-220.

117. — H. Degoutin à Monsieur Guizot Bfinistro Seciétaiie d'Etat du département des Affaires Etrangères» etc^O)

SomcAnx; Achat de la ville et de la province d*Edd par deux Français ponr cent miQe francs payés comptant. — Circonstances de cette affaire; protestation des indigènes, qui poor se yenger coupent le vendent en morceanx. — On attend la suite. — Antre affaire: la province d*Amphila vendue par nn pzince à qui éU^ n'appartenait pas. — Ces faits ont paru tèOement sérieux à Degoutin qn*fl a pensé q[nll était de son devoir d*en informer le ministre. — « D n*est pas de la dignité à*WÊ gouvernement comme celui de la France d'entrer dans de semblables tripotages et de protéger même de la manière la plus indirecte, une affaire aussi sale i. — n fera lui-même le voyage si le ministre le juge nécessaire; la dépense serait <k mille à donie cents francs. — - Annexe: Acte de vente de la ville et province d«Edd.

Ifassonah, le l^'mars 1841.

Lors de mon passage à Geddah, M. Fresnel, agent consulaire de France, m^a remis copie d'un acte sous signature privée, par lequel Messieurs Combes, chargé par le gou-

(1) Note an crayon, en marge c La Direction Commerciale ne s'occupe point de eette affaire; envoyer cette dépêcbe à la Direction Politique i.

1*^ MAKS 184L

vemement français d'une mission en Abissinie, et Broquant. capitaine du navire VAncoberj ont acheté de Mabmoud Hassan, Bonveraln maître et Baderi AJi, chef de la loi, la ville et la province d*Edd, moyeimant une somme de Cent MiUe Francs j qui a été payée comptant. J'ai Thonneur de vous adresser ci-joint une copie de cet acte: pièce n^ 3.

J'ai cm devoir prendre sur cette affaire tontes les informations nécessaires; j^ai fait venir les nommés Radjah qui a accompagné les acquéreurs à Ëdd en qnaMté d'interprète et Idris, pilote de leur barque, désigné dans l'acte comme témoin. Ces deux individus m'ont déclaré, en présence de M. le Gouverneur et de quelques autres personnes que: Mahmoud Hassan n'est pas souverain maitre de la province d'£dd, comme il s'est qualifié dans le contrat- il n'est qu'Intendant (Oikil) de Schefc Eidou prince légitime. Baderi- Ali, Chef de la loi {Cadi) n'avait non plus aucun droit d'aliéner les états de son maître.

Schek Eidou se trouvait à la Mecque lorsque l'acquisition a été faite par MM. Combes et Broquant pour le compte de la Compagnie Nanto-Bordelaise; le prix de vente a été &xé à la somme de Deux mille Talaris^ soit Dix mille cinq cent francs^ dont sept mille neuf cent soixante-quinze francs ont été payés comptant et Deux mille sept cent vingt-cinq francs, soit 500 talaris doivent être payés le jour de l'entrée en jouissance.

Après le départ des acquéreurs, cette vente s'ébruita dans le pays: le peuple révolté demanda à Mahmoud Hassan de quel droit il avait vendu leurs pays et eux-mêmes à des Blancs; n'ayant pas d*excuse valable à donner, il fut victime de la fureur de ces sauvages, il fut coupé en morceaux et ils ont juré dVn faire autant aux Blancs lorsqu'ils viendront prendre possession de leur acquisition.

J^ai demandé au Prince Kalb d^Arkéko, ce qu^il connaît de cette affaire; il m*a confirmé ce qui m'avait été déclaré et de plus que Schek Eidou était bien loin de vouloir ratifier

MISSIONS EN ABYSSINIR.

cette vente, quoique Mahmoud Hasgau ait déclaré avant sa mort qu^il avait agi diaprés les ordres de son maître.

Je crois devoir vous transmettre auesi^ Monsieur le Ministre, les documens que je me suie procuré relativement à la baie et à la province d^Amphila.

M- Lefebvre, chargé par le gouvernement français d'une mission scientifique, m'a fait part qu'il venait de Paris accompagner quatre ambassadeurs du prince Oubîé, qui étaient allés offrir à Sa Majesté le Roi des Français la Baie et la province d'Amphila et que Sa Majesté Pavait accepté! J'ai appris par les personnes les plus dignes de foi du pays qu^Amphila appartient à une princesse souveraine nommée AUah Eidou^ sœur du prince de £dd« Cette souveraine» qui est âgée d'environ soixante ans, a toujours gouverné paisiblement ses états sous la protection immédiate du Prince Naïb d'Arkéko. Le chef Oubié, qui n*est qu'un général rebelle à son souverain, n'a jamais eu aucun titre sur la province d'Ampbilaf •et n^a même aucune communication directe avec ce pays; et lors même qu'il lui appartiendrait^ ce ne serait que comme fidei-commis, et cela ne lui donnerait aucun droit d*en disposer.

i Je me suis aussi informé quels étaient ces Ambassadeurs que M. Lefebvre a accompagnés, j'ai appris que deux. Banderas et Cbalakatain, sont deux cbefs de petits viUages, les I^eux autres nommés Atgo et Gabrà sont deux domestiques que M. Lefebvre a pris à ses gages au prix de soixante francs par an. Ces faits. Monsieur le Ministre, m'ont pani si sérieux que sans vouloir m'ériger en délateur, j'ai pensé qu'il était de mon devoir de vous en informer.

Ma simple qualité d'agent consulaire ne me permet pas de ■Vous faire des commentaires sur ce qu'il y aurait d'impolitique au Gouvernement du Roi des Français d'accepter la baie d'Amphila. Quant à l'acquiëition d'Edd, il suffira à I Votre Excellence de voir le prix porté dans Pacte de vente Let celui payé à Mahmoud Hassan pour connaître qu'il n'est

pas de la dignité d'un gouvernement comme celui de la Franee d'entrer dans de semblables tripotages, et de protéger, même de la manière la plus indirecte, une affaire aussi sale.

Quoique tous les renseignemens que je viens de vous transmettre. Monsieur le Ministre, me viennent de témoins oculaires et des personnes les plus dignes de foi du pays, désirant donner plus d'authenticité à mon rapport, je me serais transporté à Amphila et à Edd, mais outre un déplacement de vingtcinq à trente jours, la dépense s'élèverait de Mille à douze cent francs parce qu'il faudrait noliser un petit navire exprh. Si vous jugez que ce petit voyage soit nécessaire, je m'empresserai d'exécuter vos ordres.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, etc.

A. Degoutin.

Page 1